Suisse

Manifestation nationale contre les abus sexuels dans l'Eglise

Environ 150 personnes ont manifesté le 29 juin 2019, à Berne, contre les abus sexuels dans l’Eglise catholique-romaine. En brandissant des balais, les manifestants, ont appelé le Vatican à faire le ménage.

Réuni sur l’Helvetia Platz, le rassemblement, lancé par les théologiens zurichois, a été l’occasion de réclamer une réforme en profondeur dans l’Eglise, afin de faire respecter les droits des victimes.

Pour Marie-Jo Aeby, membre du comité du groupe de soutien aux personnes abusées dans une relation d’autorité religieuse (SAPEC), malgré la faible représentation de la Suisse romande, la manifestation a été un succès. «C’est un bon début, l’organisation était parfaite, les contributions de haut niveau et les échanges de très bonne qualité. J’en reviens contente.»

L’Eglise ressemble à un régime totalitaire

La théologienne allemande Doris Wagner a apporté son témoignage d’ancienne religieuse victime d’abus. «Ce qu’il y a de plus cruel dans la violence, c’est l’impuissance et la solitude.» Les auteurs d’abus ont la vie facile, quand leurs victimes sont sans défense. Par ses actes l’agresseur dit à sa victime: «Tu ne comptes pas pas. Personne ne peut t’aider. Personne ne te croira. Je peux faire ce que je veux de toi. Tu es toute seule, abandonné de Dieu.»

Face à cette situation, les responsables ont souvent préféré détourner le regard. Pour Doris Wagner, l’Eglise ressemble à un régime totalitaire. Les possibilités de se défendre de manière formelle sont quasi nulles. Il n’y a pas de parlement, pas de débats ouverts et pas de recherche théologique vraiment libre. Il n’y a pas de processus législatifs transparents. Il n’y a pas de juges indépendants, pas de commissions d’enquête, pas d’organes de surveillance. Et enfin aucune procédure de destitution.

Un foyer où chacun est respecté

Pour l’ancienne religieuse de «Das Werk», on ne peut plus tolérer aujourd’hui que l’Église soit une maison où règne la loi du plus fort, où quelques-uns imposent leur façon de penser à beaucoup d’autres. Une maison de laquelle ceux qui ouvrent la bouche sont jetés à la porte.  »Nous voulons que l’église soit un bon foyer pour tous. Un endroit où même les plus vulnérables sont en sécurité, où chacun peut venir avec sa propre expérience et ses besoins et peut s’exprimer.» Un endroit où les personnes aux postes de direction n’ont pas seulement le pouvoir, mais assument aussi leur responsabilité pour écouter, prendre soin, protéger en encourager.

Justice pour les victimes

Jean-Marie Fürbringer, a rappelé, au nom du groupe Sapec, les revendications des victimes. Il y a le droit de savoir, le droit à la justice, le droit à des réparations et l’assurance que tout est mis en œuvre pour que les abus ne se reproduisent pas.

L’accès aux dossiers et aux archives reste le plus souvent impossible dans les affaires d’abus. Les victimes veulent qu’on leur explique pourquoi, comment et qui a déplacé un prêtre abuseur au lieu de le sanctionner.

Le droit de justice c’est le droit de la victime de voir les personnes qui ont mal agi par intérêt, par manque de courage ou pour éviter de voir dévoiler leurs propres turpitudes soient dénoncées.

Le droit à des réparations. Actuellement, en Suisse, les victimes reconnues touchent une indemnisation entre 5’000.– et 20›000.– francs. Mais ailleurs, les victimes qui n’ont même pas la chance que leur dol soit reconnu.

Enfin, même si l’impunité recule, il y a encore énormément à faire pour que la tolérance zéro ne reste pas lettre morte tant au niveau des auteurs d’abus que des responsables qui les ont activement ou passivement couverts.

Marie-Jo Aeby note aussi l’absence de représentants officiels des diocèses. «J’en ignore les raisons, mais je le regrette. Je pense que l’on avance à petits pas dans la prise de conscience de la nécessité des réformes, mais cela viendra de la base. Les balais que nous avons amenés vont retourner dans les paroisses, les autres seront remis à la nonciature avec la pétition pour des réformes dans l’Eglise.» (cath.ch/mp)

Les membres du groupe Sapec au premier rang des manifestants contre les abus sexuels dans l'Eglise | © kath.ch
30 juin 2019 | 11:25
par Maurice Page
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