La présence réelle des médias aujourd’hui

Matran: Session pastorale des permanents d’Eglise du canton de Fribourg

Matran/Fribourg, 25janvier(APIC) «La proximité avec ses télespectateurs

reste ’l’arme aboslue’ de la Télévision Suisse Romande (TSR). Tel est le

credo que Guillaume Chenevière, directeur de la TSR, a défendu devant les

quelque 150 prêtres, religieuses et animateurs laïcs du canton de Fribourg

réunis pour leur session pastorale annuelle à Matran. Durant trois jours,

les participants se penchent sur l’influence des médias dans la société

contemporaine et sur leurs rapports avec l’Eglise.

Qui dit média pense aujourd’hui immédiatement télévision. Elle est la

plus grande pourvoyeuse d’information et de divertissement, un peu devant

la radio et très largement devant l’écrit. Chaque Suisse romand y consacre

plus de deux heures par jour en moyenne.

Face à l’attente du public, Guillaume Chenevière compare le rôle du programmateur TV à celui d’un éclusier qui récupère quelques objets sur le

flot ininterrompu de l’information que l’évolution technique fait gonfler

continuellement. La TV hésite constamment entre deux pôles. D’une part elle

est le miroir de la barbarie contemporaine, d’autre part elle est la principale source de rêve. Et Guillaume Chenevière de mettre en garde contre la

tentation d’attaquer la TV au lieu d’attaquer les vrais problèmes.

La TV n’est pas un voile pudique, pas plus qu’elle n’est responsable des

crises de la société. L’enrichissement par des émotions positives est en

fait plus dans sa vraie nature, estime le directeur de la TSR. Dans ce sens

la TV doit pouvoir plaire à chacun, être populaire dans le bon sens du

terme, et être capable de contribuer à la culture moyenne. La TSR se veut

une TV de contact. Guillaume Chenevière y croit. Non, la télévision n’isole

pas les gens, ne les dorlote pas dans un cocon familier, mais ouvre les

questions, facilite la découverte et l’échange.

Une option humaniste que partage largement André Kolly. Le directeur du

Centre catholqiue de Radio et Telévision (CCRT) rappelle que le Suisse moyen consomme 5 heures de médias par jour, la bonne moitié étant consacrée à

la télévision. Une consommation qui ne saurait être neutre, car au delà des

conditionnements moraux, la TV détermine des comportements ’objectifs’. Par

l’intermédiaire du micro et du haut-parleur elle donne une proximité ’bouche-oreille’ que l’on ne connaît normalement que dans la conversation en

tête-à-tête. Par sa modulation, le message qu’elle transmet devient un

«massage» pour les sens. Par la vitesse et l’immédiateté de l’information,

elle brise les relais hiérarchiques habituels. La personnalisation des

faits et des idées est une autre constante de la TV qui fait passer le témoignagne et la conviction avant le raisonnement et la démonstration. Son

influence passe par la sensibilité et non par l’intellect.

Et André Kolly de souligner que la TV a ses spectacles bibliques, ses

héros et ses saints, surtout dans le sport. D’où la nécessité d’apprendre à

déchiffrer ses codes comme on apprend à lire un texte littéraire.

Albert Longchamp, rédacteur en chef de l’Echo Illustré et professeur

d’éthique du journalisme a abordé la question des conditions de travail du

journaliste. Si une charte définit ses devoirs et ses droits, son appréciation personnelle ou celle de son journal est souvent déterminante. Et de

plaider la nécessité du doute systématique … conjointement avec celle de

la sympathie systématique.

Sur le rôle des médias chrétiens, le Père Longchamp rappelle que si au

moment de leur création il n’y avait aucun doute quant à leur nécessité,

aujourd’hui, avec l’abandon progressif de la position défensive de l’Eglise, leur importance est parfois remise en question. Pour les médias généralistes, le religieux n’a d’existence que s’il correspond à un événement

dramatique ou polémique ou s’il présente une dimension sociologique, politique ou économique évidente. Le média chrétien doit, au delà des clichés,

faire le portrait de la ’vraie’ Eglise qui ne saurait se réduire aux déclarations du pape, de quelques evêques ou personnalités médiatiques sur le

sida ou la guerre en Bosnie.

Quant au rapport entre l’informateur religieux et l’Eglise, Albert Longchamp met en garde contre le danger de confondre la chaire et le micro. Si

le prédicateur appelle à la conversion, le journaliste appelle à la conversation, conclut-il. (apic/mp)

25 janvier 1994 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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