Mexico : Rencontre de Jean Paul II avec «toutes les générations du siècle»

«Aime et ne pleure pas !»

De notre envoyée spéciale, Caroline Boüan

Mexico, 26 janvier 1999 (APIC) Le Stade Aztèque de Mexico a été le cadre du dernier grand rassemblement de foule autour de Jean Paul II dans la soirée du lundi 25 janvier, avant que le pape ne quitte le Mexique mardi matin pour rejoindre Saint Louis dans l’Etat américain du Missouri, où il devait être accueilli par le Président des Etats-Unis.

Plus de 130’000 personnes se sont retrouvées là durant près de cinq heures – dont trois en présence de Jean Paul II. Les chants et les acclamations des Mexicains ont alterné avec des mouvements chorégraphiques effectués par des représentants des ethnies de tous les pays d’Amérique aux costumes colorés. Une façon de traduire symboliquement l’unité du continent réaffirmée par le pape comme l’un des défis majeurs de l’Eglise catholique du XXIe siècle.

«Ay, ay, ay, ama y no llores, porque amando se alegran hermanos nuestros, los corazones !»: «Aime et ne pleure pas, chantaient les Mexicains, parce qu’en aimant nos frères, les coeurs se réjouissent». Ce «Cielito Lindo» s’est transformé en cris de bienvenue lorsque la papamobile est entrée dans le stade. Se déplaçant avec précaution, Jean Paul II en est ensuite descendu pour rejoindre au milieu un large podium rouge circulaire: Sur les écrans géants, la foule a pu voir le pape rire franchement de ces ovations incessantes.

Les danses et les chants ont accompagné toute la rencontre à mi-chemin entre un concert pop et le carnaval brésilien avec ses grandes vagues de «ola». Un astucieux mécanisme faisait tourner lentement le podium sur lequel Jean Paul II était assis permettant à la foule entière de le voir de face.

Amérique, terre du Christ et terre de Marie

«Vous êtes dépositaires d’une riche tradition humaine et religieuse» a souligné le pape. Pour illustrer la richesse du patrimoine autochtone des Américains, il n’a pas hésité à évoquer la figure légendaire du roi-prophète Quetzalcoatl (»Serpent-oiseau») – reconnu comme un symbole de sagesse et d’humanisme dans les traditions indiennes – qui s’opposait à l’usage de la force pour résoudre les conflits. Jean Paul II a rendu hommage à ses «enseignements élevés» selon lesquels «l’homme est au centre de la création», et «le bien sera toujours plus fort que le mal», et il a fait remarquer qu’il y avait dans cette sagesse comme une «préparation à l’Evangile».

«Amérique, terre du Christ et de Marie !» s’est alors exclamé Jean Paul II, «tu as un rôle important à jouer dans la construction du monde nouveau que le Concile Vatican II a voulu promouvoir». S’adressant spécialement aux parents et grands-parents, le pape les a invités à transmettre aux jeunes les valeurs humaines positives présentes depuis un millénaire en Amérique, en même temps que des «convictions profondes» de foi et de morale chrétienne.

S’adressant spécialement aux jeunes, le pape les a invités à agir «pour que la société globale en train de se construire n’hérite pas des erreurs du siècle qui se termine», mais au contraire «pour que le monde soit orienté vers Dieu». «Méfiez-vous des faux prophètes qui présentent d’autres buts que l’idéal proposé par le Christ», a insisté Jean Paul II, des buts «parfois plus agréables, mais toujours trompeurs».

Des citoyens exemplaires

«Comme bons chrétiens, soyez des citoyens exemplaires» a-t-il encore demandé alors que la nuit tombait sur le stade, «capables de travailler avec les hommes de bonne volonté» pour que les institutions politiques, scientifiques, financières et culturelles «se mettent au service authentique de l’homme, sans distinction de race ni de classe sociale».

Des choeurs d’hommes, de femmes, de grands-parents et d’enfants ont relayé ces paroles du pape par des phrases de prière et des promesses d’engagement commun pour la construction d’un monde de paix et de justice. «Amérique, toujours fidèle à Dieu, à Marie, et au pape, Amérique, continent de l’espérance !» Sous ces dernières acclamations Jean Paul II est finalement remonté dans sa papamobile, tandis qu’un grand feu d’artifice concluait la rencontre.

A l’issue du rassemblement au Stade Aztèque de Mexico dans la soirée du 25 janvier, Jean Paul II a exprimé ses condoléances à la pensée des victimes du tremblement de terre en Colombie dont il avait été informé peu avant.

Mardi, au moment de monter dans l’avion à destination des Etats-Unis, Jean Paul II devait une nouvelle fois citer «les riches valeurs humaines et religieuses» des nombreux peuples indigènes du Mexique, en demandant que des efforts soient faits pour leur promotion et leur respect, non pas à travers des luttes mais par «un dialogue fécond et constructif».(apic/imed/cic/mp)

26 janvier 1999 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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