Genève: Dès la rentrée 2011, les écoliers genevois étudieront les grands textes religieux

Mais pas d’entorse à la laïcité à la genevoise

Genève, 12 mars 2010 (Apic) Dès la rentrée 2011, les écoliers genevois de tous les degrés de la scolarité obligatoire étudieront les grands textes religieux dans le cadre des cours d’éducation citoyenne et dans les cours de sciences humaines, en particulier dans les cours d’histoire et de géographie. Au niveau supérieur, cet enseignement trouvera également sa place dans le cadre des cours de littérature et de français.

L’enseignement du fait religieux sera intégré dans les enseignements déjà existants, parce que la grille horaire n’est pas extensive, mais aussi parce que la séparation Eglises-Etat à Genève est réglementée par un cadre légal très strict. L’école publique genevoise est en effet – plus que toute autre en Suisse – soumise au principe de laïcité, clairement énoncé dans la loi sur l’instruction publique. Pas question donc d’introduire à l’école une quelconque forme de catéchisme et de prosélytisme!

On reste chatouilleux sur le principe de la séparation de l’Etat et des Eglises

La Constitution genevoise garantit la liberté des cultes et consacre le principe de la séparation de l’Etat et des Eglises. L’école publique genevoise se base aussi sur le principe de neutralité politique et religieuse. Face au déficit de références et de culture religieuse des jeunes, le DIP avait mis en place un groupe de travail exploratoire il y a plus d’une décennie déjà. En 2003, un groupe de travail interne a été constitué avec pour missions principales d’identifier les éléments de la culture religieuse existant dans l’école genevoise et d’évaluer les enjeux liés à la question de l’enseignement du fait religieux.

Le DIP veut tout de même faire face au déficit de références et de culture religieuse des jeunes

C’est notamment sur la base de cette étude qu’a été rédigé le rapport du Conseil d’Etat de novembre 2004 suite à une motion parlementaire concernant l’introduction de cours sur l’histoire des religions pour les élèves du canton. Notons qu’en février 2009, le matériel d’enseignement édité par ENBIRO (enseignement biblique et interreligieux romand) a été mis à disposition dans les médiathèques d’établissement. Quelques années auparavant, la brochure «Panorama des religions» était déjà disponible dans toutes les salles des maîtres.

Fin 2009, le Département de l’instruction publique (DIP) genevoise a chargé un groupe d’experts de l’aider à concevoir un plan d’étude. Elaboré actuellement par les directions de l’enseignement, ce dernier entrera en vigueur à la rentrée 2011.

Pas de cours spécifique sur les faits religieux ou l’histoire des religions

«Il n’y aura pas, à Genève, de cours spécifique sur les faits religieux ou l’histoire des religions. Le débat est clos sur ce point», précise Patrick Hess, secrétaire général adjoint du DIP, cité par l’agence de presse ProtestInfo. «Il s’agit ici d’une approche clairement historique, culturelle et comparative des modes de pensée des diverses sociétés et cultures à travers l’étude des grands textes fondateurs, religieux ou non. C’est-à-dire des extraits de textes, qui font partie intégrante de la culture d’un pays ou d’une région du monde. Cette approche des grands textes fondateurs évitera tout ethnocentrisme et limitation aux religions monothéistes. Elle pourrait permettre aussi d’éviter certaines dérives sectaires ou identitaires.»

Le DIP travaille sur une liste des textes qui seraient à étudier, et sur un programme d’études adapté à l’âge des élèves. «A titre d’exemple il pourrait s’agir de grands ouvrages de contes et légendes ou d’extraits de la Bible, du Coran ou de textes bouddhistes. Mais ’Le Contrat social’ de Rousseau ou la Déclaration des droits de l’homme pourraient aussi être concernés», ajoute le haut fonctionnaire.

Genève met ainsi en place une alternative à la discipline «éthique et culture religieuse» adoptée par certains cantons suisses. Ce choix suit les recommandations du Conseil d’Etat approuvées par le Grand Conseil en 2006. Celles-ci spécifiaient que «l’école genevoise n’est pas censée enseigner le fait religieux mais prendre toutes les mesures utiles pour encourager les enseignants à traiter du fait religieux dans leurs classes.» (apic/com/be)

12 mars 2010 | 15:30
par webmaster@kath.ch
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