«Mettre fin à la culture mortifère du silence»

Rome: L’Eglise a un devoir moral de collaborer avec la justice en matière de pédophilie

Rome, 8 février 2012 (Apic) Mgr Charles Scicluna, de la Congrégation pour la doctrine de la foi (CDF), a réaffirmé la nécessité d’une pleine collaboration de l’Eglise catholique avec les autorités civiles dans la lutte contre la pédophilie. Il s’exprimait le 8 février 2012, lors du symposium en cours à l’Université Grégorienne de Rome.

«La pleine collaboration de l’Eglise avec les autorités civiles dans le traitement des crimes de pédophilie est un devoir légal et moral. Nous devons mettre fin à la culture mortifère du silence», a insisté Mgr Scicluna, dénonçant le silence comme «un ennemi de la justice et de la vérité, même quand il est le résultat de la volonté mal placée de protéger la bonne réputation de l’Eglise».

Le prélat a souligné le fait que l’Eglise doit «écouter la colère» des victimes et les aider sur le chemin de la guérison et à aller de l’avant. Réduire la personne à l’abus subi, a-t-il déclaré, serait «un affront aux victimes».

4’000 cas déclarés

Près de 4’000 cas d’abus ont été rapportés à la CDF depuis 2001. En croissance dès que des mesures étaient adoptées dans les Eglises locales, le nombre de cas dénoncés, souvent anciens, a ensuite fortement décliné. Une preuve de l’efficacité des mesures prises dans la lutte contre la pédophilie, a fait remarquer le «promoteur de justice» de la CDF.

Ce dernier a aussi évoqué la nécessité de créer des «interfaces» entre l’Eglise et la justice de chaque pays. Il a souligné que chaque conférence épiscopale, en collaboration avec les diocèses, devait établir ses propres mesures pour lutter contre les abus sexuels, en s’appuyant sur les lignes directrices établies par le Vatican le 3 mai 2011, afin de respecter le principe de souveraineté nationale.

Devant un parterre de journalistes, le prélat maltais a aussi insisté sur la responsabilité des évêques au niveau local, tout en rappelant que les coupables n’engageaient pas la responsabilité de l’Eglise en matière d’indemnisation des victimes. «Lorsqu’ils commettent leur crime, ils n’agissent pas en son nom». Dès lors, on ne peut pas prétendre à une indemnisation de la part des diocèses, même si la «solidarité de l’Eglise» peut permettre le versement de dommages et intérêts, comme cela a déjà été le cas, notamment aux Etats-Unis. Ces décisions demeurent toutefois du ressort des conférences épiscopales.

L’obligation de se faire aider

Mgr Scicluna a aussi insisté sur le fait que les évêques ont l’obligation morale de se faire aider par les experts dans les affaires de pédophilie impliquant des membres du clergé, y compris dans le domaine de la psychologie. «La réponse à apporter à ces cas doit être multidimensionnelle. L’expertise est non seulement nécessaire, mais essentielle».

Il a finalement souligné le rôle des évêques dans le choix des candidats à la prêtrise, appelant à une très grande «vigilance» sur leurs vraies motivations. Pour lui, il est nécessaire de tirer des enseignements des erreurs du passé. (apic/imedia/mm/nd)

8 février 2012 | 15:16
par webmaster@kath.ch
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