Accusé de racisme et d’intolérance par le pouvoir

Mauritanie: Dissolution d’un parti politique qui milite en faveur des anciens esclaves noirs

Dakar, 4 janvier 2002 (APIC) Le gouvernement mauritanien a ordonné la dissolution d’un parti politique d’opposition qui milite en faveur des anciens esclaves. Action pour le Changement (AC), un parti qui compte quatre députés au Parlement mauritanien, a été dissout mercredi 2 janvier 2002 par les autorités pour «racisme et intolérance».

Le gouvernement reproche à cette formation politique créé par un descendant d’esclave noir, Messaoud Ould Belkheir, de trop s’occuper des problèmes des Noirs, dans un pays où la sphère politique a toujours été dominée par les Arabes et les Berbères, rapportent les médias depuis Nouakchott, la capitale de la Mauritanie. Belkheir est un «Harratin», descendant des populations d’esclaves à la peau noire qui forment, selon certaines estimations, près d’un tiers de la population de la Mauritanie.

Le 24 décembre dernier, des députés du parti avaient profité du passage à l’Assemblée nationale du Premier ministre, Cheikh El-Avia Ould Mohamed Khouna, pour l’interpeller sur l’esclavagisme dans le pays. AC avait aussi interpellé le gouvernement sur le sort des milliers de Mauritaniens noirs déportés au Sénégal, au lendemain d’un violent conflit entre les deux pays en avril 1989, qui avait fait des centaines de morts.

L’esclavage n’a pas été réellement aboli en Mauritanie

Officiellement, ces deux problèmes n’existent pas en Mauritanie. Les dirigeants du pays refusent d’admettre leur réalité. Pour l’Etat, la pratique de l’esclavage a été abolie depuis 20 ans. Mais les défenseurs des droits de l’homme affirment qu’elle continue de plus belle. Selon Boubacar Ould Messaoud, président de SOS-Esclavage (une organisation non gouvernementale), c’est sous la pression internationale que l’Etat l’a officiellement interdit en 1981. Depuis, il n’a rien fait pour faire appliquer cette mesure d’interdiction. Il n’a adopté aucune mesure dissuasive à l’encontre de ses pratiquants, ni de programme spécifique au profit des anciens esclaves, a déclaré Boubacar Ould Messaoud, dans une interview diffusée vendredi par la BBC.

La population adhère encore à la pratique de l’esclavage, a-t-il souligné, faisant remarquer que son organisation est intervenue plusieurs fois, en 2001, tant à l’intérieur du pays qu’à Nouakchott pour des cas d’esclavage avérés. Il s’agit, entre autres, de l’opposition de «nobles» à la transmission de l’héritage de leurs «esclaves noirs» à leurs familles, de la détention d’enfants esclaves par leurs maîtres, de cas d’enfants orphelins dont les mères sont décédées sous l’esclavage.

L’esclavage est particulièrement pratiquée par les maures arabes ou blancs, a encore indiqué B. Ould Messaoud, précisant que ce sont les femmes et les enfants qui en sont les principales victimes. A Nouakchott, il y a beaucoup de personnes passent pour être des hommes libres. Mais en fait, ce sont des esclaves. A leur décès, leurs maîtres réclament ce qu’ils ont laissé. «Même avec la distance, l’esclave noir reste lié à son maître qui a la possibilité de récupérer ses biens en cas de décès», relève encore B. Ould Messaoud. (apic/ibc/bbc/be)

4 janvier 2002 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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