L’égale dignité des membres de la société mexicaine

Mexico: Plus d’un million de personnes assistent à la messe du pape

De notre envoyée spéciale, Caroline Boüan

Mexico, 25 janvier 1999 (APIC) «Dignité égale pour tous les membres de la société mexicaine», a plaidé dimanche le pape Jean Paul II. Cette conviction a été au centre du message du pape lors de la messe dominicale devant plus d’un million de personnes sur le circuit automobile «Hermanos Rodriguez», situé à 13 km du Centre de Mexico.

Le pape, qui a déclaré se sentir très proche de tous les fidèles rassemblés, a répété à cette occasion son admiration pour les valeurs de la culture mexicaine, en s’adressant en particulier aux peuples d’origine précolombienne marginalisés au sein de la société mexicaine. Venus en nombre, surtout des régions méridionales du pays, certains après plusieurs jours de voyage, les «Indios» enveloppés dans leurs ponchos et leurs châles de laine ne lui ont pas ménagé leurs applaudissements. Comme pour bien refléter la différence sociale entre les populations mexicaines, il était facile de repérer dans la foule des groupes compacts d’Indios à la peau foncée, la plupart du temps séparés des métis et des blancs.

Cette messe était donc spécialement consacrée aux Mexicains, alors que la cérémonie de la veille au sanctuaire de Notre-Dame de Guadalupe était destinée davantage à l’ensemble du continent américain, à l’occasion de la remise de l’Exhortation apostolique post-synodale «Ecclesia in America», deux ans après l’assemblée spéciale du Synode des évêques pour l’Amérique, tenue à Rome fin 1997.

Le terrain du circuit automobile, aménagé pour accueillir 700’000 personnes, était rempli dès l’aube de 1,2 million à 2 millions de fidèles, selon les estimations de la police. Des fidèles venus de partout, rassemblés sur un vaste espace poussiéreux à l’horizon duquel se détachaient les montagnes sous un ciel uniformément bleu.

Jean Paul II avait donc une large audience lorsqu’il a salué avec une attention particulière les «nombreux indigènes des différentes régions du Mexique» dans son homélie. «Le pape se sent très proche de vous tous», a-t-il affirmé. «Il admire les valeurs de vos cultures, et il vous encourage à dépasser avec espérance les situations difficiles que vous traversez».

Solidarité avec les Indios

Les invitant à œuvrer pour leur «développement» et leur «promotion», Jean Paul II s’est alors adressé «à tous les fidèles» du Mexique, leur demandant instamment de s’engager à aider et à promouvoir les plus démunis de ces indigènes. «Tous les membres de la société mexicaine ont une dignité égale», a-t-il insisté, «tous méritent le respect, et ont le droit de s’épanouir pleinement dans la justice et dans la paix». Le pape, s’il n’a pas explicitement mentionné le conflit qui déchire l’Etat du Chiapas, où s’affrontent la guérilla indigène «zapatiste», l’armée gouvernementale et les groupes paramilitaires, a lancé un appel à résoudre les problèmes par des moyens pacifiques.

«Lolek!», «Lolek!»

Jean Paul II a été vivement applaudi au cours de son homélie, surtout lorsqu’il s’est adressé aux jeunes. L’enthousiasme des participants s’était déjà manifesté avant même le début de la célébration par des cris qui ont redoublé d’ardeur à l’arrivée de l’hélicoptère du pape. «Lolek», scandaient les Mexicains, en reprenant ainsi le surnom d’enfance de Jean Paul II, et encore : «Jean-Paul II, tu es déjà mexicain!». Parmi les plus joyeux et les plus bruyants, massés près de l’autel, les jeunes des mouvements catholiques, notamment les membres des «Légionnaires du Christ», un mouvement né au Mexique. Ils ont répondu avec des applaudissements frénétiques à l’appel du pape leur demandant de s’engager davantage pour l’évangélisation de leur patrie et des autres pays du monde.

Le pape dénonce l’assassinat d’une missionnaire de Mère Teresa au Sierra Leone

Même pendant la messe, certains groupes ont repris l’exclamation: «Juan Pablo segundo, todo el mundo te quiere» (»Jean Paul II, tout le monde t’aime»), s’arrêtant cependant dès que le pape reprenait la parole. A la fin de la cérémonie, les manifestations de joie ont toutefois laissé la place à un moment plus grave lorsque Jean Paul II, avant de réciter la traditionnelle prière de l’angélus, a vivement dénoncé l’assassinat par les rebelles d’une jeune missionnaire de Mère Teresa au Sierra Leone, Sœur Aloysius Maria, une religieuse indienne originaire du Kerala, enlevée la semaine précédente avec 5 de ses consœurs et plusieurs missionnaires xavériens. Jean Paul II a également déploré les attaques d’institutions religieuses au Congo-Brazzaville, soulignant qu’il n’y a aucune raison de justifier de tels actes cruels contre des personnes et des institutions qui s’engagent depuis des années pour le bien de tous. (apic/imed/cic/kna/be)

25 janvier 1999 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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