«Mais il est vrai que tout pourrait arriver», avertit le Père Aurelio Gazzera

Centrafrique: Selon un missionnaire, «le terme de génocide est peut-être excessif»

Bangui, 22 novembre 2013 (Apic) «Le terme de génocide est peut-être excessif, mais il est vrai que la tension est tellement forte que l’on ne sait pas comment la situation pourra évoluer». C’est ce qu’a déclaré le 21 novembre 2013 à l’agence de presse vaticane Fides le Père Aurelio Gazzera, missionnaire carme oeuvrant à Bozoum, en République centrafricaine (RCA). Il commentait la déclaration faite le même jour par le Ministre des Affaires étrangères français, Laurent Fabius, selon lequel «la Centrafrique est au bord d’un génocide».

«La tension est indubitablement très forte, en particulier dans la capitale Bangui, où des fusillades, des homicides et des affrontements en tout genre ont lieu chaque jour dans un quartier différent, ce depuis presque trois semaines», indique le Père Gazzera. Revenu depuis peu de Bangui, le missionnaire carme relève que «l’impression générale est que l’on se prépare à une intervention de l’extérieur, qui agite actuellement les membres de la Seleka».

Le missionnaire explique qu’à Bozoum, la situation est «légèrement meilleure», mais que la tension demeure élevée parce que l’on craint des attaques des milices antibalaka – qui combattent la Seleka. «Nous nous préparons aux événements également en intensifiant les contacts avec les musulmans afin de chercher à éviter les incidents entre les différentes composantes de la population locale», assure le Père Gazzera.

Représailles et contre-représailles

Outre les flambées de violences épisodiques à Bangui depuis la chute du régime Bozizé au mois de mars, on assiste depuis trois mois à une sérieuse aggravation de la situation sécuritaire en Centrafrique, rapporte Radio France international (RFI).

En septembre, des affrontements très violents avaient éclaté à Bossangoa, à l’ouest du pays, qui se sont propagés à d’autres localités. Le mécanisme est toujours le même explique RFI: d’ex-combattants de la Seleka commettent, en toute impunité, des exactions qui provoquent l’exaspération des populations locales qui, à leur tour, se constituent en milices d’autodéfense, les antibalakas, et se soulèvent contre leurs agresseurs. Des agresseurs qui sont pour beaucoup d’entre eux musulmans. Les populations des zones chrétiennes font l’amalgame et s’en prennent aux populations musulmanes qu’elles accusent de soutenir la Seleka. Un engrenage de représailles, contre-représailles et attaques préventives, auquel s’ajoutent de vieilles rivalités entre paysans locaux et pasteurs nomades.

Une situation explosive, contenue in extremis par les dignitaires religieux

Ce que craint la communauté internationale, c’est que dans l’ensemble du pays, ou même à l’échelle locale, une communauté religieuse décide de s’en prendre de manière radicale à l’autre. Pour l’instant, ces bombes à retardement sont désamorcées in extremis par la plate-forme des confessions religieuses qui regroupe les hauts dignitaires catholiques, musulmans et protestants du pays: l’archevêque Dieudonné Nzapalainga, l’imam de Bangui Omar Kobine Layama et le pasteur Nicolas Guérékoyamé Gbangou. Les trois hommes se rendent très régulièrement, ensemble, dans les différentes localités, théâtres de violences. Sur place, ils discutent avec les autorités locales, avec les populations, et apaisent les esprits.

Interrogé par RFI, Omar Kobine Layama, confie attendre avec un grand espoir l’intervention de la communauté internationale en Centrafrique.

Centrafrique: cinq options pour une intervention internationale

Sur le terrain, la Misca (Mission internationale de soutien sous conduite africaine) prendra le 19 décembre le relais de la Fomac, avec un contingent de 3’600 hommes.

Ban Ki-moon a proposé au Conseil de sécurité plusieurs scénarios possibles concernant le soutien de l’ONU à cette force africaine. Dans la première option, les Nations unies laisseraient une grande place aux Etats et organisations régionales pour aider comme ils le souhaitent ce déploiement. Les Etats-Unis ont déjà promis 40 millions de dollars sous forme de soutien logistique, de formation ou d’équipements non létaux.

D’autres scénarios prévoient que l’appui multilatéral s’accompagne d’un appui supplémentaire de l’ONU à l’exception de la fourniture de matériel militaire. La dernière option, celle préférée par le secrétaire général de l’ONU, consiste en une transformation de la Misca (Mission internationale de soutien en Centrafrique) en une opération de maintien de la paix forte de 6’000 hommes dans un premier temps, et jusqu’à 9’000 en cas de détérioration de la situation. Le Conseil de sécurité se penchera sur cette question le 25 novembre à New York.

En ce qui concerne la France, qui compte déjà sur place un peu plus de 400 militaires, elle envisage de faire passer ses effectifs à un millier d’hommes.

35’000 réfugiés dans le complexe diocésain

Selon Mgr Désiré Nongo Aziagbia, évêque de Bossangoa, interrogé le 20 novembre par l’agence d’information américaine «Catholic News Service» (CNS), plus de 35’000 réfugiés vivent actuellement dans l’enceinte de 20 hectares du complexe diocésain de la ville. Ils sont venus chercher protection contre les militants de la Seleka, qui ciblent les chrétiens. «Les prêtres partagent leurs chambres avec les réfugiés», assure le prélat, précisant que le seul endroit encore non occupé sont ses appartements privés. L’évêque a indiqué que dans la nuit du 19 novembre, des militants ont encerclé le centre diocésain et envoyé une roquette sur le complexe, en guise d’intimidation.

Mgr Aziagbia a appelé le gouvernement du président actuel de la RCA, Michel Djotodia, à collaborer avec la France, l’Union africaine et les Nations Unies, afin d’assurer une aide d’urgence aux populations. Il a également demandé le désarmement et la démobilisation des troupes de la Seleka. (apic/fides/rfi/cns/rz)

22 novembre 2013 | 11:54
par webmaster@kath.ch
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