Fribourg: L’Ecole de la Foi veut revivre en Côte d’Ivoire

Mais le projet est momentanément bloqué

Fribourg, 6 décembre 2009 (Apic) L’Ecole de la Foi, fondée en 1969 à Fribourg par le Père Jacques Loew, le fameux «docker de Dieu», a dû fermer ses portes en 2006. Faute d’effectifs, les candidats des pays européens se faisant de plus en plus rares, et aussi en partie parce que les restrictions de visas pour les étudiants venant du tiers monde en avaient asséché le recrutement.

L’Ecole de la foi – qui s’appelle désormais Ecole de la foi et du développement – cherche pourtant à revivre, grâce à la ténacité de ses membres, à Yamoussoukro, en Côte d’Ivoire. Depuis un certain temps cependant, les travaux sont stoppés, des problèmes administratifs bloquant la poursuite de la construction. L’Apic a rencontré l’ancienne directrice de l’Ecole de Fribourg, Sœur Marie-Gabrielle Bérard, membre du conseil d’administration de la nouvelle Ecole et supérieure des Sœurs ursulines à Sion.

En effet, c’est de manière inattendue qu’un problème majeur a surgi, en automne 2007, au début de la construction du complexe de la bibliothèque-salle de lecture. Les paysans du village voisin, qui étaient déjà intervenus durant la réalisation de la clôture du terrain, sont revenus en force pour faire valoir des droits coutumiers. Ils affirmaient qu’ils n’étaient pas respectés, alors qu’une démarche de réconciliation, comportant la construction d’une voie de contournement pour le passage des troupeaux, avec divers dons, s’était pourtant déroulée en 2003.

Le diocèse de Yamoussoukro a attribué un terrain de 25 ha pour cette réalisation (qui prévoit aussi une exploitation de cultures et de l’élevage) soutenue par les évêques de Côte d’Ivoire, mais également par les supérieurs religieux au Burkina, au Mali, au Tchad ainsi que par des évêques du Burundi, du Rwanda, de République Démocratique du Congo (RDC). A la guerre civile qui a déstabilisé le pays, aux changements qui ont affecté la direction du diocèse, s’est encore ajoutée la spéculation foncière qui s’est développée à outrance dans cette région, qui est la capitale politique du pays.

Apic : Pourquoi l’Ecole de la Foi a-t-elle fermé ses portes à Fribourg ?

Sœur Marie-Gabrielle Bérard: J’ai été directrice de l’Ecole de la Foi jusqu’en 2001, puis c’est l’abbé Claude Ducarroz qui a repris le flambeau et qui a conduit l’école jusqu’à sa fermeture en 2006. Les candidats occidentaux manquaient. S’est alors posée la question de savoir pourquoi ne pas ouvrir une Ecole de la Foi en Afrique, là où il y a de la demande. On s’est dit à l’époque qu’il serait mieux d’être sur le terrain. C’est dans ce sens que nous avons voulu une école à la fois d’évangélisation et d’apprentissage des méthodes de culture et d’élevage.

Apic : Mais ce projet est actuellement en rade ?

Sœur Marie-Gabrielle Bérard: Il est peu à l’arrêt. Sur le terrain, il y a la maison de l’intendant qui est construite. Un groupe est présent sur le terrain. Une association de gardiennage garantit la sécurité des lieux et cultive le terrain.

On a effectué le creusement d’un puits, mais on ne peut pas mettre une station de pompage, parce que si les gens voient qu’on construit quelque chose, ils estiment qu’on contrevient aux droits. Alors on ne peut, dans les constructions, qu’être au niveau du sol.

Apic : Vous avez constitué sur place une association Yamoussoukro?

Sœur Marie-Gabrielle Bérard: Effectivement, il y a en Côte d’Ivoire une association régie par le droit ivoirien, présidée par un professeur qui travaille dans les hautes écoles. Il est entouré de personnes qui viennent de différents horizons. Une sœur venant de Guinée, notre régionale, est l’actuelle secrétaire de l’association. L’économe de la vice-province dominicaine de l’Afrique de l’Ouest s’occupe de la trésorerie. Le vice-président du Conseil et directeur de la maison diocésaine est maintenant sur place.

Apic : Est-ce votre congrégation qui est derrière le projet de Yamoussoukro ?

Sœur Marie-Gabrielle Bérard: Non. Je ne fais pas partie de l’association en tant que responsable de la congrégation, mais comme ancienne directrice de l’Ecole de la Foi. C’est à cette époque que j’ai initié le projet avec le groupe porteur qui est sur place. Les membres de ce groupe sont tous des personnes qui ont eu plus ou moins des contacts avec Fribourg. C’est une des raisons qui nous a amenés à aller en Côte d’Ivoire. Ces gens-là ont une connaissance du contenu de l’enseignement de l’Ecole de la Foi et un désir de partager cette formation à caractère biblique centrée sur la vie communautaire.

Comme directrice, j’ai beaucoup apprécié cette dynamique d’évangélisation qui formait des évangélisateurs au contact de la parole de Dieu, en leur donnant l’occasion non seulement d’étudier, mais d’approfondir, de prier, de vivre ensemble cette parole. Et c’est la dimension qui est la plus difficile: la vie communautaire. C’est celle qui est le plus liée à Vatican II, à cette notion d’Eglise-Communion, cette volonté de faire communauté. Pour l’Afrique, avec tout le racisme qu’on y voit, l’Ecole de la Foi est vraiment un bon creuset d’évangélisation. C’est cela l’objectif de Yamoussoukro.

Apic : Pourquoi ici, n’a-t-on pas aussi persévéré dans l’Ecole de la foi ?

Sœur Marie-Gabrielle Bérard: Les responsables de l’école, analysant la situation, ont estimé que du point de vue économique déjà, elle n’était plus viable. A l’époque où j’étais directrice, nous avions déjà des problèmes de trésorerie. Il me fallait trouver un demi-million pour les bourses d’études. Ce qui n’est pas mal ! Mais comme il n’y avait plus que des gens du Sud entre eux, l’objectif de l’Ecole de la Foi n’était plus rempli. Le but avait toujours été d’opérer une rencontre entre les Eglises, un enrichissement réciproque. Quand on avait dans une équipe, une Italienne, des Canadiennes, une Française et trois Africaines et une Asiatique, cela donnait cette richesse.

Au moment où les gens viennent tous de la même région, l’école perd de sa richesse. La question que nous nous sommes posée était alors de créer une école là où est la demande. Avec Mgr Mamie, nous avions déjà prévu de commencer quelque chose au Cameroun. Sur le plan des finances, on a constitué une équipe en Valais, qui porte l’œuvre et récolte des finances. La Fondation Jacques Loew nous aide aussi à raison de Fr. 40’000.– à Fr. 50’000.– maximum par année. Mais c’est dérisoire par rapport au projet. On ne peut pas attendre 100 ans pour aller au bout de ce projet !

Apic : Quels sont les problèmes au niveau de la construction, des finances ?

Sœur Marie-Gabrielle Bérard: Au plan des finances, on a maintenant environ un million de francs grâce aux aides reçues. On a prévu de construire par étapes. En 2007, on avait commencé une bonne étape avec la construction de salles de classe, des sanitaires et du complexe de la bibliothèque (la bibliothèque de Fribourg a été transférée à Yamoussoukro). Elle est dans un grand container mis sur des blocs de ciment. Elle a un toit pour être bien protégée, mais en attendant, les livres ne sont pas utilisés. Il faut vraiment qu’on arrive à la construction, pour que ces livres ne partent pas à gauche et à droite, ou dans un séminaire. On le les récupérerait plus.

Apic: Ces obstacles continuels ne sont-ils pas décevants ?

Sœur Marie-Gabrielle Bérard: Oui, c’est parfois un peu décourageant et on a des moments où on a envie de se dire qu’on aurait mieux fait d’aller ailleurs, parce qu’il y avait d’autres diocèses qui se seraient intéressés à notre projet: en Haïti, au Rwanda…

Mais c’est l’ampleur du terrain qui nous a fait choisir Yamoussoukro, en plus du fait qu’il y a là aussi un lien avec les dominicains. Ces derniers ont démarré un centre à Yamoussoukro il y a un peu plus d’une année. C’est un centre de «théologie et développement». Et nous, nous proposons «évangélisation et développement», qui a un autre niveau et qui vise un autre public. Les dominicains travaillent au plan universitaire. Comme à Fribourg, on a voulu faire le lien avec les dominicains, qui sont avant tout des professeurs.

Apic: Allez-vous bientôt ouvrir les cours?

Sœur Marie-Gabrielle Bérard: Dès que la situation sera débloquée, on part avec la construction. Le premier complexe est sorti de terre, à environ un mètre de haut avec le béton armé. Je regrette que les gens ne soient pas informés de la situation, on aimerait nous envoyer des étudiants de l’île de la Réunion ou de Madagascar, mais nos structures ne sont pas encore en place et on est obligé de leur dire qu’on est encore «sous terre». Si cela peut démarrer, les cours pourraient commencer dans l’année qui suit, notamment des sessions destinées aux catéchistes, qui en ont vraiment besoin.

Apic: Au plan des enseignants, pas de problèmes ?

Sœur Marie-Gabrielle Bérard: Non, on les trouve facilement: il y a des dominicains, des pallottins, avec la Fondation de Notre Dame de la Paix, la Basilique. Il y a aussi des franciscains sur place. Entre Yamoussoukro et Abidjan, il n’y a que 250 km, et en partie une autoroute, ce qui permet de se rendre au centre sans grand problème.

Apic: Les plans correspondent aux nécessités ?

Sœur Marie-Gabrielle Bérard: C’est une architecte d’Abidjan formée en France qui a fait les plans. Pour le terrain de foot, deux poteaux suffiront. On a mis la chapelle, dans le calme, tout au bout. C’est la seule originalité de l’architecte: elle est en forme de poisson. Au centre, on a placé une salle polyvalente. C’était une suggestion de l’archevêque président de la Conférence épiscopale ivoirienne: il disait que cela devait remplacer l’arbre à palabres qui est au centre du village, le lieu de rencontre où l’on va résoudre les problèmes, discuter. Ensuite, pour les petits complexes d’habitation, on a prévu 6 chambres indépendantes avec une pièce commune. 6 personnes qui forment une petite communauté, parce que la vie communautaire est le grand objectif de notre école. Nous voulons faire communion et non seulement cohabitation.

Apic: Actuellement, c’est une question administrative qui bloque la situation ?

Sœur Marie-Gabrielle Bérard: Oui, c’est cette question de terrain, des droits traditionnels de la propriété foncière et le droit civil. On dispose certes d’un document du préfet qui nous octroie le terrain. Mais le droit traditionnel nous empêche d’aller de l’avant. Dans notre démarche, on n’a peut-être pas pris suffisamment en compte les éléments de la tradition. Mais ce n’était pas à nous de le faire puisque le terrain nous était donné par le diocèse.

Encadré

L’Ecole de la Foi

En 1969, le Père Jacques Loew, dominicain, passionné par l’annonce de l’Evangile, fondait l’Ecole de la Foi à Fribourg, en Suisse romande. Sa grande expérience missionnaire, en particulier dans les favelas du Brésil lui avait permis de saisir l’importance de la Parole de Dieu dans la vie de l’homme. La Parole est le centre de la formation dispensée par l’Ecole de la Foi: par l’étude et la méditation, par la prière en communauté et la vie en petits groupes qui transcendent les particularités individuelles des races et des ethnies.

De 1969 à 2006, 1’898 personnes de 75 pays se sont formées à Fribourg, dont 493 Africains de 22 pays. Ces personnes annoncent aujourd’hui l’Evangile en tant que catéchistes et formateurs de catéchistes; ouvriers de première évangélisation auprès des enfants, des jeunes, des couples; responsables de congrégations, de noviciats, de postulats; animateurs d’émissions auprès de radios catholiques à Madagascar ou au Togo; membres de communautés ecclésiales de base en RDC, en Côte d’Ivoire.

L’Ecole de la Foi de Fribourg a dû fermer ses portes en 2006 par manque de candidats venant des pays du Nord, alors que la grande majorité des élèves était constituée de boursiers des Eglises du Sud. JS

Encadré

Yamoussoukro

Depuis sa fermeture à Fribourg, l’Ecole de la Foi n’a pas disparu. L’expérience engrangée à Fribourg a donné un nouvel élan à une Ecole similaire à Yamoussoukro, en Côte d’Ivoire. L’idée est de proposer une formation sur deux ans et d’organiser des sessions bibliques. L’Ecole de la Foi de Yamoussoukro veut accueillir des adultes catholiques de tous pays, laïcs mariés ou célibataires, religieux, religieuses et prêtres. Ces personnes sont engagées dans la pastorale ou recommandées par leur évêque ou leur supérieur. La nouvelle Ecole offre une visée à la fois théorique et pratique: elle veut initier à la réalisation de petits projets, présenter des techniques de gestion, de culture et d’élevage. Elle a aussi pour objectif de proposer des éléments d’éducation nutritionnelle, de soins.

Le concept de Yamoussoukro

Deux termes clés sont à l’origine du projet de Yamoussoukro: évangélisation et développement. Pour atteindre ses buts, l’Ecole se composera, selon les données des responsables, de 15 pavillons pour des petites fraternités, soit 98 places, de 2 pavillons pour professeurs et équipe d’encadrement, d’un réfectoire, cuisine, buanderie. Viennent s’ajouter une chapelle, un complexe administratif, une bibliothèque, une salle de lecture, 3 salles de classe et une salle polyvalente. Divers autres offices sont aussi prévus, dont un terrain de sport, une maison du régisseur, une loge de gardien, etc.

Evolution du projet

En 2001, le diocèse de Yamoussoukro donne 25 hectares de terrain à la Fondation. En 2002, se crée l’Association Ecole de la Foi, qui relève de l’évêque de Yamoussoukro. Les statuts en sont fixés, le conseil d’administration nommé. La Conférence épiscopale de Côte d’Ivoire apporte son soutien officiel à la nouvelle Fondation en 2003, et permet ainsi d’établir les plans du projet. En 2004, le terrain est délimité, clôturé, grâce à la Fondation de l’Ecole de la Foi de Fribourg. Dès 2005, commencent les travaux d’infrastructure et la mise en culture du sol. La maison du régisseur est construite en 2006. Cette même année, la bibliothèque et le matériel didactique de l’Ecole de la Foi de Fribourg sont transférés à Yamoussoukro. En 2008, le terrain est prêt, un forage a permis de trouver de l’eau. Un chantier est ouvert, visant la construction de la bibliothèque, du local d’accueil, de la salle de lecture, d’une salle de classe de 60 places, des sanitaires. La partie logement n’est pas encore commencée. JS

6 décembre 2009 | 17:39
par webmaster@kath.ch
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