Liban: Polémique à propos de la visite du patriarche maronite Béchara Raï à Jérusalem
Même le président Sleiman déconseille de s’y rendre
Beyrouth, 10 mai 2014 (Apic) La venue du patriarche libanais Béchara Raï à Jérusalem à l’occasion de la visite pastorale du pape François en Terre Sainte, du 24 au 26 mai, continue de faire des vagues au Liban. La visite du chef de l’Eglise maronite dans la Ville Sainte, à son initiative personnelle, est une première pour un dignitaire religieux libanais de ce rang depuis l’occupation de Jérusalem-Est en 1967.
Selon l’édition de vendredi 9 mai du quotidien libanais as-Safir, le président Michel Sleiman lui-même a conseillé au patriarche maronite de ne pas se rendre à Jérusalem après la polémique provoquée au Liban, mais le cardinal Béchara Raï a maintenu sa position. Selon as-Safir, Michel Sleiman aurait préféré qu’une «telle visite n’ait pas lieu notamment en raison des divisions qu’elle a provoquées». Il l’a communiqué mercredi au patriarche lors d’un entretien personnel au palais présidentiel de Baabda.
Une visite religieuse et non politique
Alors que le Liban et Israël n’entretiennent pas de relations diplomatiques et sont pratiquement en guerre depuis plus d’un demi-siècle, le patriarche souligne que sa visite est religieuse et non politique, et que le pape François se rendant en Terre sainte et à Jérusalem, «il va dans le diocèse du patriarche, c’est normal que le patriarche l’accueille». «Nous reconnaissons qu’il y a des hostilités entre le Liban et Israël, mais nous n’allons pas pour faire de la politique. C’est là l’affaire de l’Etat libanais», déclaré le patriarche maronite d’Antioche, de Jérusalem et de tout l’Orient, cité par le quotidien libanais francophone L’Orient-Le Jour.
La visite de Mgr Raï en Terre Sainte a provoqué l’ire de certains responsables politiques libanais, notamment du côté du mouvement chiite du Hezbollah. Du côté du Vatican, le Père Federico Lombardi a souligné à l’agence de presse Reuters que Mgr Raï ne fait pas partie de la délégation officielle du souverain pontife, mais qu’il s’agit d’un initiative personnelle.
«Ce sont des tonnes d’immondices que l’on déverse impudemment devant le portail du patriarcat maronite de Bkerké en reprochant au chef de la plus grande Eglise catholique d’Orient, hier encore porté aux nues, sa pastorale, sa courageuse décision d’aller à la rencontre de ses ouailles de Terre Sainte pour accueillir le pape François», écrit samedi 10 mai 14 dans L’Orient-Le Jour l’éditorialiste Issa Goraieb. «La sordide campagne dont il s’agit contre le patriarche est menée par des laquais et des médias du Hezbollah (…) Que ceux-ci aient honte et fichent la paix au patriarche !» Le patriarche maronite a souligné que le pape François vient rappeler que les chrétiens sont en Orient depuis 2’000 ans, et qu’il vient les encourager à rester dans leurs pays.
Encadré
Le rêve de l’unité des Eglises et de la paix en Terre Sainte
Cinquante années ont passé depuis la visite du pape Paul VI en Terre Sainte en 1964. Ces visites pontificales sont devenues une tradition. A la suite du pape Jean Paul II, venu en 2000, et du pape Benoît XVI, en 2008, c’est au tour du pape François de visiter les chrétiens de Terre Sainte, notamment les chrétiens palestiniens qui se sentent isolés.
L’œcuménisme constitue le cœur de la visite du pape François, mais en Terre Sainte la dimension politique n’est jamais très loin. «La dimension politique, c’est-à-dire le conflit israélo-palestinien/arabe et l’injustice criante que ce conflit impose sur le peuple palestinien, chrétien et musulman», peut-on lire sur le site du Patriarcat latin de Jérusalem. A ce propos, le Père Rafiq Khoury, prêtre du Patriarcat latin, espère que cette visite donnera un nouvel élan au dialogue œcuménique en Terre Sainte. «Et que le pape adresse aussi une invitation claire, ferme et forte en faveur de la paix, juste et durable, en Terre Sainte. Et surtout en ce moment, où les négociations de paix (entre Palestiniens et Israéliens, ndlr) sont arrêtées, car elles n’étaient pas sur la juste voie et ne pouvaient mener à rien». (apic/orj/lpj/be)




