Bangladesh : Les ouvriers du textile poursuivent leurs grèves de protestation
Mettre fin à l’exploitation des travailleurs
Dacca, 26 septembre 2013 (Apic) Au cinquième jour de la grève générale lancée au Bangladesh le 21 septembre 2013 par les ouvriers du textile, les manifestations se poursuivaient encore le 25 septembre à Dacca et dans les zones industrielles de Savar et de Gazipur. Des affrontements importants avec les forces de l’ordre ont eu lieu et de nombreuses usines ont été vandalisées ou incendiées.
Quelques jours avant le début des manifestations, une grande campagne de sensibilisation internationale venait justement d’être lancée par un collectif d’Eglises chrétiennes pour mettre fin à l’exploitation des travailleurs des manufactures de vêtements, leur assurer un salaire décent et rendre plus sûr leur environnement de travail.
Rassemblant diverses Eglises anglicanes et protestantes du Royaume Uni, du Canada, et des Etats Unis, cette action collective a été lancée par Mgr Paul Sarker, modérateur de la Bangladesh Church (Alliance anglicane). Son Eglise avait déjà mis en place des programmes d’aide pour les victimes de l’effondrement en avril dernier de l’usine de Rana Plaza qui avait fait 1’200 morts et 2’500 blessés.
Pas de boycott des produits ‘made in Bangladesh’
Convaincu que seul un soutien de la communauté internationale permettra de faire enfin justice aux travailleurs exploités, Mgr Sarker explique cependant que le boycott des produits «made in Bangladesh» ne ferait qu’aggraver la situation précaire des ouvriers. Selon lui, les acheteurs occidentaux doivent au contraire user de leur influence pour changer les conditions de travail. La campagne propose ainsi aux consommateurs d’écrire aux magasins à l’occasion des achats de Noël pour demander des renseignements sur la provenance des jouets, vêtements et produits divers, ainsi que sur les salaires et conditions de travail des ouvriers.
Rosaline Costa fondatrice en 1995 d’un syndicat ouvrier indépendant pour les travailleurs du textile, aujourd’hui coordinatrice de la ‘Hotline Human Rights Bangladesh’, un organisme de l’Eglise catholique, souligne que le monde ne pourra pas ignorer plus longtemps les conditions de travail et les souffrances des ouvriers et surtout des ouvrières de ces manufactures au Bangladesh. «Les manifestations continueront jusqu’à ce que les ouvriers obtiennent enfin gain de cause», conclut-elle.
2e exportateur mondial après la Chine
Deuxième exportateur mondial de vêtements après la Chine, le Bangladesh emploie dans ses 4’500 usines textiles près de 3 millions d’employés, dont 70 % de femmes, pour une production représentant 10 % de son PNB et 80% de ses exportations annuelles, soit un total de 20 à 27 milliards de dollars.
Les ouvriers des manufactures ne gagnent qu’un salaire de base mensuel de 3.000 taka (28 euros), soit l’un des plus bas au monde, la moitié de celui du Cambodge. Les employés exigent un salaire de 100 dollars par mois (73 euros). Les industriels affirment de leur côté ne pouvoir accorder qu’une augmentation de 20 % (soit 5 euros) en raison de la conjoncture économique mondiale.
Plus de 300 usines, dont la plupart fournissent de grands noms, tels que l’américain Walmart, le français Carrefour ou encore le suédois H&M, ont totalement cessé leur production et leurs pertes se chiffrent déjà en millions de dollars.
Le ministre de l’Intérieur Muhiuddin Khan Alamgir a enjoint aux ouvriers le 25 septembre de reprendre le travail. Il a assuré au nom du gouvernement que leur salaire serait augmenté fin novembre. La promesse a été cependant assortie de la menace d’une reprise de la production par la force, des unités de l’armée ayant été déployées dans les zones industrielles afin de briser la grève, si nécessaire. (apic/eda/mp)



