Espagne: A la découverte des foules madrilènes

Messe d’ouverture des JMJ et manifestation antipapiste

Madrid, 18 août 2011 (Apic) Une manifestation antipapiste a succédé, le 17 août, à la grand-messe d’ouverture des JMJ, qui s’est déroulée la veille, le 16 août, à Place Cibeles. L’instinct grégaire domine ces deux rassemblements.

A la gloire de Dieu ou du Pape?

Mardi soir, 16 août, messe d’ouverture. Depuis deux jours la jeunesse du monde se déverse sur Madrid. Elle se rassemble pour la première fois devant le palais Cibeles. L’ampleur de la JMJ se révèle enfin. Trente minutes avant la grand-messe, la place dédiée à la déesse Cybèle – temple où les supporters du club de football local, le Real Madrid, viennent célébrer les trophées remportés par leur équipe favorite – est inaccessible. Les artères y afférents atteignent saturation, par exemple la «Gran Via» qui est à la route ce que l’aorte est à la circulation du sang. Les globules s’agglutinent, ils seraient 500’000, dit-on. Les plus téméraires tentent une percée; elle aboutira 10 mètres plus loin, lors de l’Eucharistie. On bouge beaucoup dans les rangs, on parle, on téléphone et pour la majorité, l’on ne sait pas ce qui se dit à Cibeles. Des applaudissements se font entendre, repris en écho, par amusement, comme on se lève pour poursuivre une «hola».

Cependant, quelques points de repères rappellent les jeunes fidèles à leur prière. Des drapeaux flottent en cadence au-dessus des têtes et participent à l’alliance spirituelle des nations, Espagne, Suisse, Brésil, France, Turquie, Irak, Etats-Unis, etc. La paix du Christ se partage dans toutes les langues. Les hosties aussi, le prêtre les rompt d’abord, puis émiette le peu qui lui en reste pour que tout le monde, ou presque, puisse communier.

Manifestation antipapale

Le lendemain, à Tirso des Molina, position de repli des indignés de la Puerta del Sol. Une manifestation contre la visite du pape Benoît XVI est annoncée à 19h30.

18h30, place Tirso des Molina, aucun manifestant en vue sinon une dame agitant son éventail et arborant une discrète inscription sur son couvre-chef. Par contre, une pluie de journalistes a répondu à l’appel: plusieurs cars de télévision, des photographes, des reporters. Mercredi 17 août, hormis les festivals, aucune manifestation particulière n’aura lieu et le pape n’est attendu que jeudi. L’évènement n’est plus à chercher à Cibeles, mais à Tirso des Molina.

19h30, ils sont là en force, 10’000 personnes, ces indignés, antipapistes, antijmjistes. Ils agitent des pancartes, exhibent une papamobile et un pénis géant doré. Une banderole annonce un choc des titans, un match de boxe entre le résistant français d’origine allemande Stephan Hessel, rédacteur de la Déclaration universelle des droits de l’homme, et Benoît XVI, ancien membre des jeunesses hitlériennes et auteur de Lumière du monde.

Que veulent toutes ces foules?

Les manifestants de Tirso de Molina paraissent hétéroclites: gens de gauche avec des allures d’anciens combattants pour certains, alors que les jeunes puisent plutôt dans l’anarchisme. Beaucoup semblent là pour s’amuser; la manifestation prend des allures de carnaval, avec costumes, tambours et danses tribales. Ils ne veulent pas du pape. Ils accusent les JMJ de puiser 50 millions d’euros sur le trésor espagnol et donc de ruiner le contribuable. Un manifestant brandit l’effigie d’une tête de mort portant la tiare et dévorant une pièce d’un euro. Pour eux, l’Espagne, en tant qu’Etat laïc, n’aurait pas à soutenir, promouvoir et financer, un rassemblement religieux.

La forte présence journalistique des JMJ et du creux événementiel du mercredi permet de lancer une contestation aux objectifs divers. Il emprunte aux «indignés» la revendication sociale et économique, mais la population qui le compose, semble loin d’être des étudiants indignés ou des travailleurs au chômage. Elle recrute plutôt à l’extrême gauche et soutient une laïcité intégrale de l’Etat. L’impression demeure que l’on a fêté à Tirso des Molina comme d’autres l’on fait à Cibeles, d’abord par esprit grégaire.

Quelques chiffres instructifs

La JMJ est financée à 70% par les participants et à 30% par des sponsors privés, principalement des entreprises espagnoles espérant des retombées financières. Les perspectives avancées annoncent un profit de 100 millions d’euros pour l’économie espagnole. A noter que l’Etat ne finance rien directement; il met certes à disposition de nombreuses infrastructures et assure la sécurité des rencontres mais escompte d’intéressantes retombées.

18 août 2011 | 14:24
par webmaster@kath.ch
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