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'Mare of Easttown', un monde où le catholicisme compte encore

La série américaine ‘Mare of Easttown’, qui passe en ce moment sur la RTS, est louée notamment pour son réalisme. Elle a pour décor une petite ville austère de Pennsylvanie où la modernité apporte son lot de changements et de problèmes, mais où la religion catholique imprègne encore la culture et les mentalités.

«Tu es là pour me culpabiliser afin que je retourne à l’église, Danny?» demande Mare, lorsqu’elle rentre chez elle, dans le premier épisode de Mare of Easttown. «Non, non, j’ai abandonné cette idée il y a longtemps», répond Danny, le prêtre, qui n’est autre que le cousin de l’héroïne. Un dialogue qui reflète l’empreinte bien présente du catholicisme sur la dernière série en vue de HBO.

Mare Sheehan y est incarnée par l’actrice anglaise Kate Winslet. La policière de la localité imaginaire d’Easttown, dans la banlieue de Philadelphie, enquête sur le meurtre d’une adolescente et la disparition d’une autre.

Une petite ville où tout le monde se connaît

Dans l’une des scènes inaugurales, Mare arrête un cambrioleur toxicomane du nom de Freddie Hanlon, qui est le frère de son amie de lycée Beth. «Emmenez-le à St. Michael», dit Mare à l’agent qui l’accompagne. «Dites au Père Dan Hastings que je l’envoie.»

Au lieu d’aller en prison, le malfaiteur est ainsi recueilli dans un refuge de la paroisse catholique locale, sous la garde du prêtre et cousin de la policière.

«Tout au long de la série, on ressent cette sensibilité catholique.»

Kim Daniels

La scène représente simplement «ce qui se passe dans un endroit comme Easttown, où tout le monde se connaît, ou a des liens de parenté», note le journaliste Christopher White dans un article du site américain National Catholic Reporter (NCR). L’Eglise apparaît constamment, dans la série, comme «un point de chute», que ce soit culturellement, mais aussi sur le plan des valeurs.

«Les gens aiment la série parce qu’ils se rendent compte que le contexte est dépeint de manière vraiment authentique.» | © HBO

«Tout au long de la série, on ressent cette sensibilité catholique», relève Kim Daniels au NCR. La sociologue à l’Université catholique de Georgetown (Washington D.C.), qui a elle-même des liens familiaux dans la région de Philadelphie, est une inconditionnelle de la série. «On a l’impression de connaître cette ville et ces gens, et dès le premier épisode, on compatit avec eux, on ressent les diverses formes de souffrances qui les touchent», a-t-elle déclaré. «Leurs vies s’entremêlent comme le font les vraies vies de familles et d’amis, en particulier dans une petite ville».

Pour Kim Daniels, si la série est imprégnée d’imagerie religieuse – notamment avec les crucifix sur les murs et les images pieuses sur les réfrigérateurs – sa «catholicité» est surtout remarquable dans la façon dont les personnages raisonnent et se comportent.

Un tableau authentique

Kathleen Sprows Cummings, historienne catholique et également native de la région, abonde dans ce sens. Elle se souvient s’être demandé, après le premier épisode de la série, pourquoi quelqu’un s’y intéresserait, en ne sachant pas à quel point elle reflète fidèlement la réalité.

Mare of Easttown connaît pourtant un important succès. La série a régulièrement dépassé le million de téléspectateurs lors de chaque diffusion, aux Etats-Unis. Ainsi, pour Kathleen Sprows Cummings, «il n’est pas nécessaire d’être originaire du lieu pour l’apprécier (…) les gens aiment la série non pas parce qu’ils connaissent Delco (Delaware County, la zone où l’histoire se déroule, ndlr.), mais parce qu’ils se rendent compte que le contexte est dépeint de manière vraiment authentique.»

L’Eglise comme point de repère

Le deuxième épisode de la série se déroule le dimanche qui suit le meurtre d’une adolescente et, malgré les tensions croissantes, tous les habitants assistent à la messe, à l’église St Michael. Une scène réaliste qui décrit bien l’attachement à l’Eglise de ces populations, malgré leur déchristianisation, souligne Kathleen Sprows Cummings.

«Dans la région de Philadelphie, la première question que les gens vous demandent, c’est de quelle paroisse vous êtes»

Kathleen Sprows Cummings

En dépit des dissensions qui peuvent exister entre les personnes, l’esprit de solidarité est toujours bien présent, et il se matérialise souvent autour de la religion. L’église y constitue, encore aujourd’hui, un point de repère. «Dans la région de Philadelphie, la première question que les gens vous demandent, c’est de quelle paroisse vous êtes», relève l’historienne.

«Ils savent que Dieu les regarde»

Un constat confirmé par le Père jésuite James Martin, également originaire de la région. Selon le prêtre, connu pour sa défense des homosexuels, à Delco, même ceux qui se sont éloignés de la pratique religieuse se sentent liés à leur église. «On a l’impression qu’ils savent que Dieu les regarde (…) Il y a un sentiment de culpabilité, de honte et de devoir, et ils se tourmentent constamment pour des choses qu’ils ont faites».

Selon le jésuite, la foi catholique constitue dans cette communauté un «courant souterrain». Comme dans la mini-série, les personnes «y font de leur mieux pour essayer de correspondre à une morale, tout en étant très imparfaits».

Un christianisme communautaire

On localise en général la forme de christianisme la plus dynamique aux Etats-Unis, dans la «Bible Belt», au sud du pays. Mais il existe, dans la région de Philadelphie, une culture catholique très présente, qui se déploie de manière communautaire et locale, note Elise Ureneck, écrivaine catholique et consultante en communication.

Un aspect de la série qui retient l’attention est ainsi cette dimension communautaire de la religiosité. «Le catholicisme est certes une religion universelle, relève Elise Unereck. Mais Mare of Easttown nous aide à retrouver une image de ce à quoi elle pourrait ressembler si les groupes de personnes s’entraidaient et prenaient soin les uns des autres au niveau local.»

Le catholicisme dans ce qu’il a de meilleur et de pire

À Easttown, les téléspectateurs font connaissance avec une communauté affligée par la toxicomanie, les difficultés économiques, les divorces et les liaisons extraconjugales, la maladie mentale et bien d’autres soucis, et des résidents qui se tournent les uns vers les autres pour donner un sens à tout cela et pour simplement s’en sortir.

Parmi eux, les deux ecclésiastiques que sont le prêtre Dan et le diacre Mark ne sont pas épargnés par la méfiance qui naît entre les habitants suite aux disparitions et aux meurtres.

Leur rôle dans la série, observe Elise Ureneck, permet de saisir les effets qu’a eue la crise des abus sexuels, spécialement dans cette région. Le sentiment de méfiance qui plane sur le clergé dans la série reflète les effets déstabilisants qu’ont pu avoir ses affaires sur des familles en grand besoin de structures fiables et de personnes dignes de confiance. Dans Mare of Easttown, «le Père Dan et le diacre Mark en viennent à représenter le catholicisme dans ce qu’il a de meilleur et de pire», souligne l’écrivaine. (cath.ch/ncr/cw/rz)

Mare of Easttown: tous les lundis soirs sur RTS UN, du 24 mai au 20 juin 2021 (premiers épisodes à (re)voir sur RTS PLAY)

ate Winslet incarne la policière Mare dans la série «Mare of Easttown» | © HBO
3 juin 2021 | 17:40
par Raphaël Zbinden
Catholiques (39), cinéma (86), Culture (49), Etats-Unis (407)
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Le combat épique du quotidien


Une petite ville maussade, des grillages, des murs de briques, une ambiance d’hiver sans neige…Avec la série Mare of Easttown, la chaîne HBO nous emmène bien loin de la spectacularité de Game of Thrones, une autre de ses productions phares. Mais elle le fait avec le même brio. Pas de dragons donc, ni de combats épiques entre chevaliers. Dans cette petite ville de Pennsylvanie, les combats sont quotidiens et banals.

Erin, mère adolescente s’inquiète pour pouvoir payer à son bébé une importante opération des oreilles. Mare fait face aux réminiscences de son divorce, avec son ex-mari qui habite juste à côté de chez elle, Beth ne sait plus que faire de son frère qui la vole pour s’acheter de la drogue…Des acteurs brillants et une mise en scène parfaitement orchestrée font de cette fiction une histoire crédible et touchante qui nous capte très rapidement. Derrière les façades des maisons et des visages, où se dissimulent l’humanité et la barbarie? Après le visionnement d’un épisode seulement on brûle de le savoir. Et l’on sait déjà qu’après la scène finale, les personnages vont nous manquer…
RZ