Maroc: Le gouvernement annonce l’enseignement des droits de l’homme l’an prochain

«Un pas dans le bon sens, mais insuffisant»

Rabat, 6 février 2001 (APIC) Le Maroc veut s’imposer une culture de respect des droits de l’homme et se donner une nouvelle image positive dans ce domaine. Son gouvernement a annoncé le week-end dernier, son intention d’introduire, dès l’année prochaine dans les programmes éducatifs, l’enseignement du principe des droits de l’homme à l’école. L’Association Marocaine des Droits de l’Homme (AMDH) s’est félicitée ce cette initiative qui, selon son président, «va dans le bon sens, mais reste insuffisante».

Le Maroc a été longtemps critiqué pour sa violation répétée des droits de l’homme. Ces dénonciations s’étaient particulièrement accentuées depuis la fin des années 80, après les révélations sur l’existence du bagne de Tazmamarte où un nombre indéterminé de détenus d’opinion ont déclaré être torturés. Beaucoup d’autres y ont perdu leur vie.

Selon le ministre de l’Education nationale Abdellah Saâf, l’apprentissage du respect des droits de l’homme dès le bas âge à l’école, permettra de «valoriser» ce principe. Au Maroc, 85% des enfants vont à l’école. Le gouvernement veut porter ce taux de scolarisation à 92% l’année prochaine, avant d’arriver à une scolarisation de tous les enfants en 2003.

Pour préparer l’introduction du nouveau programme sur les droits de l’homme dans les manuels scolaires, le ministère de l’éducation nationale a mis en place un «Comité de Promotion des droits de l’Homme, de la Citoyenneté et des Valeurs». En outre, il a supprimé certains passages dans des matières qui, selon Abdellah Saâf, vont à l’encontre du respect des droits de l’Homme. La volonté du gouvernement marocain est de profiter de l’espace éducatif et pédagogiquement pour «consolider les droits de l’homme en vue notamment d’améliorer les relations entre les élèves et leurs administrations d’une part et entre les professeurs et l’administration d’autre part».

Mauvaise interprétation des enseignants

Se félicitant de cette innovation pédagogique, le président de l’AMDH, Fouad Abdel Moumni, a déclaré que «c’est un pas qui semble très timoré», car la révision des manuels scolaires est limitée et n’a porté que sur des parties assez «ponctuelles des violations les plus saillantes du principe des droits humains». Dans le contenu des manuels sur la religion, a-t-il ajouté, il y a des choses «extrêmement graves dans leur interprétation» et encore plus sur la manière dont ils sont enseignés. Il a cité en exemple les enfants qui viennent se plaindre à eux contre des propos de leurs maîtres selon lesquels «tous ceux qui ne sont pas musulmans sont voués à l’enfer, ou alors qu’ils méritent le châtiment éternel, voire même la liquidation ou la violence physique, parce qu’ils appartiennent à une confession autre que la nôtre. (apic/ibc/bb)

6 février 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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