Soudan: La tentative d’assassinat dimanche dernier de l’archevêque de Khartoum serait liée au référendum du 9 janvier prochain

Menaces à peine voilées contre les chrétiens vivant au Nord-Soudan

Khartoum, 17 octobre 2010 (Apic) La tentative d’assassinat dimanche dernier de l’archevêque de Khartoum, Mgr Gabriel Zubeir Wako, serait liée au référendum du 9 janvier prochain qui pourrait amener la sécession du Sud-Soudan, peuplé de chrétiens et d’adeptes des religions traditionnelles. Le vice-président du Soudan Ali Osmane Taha a vivement critiqué l’«ingérence» des Etats-Unis dans le processus référendaire soudanais, samedi lors d’une conférence de presse à Doha.

Ali Osmane Taha a déploré la mise en garde du président américain Barack Obama, qui a dit craindre des «millions de morts» en cas d’échec du référendum d’autodétermination du Sud-Soudan. Il a relevé que désormais les Etats-Unis ont abandonné l’idée de l’unité du Soudan, clamant aujourd’hui que la séparation du Sud est «inévitable».

Mgr Eduardo Hiiboro Kussala, évêque de Tombura-Yambio, au Sud-Soudan, a indiqué pour sa part que des liens pourraient exister entre la tentative d’assassinat du cardinal et un mouvement extrémiste, dont le but est de garder le pays uni ainsi que de saper l’influence chrétienne dans le débat référendaire, spécialement dans le Nord.

L’attentat visant le cardinal Zubeir Wako, archevêque de Khartoum, s’est déroulé le dimanche 10 octobre dernier après qu’un homme appelé Hamdan Mohamed Abdurrahman, originaire de l’Etat méridional du Kordofan, se soit avancé vers le cardinal en brandissant un poignard. L’agression s’est déroulée durant la messe en plein air marquant la date anniversaire du décès de saint Daniel Comboni (1831-1881), évêque missionnaire italien de Khartoum, fondateur de la Congrégation des missionnaires comboniens du Cœur de Jésus et saint patron du Soudan.

«Nous ne savons pas encore avec assurance si l’homme armé a agi seul ou si d’autres personnes étaient impliquées», a indiqué Mgr Hiiboro dans une interview accordée à l’œuvre d’entraide catholique internationale «Aide à l’Eglise en Détresse» (AED). Mais, aux yeux de l’évêque sudiste, cet homme pourrait faire partie d’une campagne plus large d’intimidation contre l’Eglise, puisque le moment de l’attaque était très précis, à savoir la fête de saint Daniel Comboni.

«Dissidence»: tolérance zéro

«Pour ceux qui ont une vision extrémiste, ce serait sûrement une bonne chose de tuer un ›leader’ comme le cardinal. Il a été visé plusieurs fois, mais il a toujours maintenu une foi très forte. C’est un homme très fort», indique Mgr Hiiboro. Ces extrémistes «souhaiteraient clairement envoyer un signe à la communauté chrétienne plus large – spécialement aux habitants originaires du Sud, mais vivant dans le Nord (musulman) – lançant ainsi un avertissement à l’Eglise afin qu’elle ne devienne pas le point de ralliement de la dissidence dans le déroulement du référendum», estime l’évêque.

Mgr Hiiboro a appelé au calme, pour qui cet attentat pourrait exacerber les sentiments dans la population, déstabilisant le pays en pleine campagne référendaire. «La décision que nous allons prendre (lors du référendum) devrait être un acte fondé sur la liberté de conscience. C’est important pour tous les Soudanais de contrôler leurs émotions et d’être guidés par la raison et un désir de préserver la paix».

Le régime du président Al-Bachir durcit son discours

Selon l’évêque de Tombura-Yambio, la tentative d’assassinat coïncide avec un ton de plus en plus militant pris par le régime du président Omar Al-Bachir à Khartoum. Mgr Hiiboro a souligné l’importance d’une déclaration du ministre de l’information, il y a deux semaines, envers les personnes originaires du Sud, mais vivant dans le Nord: elles pourraient se trouver menacées de persécution si elles ne votaient pas pour l’unité du pays lors du référendum de janvier prochain.

Mgr Hiiboro mentionne également une déclaration du président Al-Bachir lui-même, datant du 12 octobre dernier, indiquant que son régime «n’accepterait pas d’alternative à l’unité». Il avait mis en garde contre un possible retour de la guerre civile. Un changement de ton à 180 degrés puisque, précédemment, le président Al-Bachir avait indiqué qu’il accepterait le référendum quels que soient les résultats. «Nous commençons à avoir peur à propos de ce qui va se passer. Nous avons besoin de travailler à la paix et devons éviter les conflits si tout cela est possible», a conclu Mgr Hiiboro.

Ce dernier était invité, le 5 octobre dernier, par la COMECE – Commission des Episcopats de la Communauté Européenne – à témoigner devant des membres du Parlement européen à propos du respect de la liberté religieuse, notamment bafouée dans certaines régions du diocèse que dirige Mgr Hiiboro.

Le Parlement européen interpellé

A cette occasion la COMECE a demandé aux parlementaires européens que la liberté religieuse soit intégrée aux politiques extérieures de l’UE «en ajoutant aux accords avec les pays tiers une clause contraignante relative au respect de la liberté religieuse». Cette initiative a été lancée à l’occasion de la Conférence sur la Persécution des Chrétiens, organisée par deux groupes politiques et la COMECE. Cette demande, déposée par deux députés européens, devrait être soumise à la plénière du Parlement Européen dans les semaines à venir. Elle devra recevoir les signatures de 380 membres du Parlement Européen en trois mois pour être adoptée. (apic/aed/com/be)

17 octobre 2010 | 11:47
par webmaster@kath.ch
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