Malgré les chutes, le pape continue son chemin

Rome: 2009, «Annus horribilis» pour Benoît XVI ?

Rome, 31 décembre 2009 (Apic) L’année 2009 aura été, sans conteste, particulièrement difficile pour Benoît XVI et l’Eglise catholique. Elu en avril 2005, le discret cardinal Ratzinger n’avait pas connu, depuis, une telle succession d’affaires faisant de lui la proie des médias, souvent sans concession.

Régulièrement présenté comme un pape réactionnaire, Benoît XVI a aussi semé le doute chez certains fidèles catholiques lors de la levée de l’excommunication qui pesait sur les évêques lefebvristes, l’ouverture de Rome aux anglicans déçus de leur Eglise, ou encore lors de la récente reconnaissance des ›vertus héroïques’ de son prédécesseur Pie XII.

Pour autant, 2009 est aussi l’année de deux voyages particulièrement délicats et parfaitement réussis si l’on fait abstraction de polémiques marginales : le déplacement du pape sur le continent africain puis celui en Terre sainte. 2009 a aussi vu la consolidation des relations diplomatiques du Saint-Siège avec la Russie, un nouveau réchauffement avec le Patriarcat de Moscou, et la confirmation du dialogue avec les autorités vietnamiennes. En juin, le pape a reçu la visite du nouveau président des Etats-Unis, et présidé, en octobre, un riche synode des évêques consacré à la mission de l’Eglise en Afrique.

Si les médias généralistes ont semblé faire peu de cadeaux au pape allemand de 82 ans, celui qui se présentait au jour de son élection comme un «simple et humble travailleur dans la vigne du Seigneur» n’a pas semblé ménager sa peine. Chutant à plusieurs reprises, au sens propre comme au figuré, ce «collaborateur de la vérité» a poursuivi son chemin malgré les embûches, au risque d’être à contre-courant de la pensée unique. 2009 est l’année des «mains tendues» – en particulier aux lefebvristes et aux anglicans – et d’un poignet cassé !

Un début d’année délicat

Le geste de «paix» et de «miséricorde» de Benoît XVI, au mois de janvier, à l’égard des 4 évêques de la Fraternité Saint-Pie X, ouvre donc une année particulièrement délicate pour le pontife. Dans un décret rendu public le 24 janvier, celui-ci fait le choix de lever l’excommunication des évêques dont l’ordination par Mgr Lefebvre, en juin 1988, est à l’origine du schisme entre Rome et la fraternité traditionaliste. Mal reçu par une partie du troupeau catholique, ce geste entraîne également l’Eglise dans une vive polémique après que l’un des 4 prélats, le Britannique Richard Williamson, a tenu des propos négationnistes. Des propos dont le Vatican aurait dû connaître la teneur avant de lever la sanction qui pesait sur le prélat.

Pourtant, sûrs que le geste du pape n’a pas lieu d’être remis en question, le Saint-Siège et son appareil de communication tarderont à réagir. Certains cardinaux et membres de la curie ne sont pas avares de critiques à l’égard de la gestion interne des dossiers et de la communication au Vatican. Le directeur du Bureau de presse du Saint-Siège évoque lui-même les «insuffisances» de l’appareil. Dans la tempête médiatique et le flot de réactions, même la voix de la chancelière allemande Angela Merkel se fait entendre. Début mars, Benoît XVI se fend alors d’une lettre au ton très personnel dans laquelle il justifie son geste, reconnaît certaines erreurs dans la gestion de cette affaire au Vatican et regrette l’»hostilité» de certains catholiques à son égard.

Au même moment, deux autres affaires délicates agitent l’Eglise et les médias. Après un mois de polémique, début mars, Benoît XVI décide de dispenser un évêque autrichien controversé, Mgr Gerhard Wagner, de la charge qu’il lui avait confiée fin janvier : le prélat était pourtant déjà connu pour ses déclarations provocatrices. Au Brésil, l’évêque de Recife se prononce sur l’excommunication de la mère d’une fillette ayant avorté après avoir été violée, et de l’ensemble de l’équipe médicale qui a pratiqué l’avortement. Cette affaire fait grand bruit, le Vatican n’est pas préparé pour répondre aux interrogations de la presse et beaucoup, mal informés, jugent alors que le pape est le responsable de ce geste.

Des voyages réussis

Benoît XVI effectue le tout premier déplacement en Afrique de son pontificat en se rendant au Cameroun puis en Angola, du 17 au 23 mars. Un voyage particulièrement festif. Les appels au réveil de l’Afrique et à la fin du colonialisme occidental sont cependant médiatiquement occultés par le retentissement d’une petite phrase du pape dans l’avion qui le menait à Yaoundé. Répondant à une question sur l’efficacité des méthodes de lutte contre le Sida, Benoît XVI affirme que l’on ne peut pas dépasser ce fléau «avec la distribution de préservatifs». «Au contraire, ils risquent d’augmenter le problème», soutient le pape devant quelque 70 journalistes. Sortie de son contexte et fortement répercutée par les médias du monde entier, cette phrase attire nombre de critiques.

Annoncé comme un ›casse-tête’, le voyage de Benoît XVI en Terre sainte, du 8 au 15 mai, est aussi particulièrement couronné de succès. Lors de ce déplacement en Jordanie, en Israël et dans les Territoires palestiniens, le pape fait la promotion du dialogue entre les trois religions monothéistes pour «contribuer à la paix» et encourage les chrétiens de la région. A Nazareth, Benoît XVI propose l’image inédite d’un pape chantonnant «Shalom, Salam, peace» en tenant la main d’un juif, d’un chef druze et d’un musulman. Ce voyage offre une autre image forte : celle d’un pape, debout, devant le mur de séparation encerclant la Cisjordanie et les miradors israéliens, au camp de réfugiés d’Aida.

Un été plus reposant

Avec plusieurs mois de retard, la troisième Encyclique de Benoît XVI, Caritas in Veritate, est publiée le 7 juillet. Complexe, écrit à plusieurs mains, ce texte consacré au «développement humain intégral dans la charité et dans la vérité» trouve peu d’écho dans les médias malgré son actualité en pleine crise économique mondiale. 3 jours plus tard, la première visite au Vatican du président des Etats-Unis, Barack Obama, est l’occasion d’évoquer la défense et la promotion de la vie ainsi que les résultats du sommet du G8 de L’Aquila, auquel vient de participer le leader américain.

Avant de partir en congés, le pape publie un Motu Proprio visant à lancer le dialogue doctrinal avec la Fraternité Saint-Pie X. Cet énième geste à l’égard des fidèles traditionalistes se concrétisera par l’ouverture du dialogue, au Vatican, entre théologiens des deux parties, mi-octobre. Benoît XVI continue de tendre la main.

Visiblement éprouvé, le pape de 82 ans s’offre, durant la deuxième quinzaine de juillet, un repos mérité dans un petit chalet au milieu des montagnes italiennes et des forêts de la Vallée d’Aoste. Mais, quelques jours à peine après son arrivée, Benoît XVI fait une chute dans sa chambre et se fracture le poignet droit.

Les mois d’août et de septembre sont dominés par des ›affaires’ italiennes, comme l’affrontement entre des membres du gouvernement de la péninsule et un prélat de la curie sur la question de l’accueil des immigrés. Puis, le pape est brièvement impliqué dans la fronde d’Il Giornale, quotidien proche du gouvernement de Silvio Berlusconi, contre le directeur du quotidien de la Conférence épiscopale italienne, Avvenire.

L’indifférence des médias

Fin septembre, lors d’un bref voyage en République tchèque, Benoît XVI affirme que la liberté retrouvée après la chute des régimes totalitaires ne doit pas être bradée. Aux Tchèques, il prêche une fois encore la force de la «vérité», affirmant que celle-ci a un nom : «Dieu». Mais le pape allemand n’intéresse plus les grands médias lorsqu’il fait la leçon à l’Occident, et seule l’araignée qui se balade quelques instants sur son épaule, lors d’un discours pourtant fort plus intéressant, retiendra l’attention des médias internationaux.

Même sort pour le second Synode pour l’Afrique, convoqué par le pape en octobre. Plus de 200 évêques africains évoquent au Vatican la mission de l’Eglise sur le continent. Dans la plus grande indifférence, ils dénoncent les tentatives «sournoises» de destruction des valeurs africaines et encouragent l’apparition d’hommes politiques responsables et «saints».

Les dernières semaines de l’année sont marquées par plusieurs évènements qui trouvent un large écho dans les médias, à commencer par la main tendue de Benoît XVI aux ›déçus’ de la Communion anglicane, fin octobre. Venu un mois après au Vatican, le leader anglican Rowan Williams ne cachera pas ses «préoccupations» après ce geste.

Faim, environnement… Benoît XVI prend aussi la parole à l’occasion de sommets internationaux. Au Sommet mondial sur la sécurité alimentaire, à Rome, il invite la communauté internationale à ne plus «accepter l’opulence et le gaspillage», mais à promouvoir la «justice» plutôt que «l’égoïsme». Aux grands de ce monde réunis au chevet de la planète à Copenhague, il demande, en vain, qu’ils parviennent enfin à des «accords internationaux contraignants» en matière de protection de l’environnement.

2009 se termine avec la convocation à Rome des hautes instances de l’Eglise d’Irlande pour faire face au scandale qu’a représenté la publication d’un rapport officiel sur le cas de prêtres pédophiles couverts par un certain nombre d’évêques, pendant près de 30 ans. Une vague de démissions épiscopales est annoncée…

Quant tout le monde attend que Benoît XVI fasse avancer le procès en béatification de Jean Paul II, il surprend et déclenche une inévitable polémique en y associant celui de Pie XII. Même la trêve de Noël ne tient pas après une année sérieusement agitée : une jeune femme avec des problèmes psychiques fait tomber le pape qui s’apprête à célébrer la messe de la Nativité. Son Message de Noël passe à la trappe.

L’année qui s’ouvre verra Benoît XVI effectuer 4 voyages européens et présider un synode inédit sur le Moyen-Orient. Le pape devrait aussi béatifier son prédécesseur polonais et continuer de modifier l’organigramme de la curie romaine. Au cous des mois à venir, son regard pourrait se tourner vers Moscou et s’attardera sur les prêtres, auxquels il a consacré une année spéciale… En 2010, Benoît XVI, «collaborateur de la vérité», soufflera 83 bougies. (apic/imedia/ami/pr)

31 décembre 2009 | 13:32
par webmaster@kath.ch
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