Martinique: L’évêque de Fort-de-France lance un appel à la raison

«Cette protestation générale était prévisible»

Fort-de-France, 16 février 2009 (Apic) Dans une lettre pastorale lue samedi aux fidèles, Mgr Michel Méranville, évêque de Fort-de-France (Martinique) plaide pour « une sortie de crise acceptable par tous » Cette protestation générale était prévisible, écrit-il. Sauf pour le pouvoir, à des milliers de km, à Paris?

Aux Antilles, plusieurs voix de personnalités se sont élevées, ces dernières heures, pour demander une « accalmie » aux collectifs intersyndicaux, qui mènent la grève générale depuis plus d’un mois en Guadeloupe et depuis plus de deux semaines en Martinique, notamment, où la grogne gagne de plus en plus dans les Départements d’outre mer.

La lettre pastorale de l’archevêque de Fort-de-France. Citée par «La Croix», a été lue aux fidèles à l’issue des messes dans les paroisses. Mgr Méranville en a fait état lui-même en la cathédrale Saint-Louis, à l’issue de la célébration de samedi. Dans ce texte, il constate « un profond malaise, beaucoup de souffrance et un grand désarroi ». « Cette protestation générale était prévisible, précise-t-il, tant l’augmentation du coût de la vie est insupportable. Toutes les couches de la société sont concernées par la spirale des prix et la cherté des produits de première nécessité. (…) Les Martiniquais, unanimes, veulent que la situation change. La grève est leur cri de révolte et de détresse à la fois. Personne ne peut et ne doit rester sourd à cette clameur qui monte du peuple et qui attend une réponse urgente. »

Dans sa lettre, Mgr Méranville exhorte enfin chacun à la « raison » et au « calme ». Lorsqu’il formule ces mots, l’archevêque de Fort-de-France a à l’esprit les fortes tensions qui sont perceptibles en marge des manifestations ou dans les longues files d’attente aux abords des stations-service et des épiceries.

Mais pas seulement. Il pense aussi au vif émoi provoqué dans l’île début février par les propos hostiles au métissage tenus dans un récent reportage de Canal + par Alain Huyghes-Despointes, influent « béké » (Blanc né aux Antilles, en créole), faisant désormais l’objet d’une information judiciaire pour « apologie de crime contre l’humanité et incitation à la haine raciale ».

« Ces déclarations inadmissibles, ont rouvert des plaies non cicatrisées laissées par l’esclavage, a martelé l’archevêque de Fort-de-France. Elles ont réveillé les spectres du racisme et de l’apartheid et provoqué colère et indignation. Elles ont exacerbé les sentiments d’exploitation, de frustration et de mépris ressentis par une grande partie de la population», relève enfin l’évêque de Fort-de-France. (apic/cx/pr)

16 février 2009 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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