On a voulu blesser une fois de plus l’espérance des Indiens

Mexique: Expulsion du religieux français Michel Chanteau, témoin des massacres

Paris, 5 mars 1998 (APIC) L’expulsion du Chiapas du missionnaire français Michel Chanteau, curé de la paroisse où a eu lieu en décembre le massacre de 45 indiens, est un procédé indigne d’un gouvernement, estime le Père Jacques Lancelot, secrétaire du comité épiscopal France Amérique latine (CEFAL). «En renvoyant Michel Chanteau, c’est l’espérance des Indiens qu’on a voulu blesser une fois de plus».

Le Père Lancelot, lui-même ancien missionnaire au Chili et au Mexique, se dit consterné par le mépris du peuple indigène manifesté par le gouvernement mexicain. En renvoyant les étrangers et en maintenant le Chiapas sous occupation militaire, le gouvernement ne fait que déplacer le problème. Cette erreur lui coûtera cher à long terme.

Quant à l’engagement de Michel Chanteau, qui vit depuis 30 ans au Mexique, il n’est autre que celui de l’Evangile. Dans un des ses courriers, il écrivait: «l’Evangile n’est pas neutre. Les Indiens sont réduits en esclavage». Il connaissait bien les familles des victimes des massacres et a refusé de cacher la vérité sur les auteurs des crimes. «Même s’il se situait d’abord au plan de l’Evangile, de l’homme, de la construction d’un peuple, son engagement a eu des conséquences politiques. Les occupants romains n’ont-ils pas eu peur des réactions du peuple à la prédication de Jésus ? «, commente le Père Lancelot.

Le livre du correspondant du «Monde» : simpliste et réducteur

Le Secrétaire du CEFAL s’indigne par ailleurs de la publication d’un livre par le correspondant au Mexique du quotidien français «Le Monde», Bertrand de La Grange. Cet ouvrage co-rédigé avec Rico Maite et intitulé «Sous commandant Marcos : la géniale imposture» renvoie dos à dos d’un côté Mgr Ruiz et l’Eglise et de l’autre le gouvernement. Si cet ouvrage est assez bien documenté, il est par contre trop simpliste et réducteur, déplore le Père Lancelot. Mgr Samuel Ruiz a été le médiateur entre les Zapatistes et le gouvernement mexicain. Il s’est engagé nettement du côté des pauvres et de la justice, mais il n’a jamais fait la promotion de la violence.

Aujourd’hui la forte concentration des militaires au Chiapas et l’expulsion des témoins gênants, en particulier les étrangers, amène à redouter un coup de force militaire pour réduire à néant les Zapastistes. Sans la pression internationale, je suis convaincu que le pire serait déjà arrivé, conclut le Père Lancelot.

De son côté Mgr Samuel Ruiz a également vigoureusement protesté contre l’expulsion du religieux français en parlant de «nouvelle agression» contre l’Eglise.

Enfin Mireille Roccatti, présidente de la Commission nationale mexicaine des droits de l’homme, a ouvert une enquête sur les circonstances qui entourent l’expulsion du missionnaire. Elle a écrit aux autorités pour demander si la mesure «était conforme à la loi et respectueuse des droits de l’homme». (apic/jcn/mp)

19 avril 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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