Syrie Mgr Jean-Clément Jeanbart, archevêque grec-catholique melkite d'Alep | © Jacques Berset
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Syrie Mgr Jean-Clément Jeanbart, archevêque grec-catholique melkite d'Alep | © Jacques Berset

Massacre des chrétiens en Syrie: Mgr Jean-Clément Jeanbart dénonce l’immobilisme de la communauté internationale

30.05.2015 par Jacques Berset et I.Media

Rome, 30 mai 2015 (Apic) Face au massacre de “milliers de chrétiens” et de “civils innocents” en Syrie, Mgr Jean-Clément (Youhanna) Jeanbart dénonce “un système mondial enclin à la barbarie”. L’archevêque grec-melkite catholique d’Alep met le doigt sur l’immobilisme de la communauté internationale et désigne dans une lettre aux accents amers un système “assoiffé de puissance et étourdi par une vénalité insatiable”.

Ce message fait suite aux dégâts causés sur les bâtiments de l’archevêché d’Alep, le 27 mai, par “un vingtième obus lancé par les rebelles qui a perforé son toit”. La grande métropole pluriethnique du nord-ouest de la Syrie, encerclée par les bandes armées, est divisée en deux parties: l’est de la ville avec ses 300’000 habitants se trouve entre les mains de groupes jihadistes; l’ouest compte 2 millions d’habitants et se trouve sous le contrôle de l’Etat syrien. La partie contrôlée par le gouvernement est bombardée quotidiennement, de nombreux hôpitaux, églises et écoles de cette zone ont été détruits, incendiés ou endommagés par des obus de mortier, des fusées et des bonbonnes de gaz remplies d’explosifs et de clous.

“Qu’attendent les grandes nations pour arrêter ces monstruosités ?”

Dans un appel relayé par L’Osservatore Romano daté du 30 mai 2015, le prélat issu d’une famille établie à Alep depuis les années 1700, se désole amèrement et lance un appel désespéré: “Qu’attendent les grandes nations pour arrêter ces monstruosités ?” Le ‘quotidien du Vatican’ rapporte ses propos désabusés: “Laissez-moi pleurer avec mon peuple, avili et meurtri, avec les centaines de milliers de victimes sacrifiées pour je ne sais quelle prétendue société meilleure et je ne sais quel ‘printemps arabe'”.

Dénonçant “Daech (le soi-disant ‘Etat islamique’, ndlr) qui a déjà massacré dans la région des milliers de chrétiens” et qui “épouvante” les fidèles d’Alep, Mgr Jeanbart déplore également le nombre de “maisons détruites, d’églises rendues inutilisables”. Il dénonce en outre l’état de cette “ville millénaire écrasée sous les décombres d’un patrimoine architectural inestimable”.

 


Encadré

Les chrétiens ont peur de l’intégrisme islamique

Depuis de nombreuses années, la peur de l’intégrisme islamique est palpable chez les chrétiens de Syrie, qui soupçonnent que “l’après-Assad” sera désastreux pour ceux qui resteront sous la férule des “libérateurs”. A Alep, depuis le début de la guerre, la moitié des chrétiens ont déjà choisi de s’en aller définitivement. Alep, pas si loin du port d’Antioche, se trouvait autrefois à un carrefour important sur la route des Indes, de Jérusalem, de Constantinople. La cité du nord-ouest de la Syrie, artère commerciale et voie de pèlerinage, a connu dans l’histoire de nombreux brassages de populations et de passages d’étrangers.

Siège d’un diocèse depuis la fin du IIIe siècle, Alep connaît une présence chrétienne depuis le temps des apôtres. La Syrie est en effet, après Jérusalem, le premier berceau du christianisme. Saül, le futur saint Paul, reçoit sur le chemin de Damas la mission de convertir les païens. C’est à Antioche que les premiers disciples du Christ reçoivent d’abord le nom de chrétiens. Plusieurs villages en Syrie parlent encore l’araméen, la langue de Jésus-Christ. “Je peux dire que saint Paul et Barnabé sont certainement passés à Alep, dans les premiers 50 ans du christianisme…”, confiait avec fierté Mgr Jeanbart dans une interview accordée à l’Apic avant la guerre qui a déjà détruit une grande partie de la vieille ville inscrite sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. L’institution a décidé de l’inscrire sur la Liste du patrimoine mondial en péril, à l’instar de l’ancienne ville de Damas, l’ancienne ville de Bosra, le site de Palmyre, le Crac des Chevaliers et Qal’at Salah El-Din, et les villages antiques du nord de la Syrie.

En raison de l’évolution du pays et du fort taux d’émigration de la communauté chrétienne depuis les années 60, leur nombre a stagné. Jusqu’à la guerre et l’avancée des islamistes, ils étaient encore 1,5 million, soit moins de 10% de la population, mais leur nombre a drastiquement diminué depuis. (apic/imedia/lf/com/be)

 


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