Pour le pape Paul VI, Maurice Zundel était "un génie mystique" (Photo: Fondation Maurice Zundel)
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Pour le pape Paul VI, Maurice Zundel était "un génie mystique" (Photo: Fondation Maurice Zundel)

Maurice Zundel, prophète d'un Dieu fragile

08.08.2015 par Pierre Pistoletti

Il y a quarante ans, Maurice Zundel s’éteignait après une courte maladie qui le priva de l’usage de la parole durant les six derniers mois de sa vie. Un ultime dépouillement pour cet infatigable prédicateur qui ne fut jamais vraiment compris par l’Eglise de son temps. Des années après sa mort, on commence à prendre la mesure du “génie mystique” – selon le mot du pape Paul VI – de ce prêtre neuchâtelois.

On dit de Maurice Zundel (1897-1975) qu’il ne dormait pas, buvait des litres de café et alignait les cigarettes, au point que l’on ne le voyait presque plus en entrant dans son bureau. Les insomnies de ce prêtre atypique se consumaient en prières, nourries par une curiosité insatiable sur tout ce qui faisait la culture de son temps, de la sociologie à la philosophie en passant par la psychanalyse et la littérature.

Un Dieu fragile

Zundel a progressivement établi la synthèse de cette réflexion protéiforme dans une conception novatrice de Dieu, aux antipodes d’une toute-puissance froide, telle qu’on pourrait instinctivement l’appréhender. L’originalité de sa pensée théologique a été de prêcher un Dieu humble, pauvre, fragile et discret.

A l’encontre de bien des courants théologiques, il prêcha un Dieu qui ne s’impose jamais. Pour Zundel, les perspectives s’inversent: “nous sommes responsables de Dieu” et de sa vie en nous. Dès lors, l’homme n’est plus un pantin à la merci d’hypothétiques caprices divins; son ouverture spirituelle, dont il a l’initiative, déterminera la présence et l’action de Dieu en lui.

Pour rencontrer l’amour au cœur de notre cœur, il faut nécessairement être à l’écoute

Ce Dieu, que l’on imagine volontiers derrière les nuages, est d’abord un Dieu intérieur pour Maurice Zundel. Ce n’est pas une entité qui se démontre, mais une “réalité infinie” que l’on rencontre lorsque tout bruit s’estompe. “Pour rencontrer l’amour au cœur de notre cœur, il faut nécessairement être à l’écoute, écrivait-il. Pourvu que nous entrions dans ce silence infini où l’on n’est plus qu’à l’écoute du silence éternel, où l’on s’échange avec ce Dieu caché en nous, qui est la respiration de notre liberté”.


Un homme de feu


Dans la pensée du mystique neuchâtelois, ce silence s’étend jusqu’au “moi”, lorsqu’il “cesse de se regarder” pour entrer en relation avec l’autre et avec le Tout-Autre. L’homme est appelé à s’inscrire dans le sillage de l’altérité trinitaire, où “Le Père n’est qu’un regard vers le Fils, le Fils n’est qu’un regard vers le Père et l’Esprit Saint n’est qu’une relation d’amour vers le Père et le Fils”.

De cette conception trinitaire découle toute l’anthropologie zundélienne: l’homme s’accomplit – plus encore il “advient” – à mesure qu’il se défait de son égoïsme. Humilité de Dieu à laquelle répond l’humilité de l’homme.

“Broyé par l’Eglise”

Ces intuitions spirituelles novatrices n’ont toutefois pas été comprises. Elle ont valu au prêtre suisse d’être relégué aux marges de l’institution ecclésiale. “Maurice Zundel a toujours été l’homme du second rang, selon Gottfried Hammann, doyen émérite de la faculté de théologie protestante de Neuchâtel. Au point d’en faire, au fil de sa vie, comme une ascèse indispensable à sa pensée et à sa conscience ecclésiale. Ce qu’on pourrait appeler les blessures institutionnelles, les stigmates de ses errances, lui firent dire cette parole admirable pour un catholique, mais incompréhensible pour un protestant: ‘il vaut mieux être broyé par l’Eglise que hors de l’Eglise'”.



Cette vie d’exil et son lot de souffrances ont finalement rapproché Maurice Zundel des grandes figures réformatrices de l’Eglise – de François d’Assise à Henri de Lubac. Comme eux, il a maintenu une double fidélité: à l’Eglise et à ses intuitions personnelles. C’est précisément cette authenticité constante qui fait l’étoffe des saints. La reconnaissance viendra plus tard, à l’instar de plus d’un artiste de génie.

Reconnaissance tardive

Quarante ans après sa mort, l’intérêt autour de son oeuvre ne cesse de croître – ses 19 ouvrages sont la plupart réédités et certains constituent des best-sellers dans l’édition catholique francophone. Sa conception d’un Dieu pauvre, fragile, “première victime du mal”, se révèle crédible, au lendemain des grands drames du XXe siècle. Son ouverture spirituelle attire aujourd’hui de nombreuses personnes en quête d’une authentique vie spirituelle tout en gardant un oeil critique face à l’institution ecclésiale.

Sa vie durant, il n’a en effet cessé de dénoncer tout ce qui dans l’Eglise était figé et inerte, autant d’oppositions à un Dieu qu’il considérait comme une source de vie en constant jaillissement. Une intuition qui reçoit aujourd’hui une confirmation éloquente à travers le ministère du pape François, prophète d’une Eglise pauvre au service de tous, croyants ou non, et en particuliers des plus démunis, auxquels Dieu lui-même s’identifie (Mt 25, 40).


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