«Mère Marie est une déesse étrangère»

Jharkhand : Une statue de la Vierge «à la mode indigène» fait polémique

Jharkhand, 25 juin 2013 (Apic) Une statue de la Vierge Marie représentée comme une femme indigène portant le costume traditionnel local fait polémique au Jharkhand, Etat du Nord de l’Inde essentiellement peuplé d’ethnies aborigènes. Les animistes protestent contre cette «tentative de conversion», rapporte l’agence d’information des Missions étrangères de Paris «Eglises d’Asie» (eda).

Le 18 juin, peu après la cérémonie d’inauguration où le cardinal Telesphore P. Toppo, archevêque de Ranchi, a dévoilé la statue de la Vierge à l’enfant destinée à une église catholique de Singpur, des membres animistes de la communauté sarna ont manifesté dans les rues de Ranchi pour protester contre ce qu’ils considèrent comme «une tentative de conversion des aborigènes par les chrétiens».

Une accusation contestée par les prêtres Missionnaires du Verbe Divin (SVD) responsables de la paroisse, et pour lesquels cette statue indigène démontre au contraire une acculturation respectueuse des traditions locales. La statue controversée représente la Vierge Marie sous les traits d’une femme aborigène, portant le sari traditionnel à bordure rouge, et l’enfant Jésus porté sur la hanche à la manière locale, enveloppé dans une pièce d’étoffe.

«Mère Marie est une déesse étrangère et la montrer ainsi habillée comme une femme ‘tribale’ est inconvenant.» a déclaré Bandhan Tigga, un prêtre du culte sarna local au Times of India le 19 juin. Sa communauté demande «que cette statue soit enlevée ou alors complètement transformée pour ne pas ressembler à une femme aborigène, faute de quoi les protestations s’intensifieront encor . La bordure rouge a une forte signification dans la croyance sarna. Nos femmes portent ce sari blanc à bords rouges à certaines périodes considérées comme favorables. Si l’idole de Mère Marie est représentée dans le costume d’une femme tribale, dans un siècle, les gens penseront que Mère Marie est une aborigène venant du Jharkhand !», fulmine Bandhan Tigga.

Pour le Père Augustine Kanjamala (SVD), spécialisé en sociologie des religions. «Le fait que la Vierge ait été représentée dans le style local se justifie aussi bien légalement que théologiquement. Des milliers d’artistes dans le monde ont adapté la représentation de la Vierge Marie à la sensibilité locale. explique-t-il à l’agence AsiaNews. La culture n’est pas figée, mais est au contraire un facteur d’unification et bien que cela ait son importance, la façon de se vêtir n’est qu’une toute petite facette de l’identité aborigène.»

Une affaire intrumentalisée par les nationalistes hindous

Le prêtre précise en outre qu’»en Inde, les missionnaires chrétiens étrangers ont été les premiers à protéger et promouvoir les cultures indigènes, et aussi les premiers à défendre avec acharnement les droits des ›tribals’». Dans le cas présent, ajoute-t-il, «la question de l’acculturation est uniquement utilisée par les nationalistes hindous dans un but politique».

Le cardinal Toppo, lui-même issu de l’ethnie oraon du Jharkhand, rejoint l’analyse du missionnaire. «C’est la politique du ‘diviser pour mieux régner’», a-t-il déclaré au Times of India, précisant que «les élections étaient pour bientôt et qu’il y avait des personnes ayant tout intérêt à déclencher un conflit entre chrétiens et non-chrétiens». Ses actions en faveur de la paix et de la promotion des droits des aborigènes en font la cible de plus en plus fréquente des hindouistes, en particulier depuis le retour au pouvoir du parti nationaliste hindou BJP à la tête de l’Etat du Jharkhand.(apic/eda/mp)

25 juin 2013 | 10:54
par webmaster@kath.ch
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