Elles ont planché sur l’autorité et l’obéissance dans la vie religieuse
Matran: Une centaine de religieuses romandes réunies à la Maison St-Joseph
Matran, 19 septembre 2004 (Apic) A l’invitation de l’Union des supérieures majeures, une centaine de religieuses de Suisse romande – sur près d’un millier présentes en Romandie – ont planché ce week-end à Matran, près de Fribourg, sur l’autorité et l’obéissance dans la vie religieuse. Près de trente congrégations religieuses étaient présentes à la Maison St-Joseph dans une ambiance à la fois studieuse et joyeuse.
Pour guider leurs réflexions, les soeurs réunies samedi et dimanche 18 et 19 septembre, avaient fait appel à une consoeur wallonne expérimentée, Soeur Noëlle Hausman, professeur à l’Institut d’études théologiques (IET), une institution jésuite à Bruxelles.
Ancienne maîtresse des novices et ancienne supérieure générale des Soeurs du Sacré-Coeur de Marie, auteure de plusieurs livres sur la vie religieuse (dont le dernier traite justement de la vie consacrée), Soeur Noëlle Hausman a prêché pour l’avenir de la vie religieuse en Europe.
Pas de «degrés» dans la vie consacrée
Une centaine religieuses venues de tous les diocèses romands et de la partie francophone du diocèse de Bâle, rejointes par quelques consoeurs de la Côte d’Ivoire, d’Inde, du Vietnam, ont planché durant deux jours – dans des travaux de groupe et lors de discussions en plénum – sur la matière livrée par la religieuse belge. Cette dernière leur a offert une définition de l’obéissance chrétienne «modelée sur le mystère d’amour qui unit le Père et le Fils», qui ne peut se laisser définir comme un jeu de pouvoir qui conduirait à l’infériorisation des uns grâce à la survalorisation des autres.
De l’avis de la religieuse belge, dans un groupe d’égaux comme le sont les religieuses consacrées – l’on ne trouve pas de «degrés» dans la vie consacrée, au contraire du sacrement de l’ordre, a-t-elle souligné – l’autorité ne peut être que fraternelle. «Dans la vie religieuse, un jour, chacun retourne d’où il vient», a-t-elle souligné, et l’autorité est donc spirituelle avant tout.
Pas question donc, normalement, de commander sous peine de sanction ou de menaces. Pour la professeure de l’IET, le pouvoir dans l’Eglise «n’est jamais coercitif, ni répressif, ou bien peu». Certes, admet-elle, si les récalcitrants sont privilégiés, au Royaume de la miséricorde, il faut aussi indiquer la route et l’obéissance peut aussi être du côté des supérieurs.
Des chrétientés entières, dans l’histoire, ont survécu sans hiérarchie
La religieuse belge estime que nous devons cependant nous défaire de la vision dominant tout le second millénaire selon laquelle l’Eglise se condenserait dans la figure de l’évêque de Rome, «car l’Eglise, c’est tout un peuple, un organisme vivant, une certitude spirituelle qui par la suite s’institue sur le mode hiérarchique et sacramentel que nous connaissons».
Ainsi, des chrétientés entières, dans l’histoire, ont survécu sans hiérarchie ni vie cultuelle, avec les seuls moyens du baptême, de la prière et de la confession de foi, comme ce fut le cas en Corée ou au Japon. Sans parler de ces chrétientés qui vivent sans droit de cité, comme au Soudan. Quant à la vie religieuse, dans nos régions – ou ce qui l’en reste -, la religieuse belge la voit à la fois en pleine phase de décomposition, mais déjà de recomposition.
La vie religieuse européennes compte encore 500’000 membres
La vie religieuse européennes compte tout de même encore 500’000 membres, «ce qui est plus, à mon sens, que toutes les formes de communautés nouvelles ou même que les mouvements ecclésiaux», note-t-elle. A son avis, cependant, les ordres religieux n’ont pas fini de descendre l’échelle du redimensionnement.
La religieuse belge lance encore: «Ce n’est pas la force qui nous sauvera, mais l’acceptation d’un Amour brûlant. Il ne nous est pas demandé de choisir la mort avant terme, mais de vivre pour le Seigneur, sans nous préoccuper des courants contraires». Soeur Noëlle Hausman est d’avis que la vie consacrée ne peut pas être réduite seulement aux problèmes de vocation ou de vieillissement, car «on nous croit morts et nous sommes toujours vivants». JB
Encadré
Un message d’espérance
Il y a une dizaine d’années, nous étions encore 1’500, et cette année nous sommes passées au-dessous de la barre des mille, constate Soeur Marie- Gabrielle Bérard. L’ancienne directrice de l’Ecole de la Foi de Fribourg reste optimiste: «Ce qui m’a frappée, c’est que notre message doit être un message d’espérance.» Si la moyenne d’âge des religieuses en Romandie dépasse la septantaine, leur avenir est pourtant bien présent dans les surgeons qui renaissent ailleurs, notamment dans les régions du Sud, constate-t-elle. «Là, il y a un véritable renouvellement, il y a des jeunes qui connaissent des problèmes de formation, et nous pouvons leur être utiles et fournir des outils d’enseignement». JB
Publications de Soeur Noëlle Hausman: Frédéric Nietzsche et Thérèse de Lisieux. Deux poétiques de la modernité, Beauchesne, Paris, 1984; Vie religieuse apostolique et communion de l’Eglise. L’enseignement du Concile Vatican II, Cerf, Paris, 1987; En partageant l’expérience d’Ignace. (en coll.), Centrum Ignatianum Spiritualitatis, Rome, 1990; Pour la formation dans la vie religieuse apostolique, Vie Consacrée, Namur, 1993; «Comme elles l’avaient dit». Etre femme aujourd’hui. (en coll.), Vie Consacrée, Namur, 1996. (apic/be)



