Suisse: Votation anti-minarets, l’Union internationale des oulémas à Doha salue les Eglises
Mais appelle à des manifestations devant les ambassades suisses
Lagos, 6 décembre 2009 (Apic) L’Union internationale des oulémas musulmans (UIO), basée à Doha, a salué le rôle des Eglises suisses qui, avec le Conseil fédéral et le parlement suisses, se sont opposés à l’initiative anti-minarets. L’UIO, dirigée par l’influent dignitaire sunnite Youssef Al-Qardaoui, a appelé les musulmans vivants en Suisse, à «rester calmes et à éviter toute agitation», dans une déclaration publiée par le quotidien nigérian «Daily Trust».
Elle a cependant invité les musulmans, à travers le monde, à protester auprès des ambassades ou autres représentations suisses, par des messages et des manifestations pacifiques. La déclaration est aussi disponible en anglais sur des dizaines de sites internet musulmans.
L’UIO qui est basée à Doha, au Qatar, a qualifié de «choc et de surprise», les résultats du référendum suisse sur l’amendement proposé à l’article 72 de la Constitution suisse, d’inclure une nouvelle clause interdisant la construction de minarets. L’organisation des oulémas a salué le fait que le Gouvernement fédéral, le parlement fédéral et les Eglises chrétiennes se soient opposés à l’initiative anti-minarets. EIle a cependant regretté que malgré tout, on soit arrivé au résultat «décevant» de la votation.
La minorité musulmane en Suisse est grandement déçue par la société suisse
La minorité musulmane en Suisse est grandement déçue par la société suisse qui représentait jusqu’ici un exemple «lumineux» dans les relations morale et humanitaire, grâce à son intégration, à la coexistence pacifique et à l’ouverture envers tous les membres de la société.
EIle invite les musulmans à travers le monde, à exprimer leur rejet du référendum «islamophobe et raciste» par des moyens pacifiques, tels que l’envoi de messages de protestation aux ambassades suisses dans tous les pays, afin de montrer leur opposition à cet «acte de provocation». C’est un signe de «l’ignorance de la réalité de l’islam, religion universelle qui enseigne l’amour, la miséricorde et la connaissance mutuelle entre les nations et les peuples», peut-on lire dans le quotidien nigérian. «Cette position peut également s’exprimer à travers des interviews et des manifestations devant les ambassades de Suisse», a enfin plaidé l’UIO.
Une réalité suisse «raciste et islamophobe»
Youssef Al-Qardaoui est un Qatariote d’origine égyptienne qui dirige aussi le Conseil européen pour la fatwa et la recherche – une fondation musulmane privée dont le siège est à Dublin. Le religieux, considérant les résultats de la votation (57,4% des votants ont approuvé l’interdiction des minarets), estime qu’il y a une «contradiction flagrante» entre le discours véhiculé par le peuple, prônant la démocratie et la liberté religieuse, et la réalité. Cette réalité est ainsi à ses yeux «raciste et islamophobe». Ce qui contredit, selon toujours l’UIO, toutes les constitutions et conventions des droits de l’homme, des libertés religieuses, et de la diversité culturelle auxquelles la Suisse a adhérées.
«Aujourd’hui, ils interdisent des minarets, et demain ils interdiront les mosquées elles-mêmes», s’est inquiété le cheikh, estimant qu’il ne peut rien qui pourrait empêcher cette perspective de se réaliser, tant que les mouvements «racistes de droite», «intolérants à l’égard des étrangers, sont à la tête de cette campagne». «Les extrémistes de droite qui ont rédigé l’initiative anti-minarets ont profité de la crainte nourrie des musulmans, en mettant en garde l’expansion supposée de leurs revendications religieuses en Suisse», a poursuivi le président de l’UIO, ajoutant que ces mêmes extrémistes ont insinué que les musulmans en Suisse œuvrent pour l’application de la charia (loi islamique) dans le futur.
La plupart des pays musulmans eux-mêmes n’appliquent pas la charia
«C’est une pure illusion fantaisiste, car si la plupart des pays musulmans eux-mêmes n’appliquent pas la charia, comment une personne saine d’esprit peut-elle penser que les gens en Europe, qui sont des non-musulmans pour la plupart, l’imposeront dans ces pays», a-t-il encore poursuivi.
Le Gouvernement suisse, en dépit de son opposition à l’initiative populaire, est maintenant tenu d’assumer «la pleine responsabilité» de ses conséquences, estime Al-Qardaoui, à savoir une aggravation possible du phénomène de la haine envers l’islam et des musulmans en Suisse. De ce fait, il doit prendre «toutes les mesures nécessaires pour prévenir la propagation de ce phénomène, qui se manifeste à travers la campagne médiatique qui a précédé le référendum», remarque le président de l’UIO.
En conclusion, l’UIO en appelle aux prêtres et religieux chrétiens, ainsi qu’aux hommes politiques et intellectuels du monde entier à tout faire pour éviter la promulgation de «lois injustes» à l’égard des musulmans. (apic/ibc/be)



