Sa pratique actuelle serait contraire à l’islam
Maroc: La ministre chargée de la famille réclame l’interdiction de la polygamie
Rabat, 30 juin 2003 (APIC) Yasmina Badou, secrétaire d’Etat marocaine chargée de la Famille, la Solidarité et l’Action sociale a préconisé l’interdiction de la polygamie dans le royaume. Dans une récente interview au quotidien marocain «L’Economiste», elle a estimé «que telle que la polygamie est pratiquée maintenant, elle est contraire à l’esprit même de l’islam».
Se référant à la charia ou loi islamique, elle a déclaré que la polygamie est interdite dès qu’il y a une crainte pour la communauté musulmane. «C’est le cas actuellement, puisqu’il y a une crainte pour les femmes et les enfants», a-t-elle déclaré. «Il faut donc l’abolir, à la limite, nous pouvons la tolérer dans des cas limitatifs par le juge et avec l’autorisation de la femme», a-t-elle ajouté.
Selon elle, «il y a un décalage entre la femme dans la réalité sociale et dans le droit».” La loi marocaine en matière de famille est dans l’obligation de se réajuster à la réalité, car elle est ineffective et en déphasage avec la réalité», a soutenu la responsable politique. «Le code de la famille et le statut de la femme marocaine ne remplissent pas leur devoir premier qu’est la protection de la famille. Ce n’est pas uniquement de droit de la femme dont il s’agit. Quand on ne protège pas la femme et ses enfants, la famille se désagrège», a renchéri la responsable marocaine.
Divorce: le parcours de la combattante
Yasmina Badou a également insisté sur La nécessité de réactualiser les textes, arguant du fait qu’une «loi qui ne protège pas la famille et l’enfant est contraire aux principes de notre religion». «Une loi qui jette arbitrairement à la rue une femme avec des enfants n’est pas bonne», a-t- elle ajouté. La mendicité, la prostitution et les enfants de la rue sont parmi les conséquences de la loi en vigueur qui régit la famille marocaine, a-t-elle dénoncé. Elle a déploré le «parcours du combattant imposé même aux femmes violentées dans leurs foyers, pour obtenir le divorce». Elles doivent prouver ces actes de violences conjugales et attendre des années pour obtenir ce divorce.
Une autre difficulté des femmes, a souligné Yasmine Badou, est que lorsqu’elles se remarient, elles perdent la garde de leurs enfants. Ce qui n’est pas le cas pour leurs maris. «Nous voulons que la femme puisse avoir la possibilité d’obtenir le divorce lorsque les conditions de vie deviennent déplorables ou qu’elle subit un préjudice», a soutenu la secrétaire d’Etat. «En plus, a-t-elle encore suggéré, la répudiation doit intervenir devant un juge qui évalue les torts». «Si ces torts sont exclusivement à la charge du mari, il n’y a aucune raison pour que cette femme en subisse les conséquences économiques», dénonce-t-elle.
Evolution encourageante
La ministre marocaine s’est cependant réjouie de l’évolution du statut des femmes marocaines. «Aujourd’hui, la femme marocaine a investi tous les domaines de la vie active», a-t-elle relevé. «Elle est magistrat, président de tribunal, conseillère du souverain, ministre, députée, chef d’entreprise, d’établissement public, ambassadeur, médecin, avocat».
Elle s’est dite «optimiste» quant aux chances de changement de la loi sur le statut de la femme au Maroc. Un projet de réforme de cette disposition a été bloquée pendant plusieurs années, sous la pression des islamistes dits «modérés», très influents jusqu’en mai dans le pays. Ils ont perdu cette influence à cause d’attentats d’islamistes qui ont lieu le 16 mai à Casablanca, faisant 41 morts et une centaine de blessés. Le projet de réforme qu’elle entend tirer des tiroirs prévoit notamment, l’alphabétisation des femmes, l’amélioration de leur statut juridique, ainsi que leur accès aux décisions politiques. (apic/ibc/sh)



