Congo RDC: Les civils otages de la Lra: témoignage d’un missionnaire

Massacres, viols… le quotidien dans la région du Haut-Uélé

Kinshasa, 8 septembre 2009 (Apic) La situation des civils dans la région du Haut-Uélé, en Province Orientale, en République Démocratique du Congo, théâtre depuis un an de maintes attaques des rebelles ougandais de l’Armée de résistance du seigneur (Lra), suscite de grandes préoccupations.

«Les gens sont vraiment découragés, que ce soit pour les pertes en vies humaines ou le climat d’insécurité constante qu’alimentent les rebelles», témoigne le père Eliseo Tacchella, provincial des missionnaires comboniens dans le pays, à son retour d’une visite dans la zone.

«Les villages, relève le père Tacchella dans un entretien accordé à Misna, disparaissent peu à peu: autour de notre mission à Dungu, ils sont passés de 25 à cinq et ceux qui se trouvaient autour de la mission de Duru de 50 à sept. Dans la zone, il paraît que plus de 70% des villages ont disparu ou ont été abandonnés ou détruits, alors que la population des villes a augmenté de manière disproportionnée : celle de Doruma est passée de 6000 à 30’000 habitants et celle de Dungu de 30’000 à plus de 60’000, avec les difficultés que cela implique aussi bien pour les habitants que pour les personnes déplacées par les violences».

Pendant sa tournée dans la région, le provincial des comboniens a recueilli les témoignages de plusieurs rescapés des attaques : des familles entières massacrées, des femmes violées, des biens pillés et des dizaines de personnes enlevées pour transporter le butin ou servir les chefs des rebelles. Les jeunes âgés de 12 à 18 ans sont drogués et obligés à combattre, de même qu’ils doivent apprendre à parler l’acholi, la langue parlée dans le Nord de l’Ouganda, où pendant près de 20 ans la Lra a semé la terreur parmi la population.

Plusieurs organisations humanitaires sont arrivées dans le Haut-Uélé pour porter assistance aux civils dans cette zone reculée et d’accès difficile. «C’est une bonne chose mais ce genre d’aide ponctuelle ne peut pas être considérée comme la solution du problème, à moins que l’on veuille faire de ces gens des mendiants à vie», ajoute le missionnaire, avant de préciser: «Les agriculteurs ne vont plus travailler aux champs parce qu’ils redoutent de nouvelles attaques des rebelles, mais s’ils ne sèment pas maintenant, ils n’auront rien à manger l’an prochain».

On estime que 1’300 civils minimum ont été tués depuis septembre 2008 par les rebelles de la Lra, qui ont transféré leurs bases du Nord-Ouganda au Parc de Garamba, dans le Nord-est du Congo, où les forces armées congolaises, bien que massivement déployées et soutenues par la mission locale de l’Onu (Monuc), ne sont pas parvenues à neutraliser les quelque 1’000 rebelles ougandais, suscitant par ailleurs un fort mécontentement et de nombreux doutes au sein de la population.

De son côté, l’armée ougandaise, autorisée il y a quelques semaines encore à opérer dans la région, semble avoir obtenu de meilleurs résultats dans son offensive contre les rebelles. Les dernières informations relatives à Joseph Kony, chef de la Lra, signalent sa présence dans la région frontalière entre le Congo et le Centrafrique, où les soldats ougandais viennent d’être autorisés à pénétrer. (apic/misna/pr)

8 septembre 2009 | 15:06
par webmaster@kath.ch
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