L’Eglise doit ressembler à une jeune femme, belle et séduisante
Matran : Session annuelle des prêtres et agents pastoraux du canton de Fribourg
Matran 28 janvier 2000 Plus d’une centaine d’agents pastoraux fribourgeois, prêtres et laïcs, se sont retrouvés à Matran autour du père jésuite Bernard Sesboüé, pour leur traditionnelle session annuelle. Cette rencontre de trois jours a été consacrée aux ministères et à la coresponsabilité au sein des équipes d’animation pastorales (EAP).
Devant un public manifestement adulte, désireux de prendre la réflexion théologique du siècle nouveau à bras-le-corps, Bernard Sesboüe a tenu un discours sans fausse complaisance et pourtant séduisant. Il a su dévisser les œillères de la peur tout en se montrant strictement fidèle au dépôt révélé.
Pour véritablement encourager un homme, commencez par le décourager…, dit un vieux dicton. Et c’est là de toute évidence la méthode Sesboüé. Avant d’aborder les fondements évangéliques des ministères et de livrer un commentaire sur la coresponsabilité, notre homme ne s’est pas gêné de brosser le tableau de la situation telle qu’elle est : une Eglise qui n’est plus un facteur d’intégration sociale depuis longtemps, et qui essaye, parfois clopin-clopant, d’évoluer dans un monde postmoderniste vidé de ses illusions.
L’ère du vide
D’une voix presque monocorde, le père Sesboüé va assener à l’audience ses constats de la crise : incompatibilité entre religion et modernité, mondialisation exaltant le riche et faisant de l’homme une fourmi, sécularisation, perte de la culture religieuse et de la foi, moyens de vie éclipsant nos raisons de vivre, affaiblissement progressif des religions institutionnelles dites «froides», résurgence en masse des nouvelles religions dites «chaudes» (sectes), disparition des paroisses, chute permanente du nombre de baptêmes, perte de la visibilité de l’Eglise, manque toujours croissant de prêtres, et la liste pourrait être allongée indéfiniment. Pour le Père Sesboüé, la faiblesse de l’Eglise face à cette désaffection vient de «l’implosion du système institutionnel et d’une crise de l’identité catholique».
L’Eglise qui est à faire et qui renaît
Seulement voilà : l’être humain est, et restera un être religieux. D’où ces formes de communautés nouvelles et gigantesques, du style des JMJ, qui impressionnent par leur puissance de rassemblement.
«A ce prêtre qui me disait en pleurant : je n’en peux plus d’être le ministre d’une Eglise qui se meurt…, j’ai répondu : ouvrez donc les yeux et devenez le ministre de cette autre Eglise, qui renaît.» Naviguant entre théologie et anecdote, s’appuyant sur une solide argumentation historique concernant les ministères, le Père Sesboüé va donner quelques repères nouveaux… et encourager au témoignage du chrétien dans le monde.
«En considérant ses actes et sa vie, posez-vous sérieusement la question pourquoi l’abbé Pierre remporte un tel succès auprès du public!, lance le Père Sesboüé. Le mérite du Concile Vatican II a été de revenir à la spiritualité du premier millénaire, tandis que les années de l’après-Concile ont oublié cet effort, préférant la spiritualité du second. Voilà où cela nous a mené. Aujourd’hui, nous n’avons plus le choix : nous n’avons pas à refonder l’Eglise, mais à lui redonner son visage d’antan, le visage attrayant d’une femme, jeune et belle, dont le monde est séduit.»
Et parlant de la ’trinité’ traditionnelle : évêque, prêtre, diacre, le Père Sesboüé déclare : «Cette trilogie est de l’ordre de l’organisation, et non de la structure ecclésiale. Infiniment vénérable, étant donné son antiquité et son universalité, elle ne s’impose pas comme une donnée sur laquelle l’Eglise post-apostolique n’aurait aucune prise.» (apic/pda/mp)



