Philippines: Un prêtre catholique poursuit ses activités de thaumaturge

Malgré l’interdiction faite par deux évêques philippines

Manille, 19 février 2010 (Apic) Malgré l’interdiction faite par deux évêques de poursuivre ses sessions de guérison dans leurs diocèses, le Père Fernando Suarez, un prêtre d’origine philippine faisant partie des Compagnons de la Croix, continue de drainer des milliers de fidèles à ses célébrations.

Né aux Philippines en 1967 dans la province de Batangas, Fernando Suarez est arrivé en 1995 à Winnipeg, au Canada, avec un diplôme d’ingénieur chimiste, puis s’est engagé (après un parcours chaotique dans différents ordres religieux dont les franciscains et la Société du Verbe divin) au sein des Compagnons de la Croix, où il a été ordonné prêtre en 2002. Le P. Suarez aime à raconter comment, à l’âge de 16 ans, il a reçu la révélation de son charisme en priant auprès d’une femme paralysée qui a été guérie. En 2003, sa communauté lui confie un ministère spécial afin d’exercer son charisme de guérison : il devient rapidement célèbre, particulièrement aux Philippines et ses messes, retraites et sessions attirent des foules importantes.

Le 11 février dernier, à l’occasion de la Journée mondiale des malades, le P. Suarez a dirigé à Pasay City, près de Manille, une célébration dans l’astrodôme de Cuneta. Des milliers de personnes ont assisté à l’événement, qui était retransmis par Radio Veritas, la plus importante radio catholique d’Asie, émettant à partir des Philippines.

A la veille de son retour au Canada, où il doit mener une série de sessions charismatiques, le P. Suarez a répondu, le 16 février dernier, aux questions de l’agence Ucanews, citée par Eglises d’Asie. Le prêtre s’est exprimé sur les interdictions qui lui sont faites de mener des rassemblements de guérison collective dans deux des diocèses de la région nord des Philippines où il exerce principalement ses activités. Ces interdictions ont été prononcées en 2008 par Mgr Jose Olivares, évêque de Malolos à Bulacan, et Mgr Oscar Cruz, à l’époque archevêque de Lingayen-Dagupan.

Outre le fait que le prêtre guérisseur n’a pas demandé l’autorisation d’organiser ces célébrations aux évêques comme l’exigent les consignes du Vatican, le financement des rassemblements du P. Suarez, ainsi que la commercialisation de son activité avaient attiré la suspicion des prélats. «La grosse question, c’est l’argent. Il vend des rosaires et autres articles religieux qui auraient de prétendus pouvoirs de guérison», avait expliqué alors Mgr Cruz. Des doutes s’étaient portés également sur l’utilisation des messes de guérison pour financer l’édification du sanctuaire marial que le P. Suarez est en train de faire construire à Batangas. «L’argent destiné au sanctuaire vient exclusivement de donations» a répondu le prêtre à Ucanews. Le P. Suarez assure en outre que tout l’argent collecté lors des messes de guérison allait aux nécessiteux de la paroisse, précisant qu’il ne se préoccupait pas des sommes récoltées. «Il y a des dons [lors des célébrations], mais honnêtement je n’ai aucune idée de leur montant (…)», a-t-il affirmé.

Un autre aspect de l’activité du P. Suarez qui préoccupe les responsables catholiques est la nature même de ses séances de guérisons collectives. «Il y a un phénomène d’hystérie, en plus de l’exploitation de la crédulité des fidèles», s’était indigné Mgr Cruz dans une déclaration à la presse, le 2 février 2008. «On ne peut pas laisser dire que le P. Suarez ressuscite les morts…»

Le P. Suarez est également contesté du fait que les messes de guérison qu’ils organisent sont souvent le théâtre d’accidents graves (convulsions, épilepsie, bousculades et même décès). Toutefois, des évêques philippins, tel Mgr Gaudencio Rosales, cardinal-archevêque de Manille, continuent de lui accorder leur confiance, concélébrant parfois avec lui. (apic/eda/pr)

19 février 2010 | 15:13
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
Partagez!