Suisse

Maurice Zundel n'a pas pris une ride

Près de 50 ans après sa mort, la pensée et l’œuvre de l’abbé Maurice Zundel (né à Neuchâtel en 1897) restent d’une actualité étonnante. La présentation du 2e tome de ses œuvres complètes, le 27 novembre 2019 à Lausanne-Ouchy, a été une nouvelle occasion de s’en rendre compte.

A partir de 1946 et jusqu’à sa mort en 1975, l’abbé Zundel avait jeté l’ancre au port d’Ouchy (Lausanne) comme simple prêtre auxiliaire en paroisse, mais sa personnalité ne saurait se limiter à un lieu, ni même à une Eglise, a relevé l’abbé Marc Donzé responsable de l’édition des œuvres complètes.

Le vernissage du 2e tome des œuvre complètes du prêtre neuchâtelois, qui a réuni une quarantaine de personnes a débuté avec une brève séquence vidéo rassemblant des images de l’abbé Zundel et des témoignages de personnes qui l’ont rencontré. Pour Pierre Pistoletti recueillir cette mémoire doit contribuer à développer le rayonnement du prêtre d’origine neuchâteloise notamment sur internet et les réseaux sociaux. A terme, le projet pourrait déboucher sur la réalisation d’un documentaire vidéo.

Ami du pape Paul VI

Ami du pape Paul VI, des théologiens et des philosophes de son temps, Maurice Zundel l’est aussi des marginaux de Lausanne qui connaissent sa simplicité et sa générosité. Conférencier, prédicateur, écrivain prolixe, peu reconnu par l’institution ecclésiale de son époque, il a encore quelque chose à dire à l’Eglise et au monde d’aujourd’hui, a rappelé Marc Donzé. Le président de la fondation a ciblé quelques-unes des raisons qui font de Zundel un des auteurs spirituels majeurs du XXe siècle.

Les écrits de Zundel sont denses et demandent un effort de lecture, mais sa pensée élève celui qui consent à cet effort. Son écriture est existentielle au sens où il a vécu et souffert ce qu’il décrit, notamment durant ses 25 ans d’exil de Suisse. Sa foi n’a rien d’une redite d’un catéchisme mais elle est expérience de feu et de joie. «Je ne crois pas en Dieu, je le vis» avait-t-il coutume de dire.

Parler au cœur

A travers une écriture souvent poétique, Zundel parle au cœur avant de s’adresser à l’esprit. Il ne décline pas des principes ni des commandements, mais conduit vers l’intérieur, à la découverte de la beauté, de la vérité et de l’amour.

Le pasteur Virgile Rochat a salué l'engagement oecuménique de Maurice Zundel | Bernard Hallet
Lausanne le 27 novembre 2019. Vernissage du tome 2 des œuvres complètes de Maurice Zundel. Le pasteur Virgile Rochat | © B. Hallet

Au cœur du XXe siècle, Zundel est en dialogue permanent avec son temps. Il connaît Marx et Freud. Il converse avec Sartre ou Camus ou son camarade d’école le psychologue Jean Piaget. Il correspond avec des scientifiques comme Albert Einstein ou Jean Rostand. Très au courant des questions sociales, il s’implique dans le débat. Il parle du chômage, du partage des biens, de la dignité humaine

«Je crois en l’homme»

Chez Zundel aucune trace d’un Dieu de la répression, de la culpabilité, de l’humiliation ou de la soumission. «Je tiens à dire que pratiquement le premier article du credo chrétien c’est: je crois en l’homme», relevait-il.

Dès sa jeunesse à Neuchâtel, Maurice Zundel se place aussi dans une perspective œcuménique. Il comprend que les diverses confessions peuvent s’enrichir mutuellement. De ses séjours au Liban et en Egypte, il retient un respect positif et critique de l’islam.

9 volumes de 600 pages

Il ne faudra pas moins de 9 volumes de 5 à 600 pages pour rendre compte de l’œuvre de l’écrivain, du poète, du conférencier, du mystique. Le deuxième, présenté à Lausanne, comporte des textes allant de 1935 à 1939 dans lesquels s’affirment les intuitions de Zundel. La parution des autres tomes devrait s’échelonner jusqu’en 2025, année du cinquantième anniversaire de sa mort.

La nécessité de s’émerveiller

Conseillère d’Etat en charge des Affaires religieuses, Béatrice Métraux, cheffe du Département des institutions et de la sécurité de l’Etat de Vaud (DIS), a dit son étonnement de découvrir une telle personnalité qui avait trouvé refuge à la paroisse du Sacré-Cœur à Lausanne. Elle s’est réjouie de cet hommage et du pari audacieux que constitue cette publication. Pour elle, on peut faire le parallèle avec le pape François qui plaide pour une terre plus habitable. «Comme grand-maman depuis quelques mois, je suis plus consciente de la nécessité de s’émerveiller, de garder la fraîcheur du regard et la douceur de la tendresse des enfants.»

Lausanne le 27 novembre 2019. Vernissage du tome 2 des œuvres complètes de Maurice Zundel. Béarice Métraux | © B. Hallet

Amateur de Zundel, mais non spécialiste, le pasteur Virgile Rochat a constaté combien sur les questions œcuméniques, l’œuvre de Zundel n’avait pas pris une ride. En découvrant Dieu au coeur de l’homme, il pose d’emblée une dimension universelle. Plus on s’approche de Dieu, plus la différence entre les religions et les confessions se réduit.

Vers la création d’un «espace Zundel»

La paroisse du Sacré-Cœur d’Ouchy, comme l’a dit son président Jean-François Calanca, se sent la responsabilité de faire rayonner la pensée son ancien vicaire. Au delà de la diffusion de ses écrits, elle envisage de à créer au centre de Mon-Gré, prés de la gare, un «Espace Zundel» accessible au public. Il s’agira d’un centre d’accueil, d’étude et de partage, avec des archives, une bibliothèque, une médiathèque et un lieu de recueillement. (cath.ch/mp)

Maurice Zundel : Harmoniques, Œuvres complètes | Tome II. Editions Parole et Silence

Maurice Zundel
Né à Neuchâtel le 21 janvier 1897, Maurice Zundel est influencé par sa grand-mère maternelle, protestante, qui lui donne le goût de l’Evangile. A l’âge de 15 ans, il fait, à l’église Notre-Dame à Neuchâtel, une rencontre mystique avec la Vierge Marie et remet dès lors toute sa vie entre ses mains.
Il rejoint le collège de l’abbaye d’Einsiedeln puis le séminaire à Fribourg et y est ordonné prêtre en 1919.

Nommé vicaire à Genève, il abandonne rapidement l’enseignement sec des dogmes et le système thomiste enseignés à l’université. Jugé trop original par son évêque, Mgr Marius Besson (LGF), il est ‘exilé’ en Italie. Il obtient un doctorat en philosophie à Rome en 1927. Il séjourne en France et en Angleterre. C’est à Paris, en 1926, qu’il fait la connaissance de l’abbé Jean-Baptiste Montini qui deviendra le pape Paul VI. En 1939, il se rend au Caire où il est retenu par l’éclatement de la Deuxième Guerre mondiale.
Il rentre en Suisse en 1946. Il est nommé auxiliaire à la paroisse du Sacré-Cœur à Lausanne-Ouchy, où il restera jusqu’à sa mort, le 10 août 1975. Pendant ces années, il mène une vie de prédicateur itinérant en Europe et au Moyen-Orient, de conseiller spirituel, et d’écrivain. Paul VI l’invitera à prêcher la retraite de carême au Vatican en 1972.  MP

Lausanne le 27 novembre 2019. Vernissage du tome 2 des œuvres complètes de Maurice Zundel. L'abbé Marc Donzé | © B. Hallet
28 novembre 2019 | 17:00
par Maurice Page
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