Le continent noir continue à être spolié par l’Occident
Maroc: L’archevêque de Tanger défend l’Afrique
Madrid, 18 janvier 1999 (APIC) La situation en Afrique ne cesse de se détériorer. Mgr Antonio Pereiro Freire, archevêque de Tanger depuis 1983, a expliqué au magazine catholique espagnol «Vida Nueva» sa crainte que l’Afrique ne soit oubliée.
«Il y a quelques années, les Etats-Unis et l’ex-URSS se disputaient encore leur influence dans le continent africain. Cela se traduisait par des aides économiques considérables. Une fois l’Union Soviétique disparue, l’Afrique a perdu de son attrait. L’Europe, de son côté, s’est ouverte à l’Est, et son aide a également diminué. C’est ainsi que la situation s’est détériorée», a précisé le prélat, un franciscain d’origine espagnole, âgé de 62 ans.
Aux yeux de Mgr Pereiro, l’Afrique continue à être «spoliée, car elle a des matières premières, mais le prix en est fixé par l’Occident». «Ni le Maroc, ni la Libye, ni la Tunisie, ni l’Algérie ne sont des pays pauvres, mais ils sont très peu développés au plan économique, social, politique et culturel – la moitié de la population est analphabète, comme le sont bon nombre de maires», rappelle l’évêque françiscain.
L’archevêque de Tanger souligne «l’effort de l’Union Européenne pour juguler l’émigration forcée dans le nord du Maroc». Il ajoute: «Beaucoup d’organisations non gouvernementales travaillent ici et dans d’autres pays africains sans y rechercher leur propre profit. Malheureusement, on ne peut pas dire la même chose de certaines industries textiles espagnoles et d’autres pays, qui ne viennent pas en Afrique pour aider, mais profiter d’une main-d’œuvre bon marché».
Selon Mgr Pereiro, quelque deux mille chrétiens vivent aujourd’hui au Maroc. Dans son diocèse, «les relations avec les musulmans sont excellentes et normales. Par ailleurs, le gouvernement du Maroc respecte beaucoup l’Eglise. Les gens sont convaincus que le roi est l’ami du pape comme le pape est l’ami du roi», dit-il.
Quant à l’intégrisme, l’archevêque de Tanger cite plusieurs facteurs qui le rendent possible: le déficit démocratique, le fait qu’il y a très peu de sensibilité pour la justice sociale, le manque de formation sociale et politique face au défi du développement. «Tout cela favorise le fait que beaucoup de gens, qui ne voient d’issue ni dans le capitalisme ni dans le marxisme, se tournent vers l’islam, mais vers un islam qui s’impose, qui recherche le pouvoir et non le dialogue», conclut Mgr Pereiro. (apic/cip/ab)




