Pressions intégristes et attaques contre la culture occidentale

Maroc: Les fondamentalistes cherchent à imposer leur projet de société

Ibrahima Cissé, pour l’agence APIC

Rabat, 16 février 2003 (APIC) Les fondamentalistes musulmans marocains ont le vent en poupe. Après avoir réussi une entrée remarquable au Parlement lors des élections législatives de septembre dernier, ils s’emploient à changer la vie socioculturelle dans le Royaume. Les intégristes exercent désormais une pression tangible, dénonçant pêle-mêle la «déliquescence morale» liée au tourisme, le vin, et les «orientations laïques, latines et occidentalisantes» des partis de gauche présent au sein du gouvernement marocain.

Pays arabo-musulman, le Maroc est surtout dominé par la culture occidentale. Les islamistes du pays, quoi que prônant une application «modérée» de la loi islamique ou charia, veulent profiter de leur nouvelle force politique pour imposer leur projet de société, notent les observateurs.

Le Mouvement islamiste Unification et Réforme (Mur) estime que «le caractère islamique de la société et de l’Etat marocains est une question qu’on ne discute pas. Mieux, il n’est pas permis de la discuter». Les fondamentalistes multiplient ainsi les interventions publiques contre la dégradation des moeurs, la dépravation et les dérives culturelles venues de l’Occident. Ils prônent un l’instauration d’un ordre moral plus conforme à la religion musulmane. Le Parti Justice et Développement (PJD), une formation politique d’opposition qui compte 42 députés, se fait le porte- parole de ces revendications.

Devenue la première force politique de l’opposition parlementaire marocaine, le PJD joue pleinement ce rôle de relais des revendications intégristes. Il profite ainsi de l’hémicycle de l’Assemblée nationale pour exprimer haut et fort son intransigeance sur le respect des «valeurs et traditions arabo-musulmanes». Le plaidoyer porte aussi sur les autres aspects de la vie, tels que l’éducation, le spectacle, les habitudes vestimentaires, etc. …

Les islamistes gagnent du terrain dans les Universités, au détriment de la gauche

Il semble que leurs discours commencent à porter des fruits. Dans les universités, ils gagnent de plus en plus en influence, a rapporté récemment la presse marocaine, en publiant les résultats d’une enquête. Ils disposent dans ce domaine d’un puissant relais, celui d’une association radicale dénommée «Al adl wal ihssane».

Organisation intégriste non reconnue, elle est cependant tolérée par les autorités marocaines qui l’ont cependant à l’oeil. Cette association a su occuper tranquillement la place laissée vacante, dans les campus, par d’anciens mouvements de gauche et d’extrême gauche, disparus en même temps que la chute du Mur de Berlin. L’Union Nationale des Etudiants du Maroc, toute puissante à l’époque, fait partie de ces associations de tendance communiste.

Au plan culturel, les fondamentalistes marocains ont réussi aussi à faire censurer le film d’un réalisateur local, Nabil Ayouch. Estimant que son dernier film «Une minute de soleil en moins» comporte des scènes de «pornographie», des députés du PJD ont fait pression sur l’Etat pour l’interdiction de cette production dans les salles de cinéma et le remboursement à l’Etat, des aides financières que le réalisateur à reçues pour tourner le film.

L’hebdomadaire panafricain, «Jeune Afrique l’Intelligent», a publié le mois dernier une photo de l’extrait du film controversé montrant un homme et une femme complètement nus sur un lit. En plus de ce cas de figure, les islamistes ont fait échec à un spectacle que voulait organiser, le 28 janvier dernier à Casablanca, l’humoriste français Laurent Gerra. Un groupe de manifestants islamistes qui lui reprochaient ses positions pro- israéliennes, l’ont empêché de monter sur scène. Neuf d’entre eux ont été arrêtés pendant cet incident.

Vive résistance des courants socialistes, laïcs et indépendants

L’appel des islamistes à la censure a suscité une vive polémique dans la presse, entre partisans et adversaires des fondamentalistes. La presse elle-même est divisée entre pro et anti-islamistes. Le quotidien arabe Attajdid est le journal le plus en vue qui soutienne les fondamentalistes. En revanche, ceux qui se réclament du courant socialiste ou les indépendants s’opposent de façon virulente, à leurs thèses.

Dans leurs critiques contre la culture occidentale, les intégristes marocains s’attaquent également aux centres culturels et établissements d’enseignements de pays étrangers ouverts dans le Royaume. Ils leur accusent de vulgariser des valeurs occidentales et laïques, ce qui ferait que les jeunes Marocains étudiant dans des établissements étrangers ne connaîtraient pas la culture islamique et l’histoire de leur pays.

Toute cette agitation des intégristes coïncide à un moment où le port du voile islamique connaît un accroissement remarquable en milieu féminin. Mais il n’est pas encore possible de savoir si cet engouement autour de l’habillement islamique est lié à une campagne de terreur des islamistes auprès des femmes ou non. Toutefois, ont rapporté des journaux marocains, dans les rues et grandes artères des grandes villes, ils exercent de fortes pressions et des menaces croissantes sur les femmes qui ne portent pas le voile. (apic/ibc/be)

16 février 2003 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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