Les appuis en faveur de l’évêque du Chiapas se multiplient
Mexique: la controverse sur Mgr Ruiz continue (211193)
De Rigoberta Menchu aux paysans indigènes: pétition au pape
Mexico, 21novembre(APIC) Le soutien en faveur de Mgr Samuel Ruiz Garcia,
«l’évêque des Indiens» de San Cristobal de Las Casas menacé d’être écarté
de son diocèse du Chiapas, au sud du Mexique, s’amplifie de jour en jour.
Prix Nobel de la Paix, Rigoberta Menchu demande au pape d’intervenir pour
Mgr Ruiz; une pétition munie de quelque 20’000 signatures de paysans indigènes du diocèse du Chiapas, adressée à Jean Paul II, va dans le même sens.
Solidarité également exprimée de la part de cardinal Paulo Arns, de Sao
Paulo, de Mgr Pedro Casaldaliga, la voix des pauvres au Brésil, et du Père
péruvien Gustavo Gutierrez.
Les réactions dans le monde se multiplient. Comme au Mexique du reste où
l’»affaire» a fait et continue à faire l’objet de commentaires, médiatiques
ou autres. Les jésuites mexicains ont ainsi protesté contre un éventuel déplacement de Mgr Ruiz. Quant aux évêques du pays, ils ont tenu à souligner
le droit du pape de muter un évêque.
Pour Rigorberta Menchu, le pape Jean Paul II doit intervenir «vu qu’il a
été le champion éminent du peuple indigène». Elle a confessé avoir été choquée par le fait que le Vatican «annoncerait des plans» pour écarter Mgr
Ruiz pendant cette année, «l’Année des Nations Unies pour les peuples indigènes».
Interrogé par «The National catholic reporter», le Père Gonzalo Ituarte
Verduzco, franciscain, vicaire général du diocèse du Chiapas, a rappelé les
discours du pape à propos du besoin de l’option préférentielle pour les
pauvres dans le monde entier. «En même temps, les officiels du Vatican sont
en train d’essayer d’écarter notre évêque de son diocèse parce qu’il met
cette option en pratique. C’est à s’y perdre».
Questions sans réponses?
Interrogé sur les accusations portées contre Mgr Ruiz, le Père Ituarte
répond: «Il est accusé de ’réductionnisme’ théologique et pastoral. Cela
signifie-t-il que le Vatican pense qu’il a réduit le message de l’Evangile
à des préoccupations sociales et perdu son message religieux? Comment peuvent-ils dire cela d’un évêque qui a plus de 6’000 catéchistes à l’oeuvre
dans son diocèse en train d’évangéliser le peuple?»
«Du monde entier», poursuit le vicaire général, les gens sont en train
d’écrire et de passer des coups de fil pour soutenir notre évêque. Comme
l’ont fait des personnes telles que le cardinal Paulo Arns, Mgr Pedro Casaldaliga et le Père Gustavo Guitierrez, père de la théologie de la libération».
Autre soutien: celui de 20’000 paysans indigènes du diocèse de Mgr Ruiz.
Dans une pétition adressée au pape, ils écrivent: «Nous avons vu notre évêque plein de tristesse devant notre infortune de perdre une voix ferme pour
la défense de nos droits». Les signataires demandent à Jean Paul II de bloquer la mise à l’écart de leur évêque, «franc, populaire».
Pressions? Mgr Prigione dément
Pendant la première semaine de novembre, la menace de mise à l’écart de
Mgr Ruiz par le Vatican a été la plus grande nouvelle du Mexique. «La Jornada», un important quotidien mexicain, reprenait dans quatre articles publiés en première page la controverse, en analysant notamment en arrièreplan la tension entre Mgr Ruiz et l’ancien gouverneur du Chiapas, Patrocinio Gonzalez Garrido.
Beaucoup pensent au Mexique, même si aucune preuve formelle n’est
apportée, que Gonzalez est derrière les tentatives d’écarter l’évêque.
Selon Miguel Alvarez, un important leader d’une communauté de base de
Mexico, «la mise à l’écart possible de l’évêque de San Cristobal de Las
Casas fait partie d’une stratégie du gouvernement visant à maintenir un
plus grand contrôle sur le clergé en vue des élections de 1994». Il insiste
en outre en relevant que les conflits au Chiapas se sont poursuivis pendant
des années. Ces conflits ont pour point de départ «l’extrême pauvreté, la
marginalisation politique et l’exploitation».
Quant au nonce, Mgr Prigione, il a démenti la pression du gouvernement
pour écarter Mgr Ruiz, mais confirmé lors d’une conférence de presse que le
Vatican étudiait les accusations portées contre l’évêque. Selon Le président de la Conférence épiscopale mexicaine, Mgr Adolfo Suarez Rivera, le
«travail de Mgr Ruiz a toujours donné satisfaction à l’épiscopat». De son
côté, le cardinal Jozef Glemp, en visite au Mexique, faisant écho aux précédentes déclarations de Mgr Ruiz, a rappelé à la presse mexicaine que
l’Eglise est opposée autant au capitalisme non contrôlé qu’au communisme
totalitaire, en ajoutant qu’il y a des moments où les leaders de l’Eglise
doivent parler sur les thèmes politiques.
Enfin, exception à la prudente approche de la controverse affichée par
la hiérarchie catholique mexicaine, Mgr Luis Reynoso Cervantes, évêque de
Cuernavaca, a déclaré que les accusations de l’implication du gouvernement
mexicain dans le cas de Mgr Ruiz sont «calomnieuses et diffamatoires». Il a
insisté sur le fait que Mgr Ruiz est, à ses yeux, «coupables de fautes sérieuses». C’est ainsi «que le Saint Père et la Congrégation des évêques ont
demandé qu’il présente spontanément sa démission».
Mgr Ruiz a pour sa part répondu en relevant qu’il ira défendre sa cause
à Rome, lors de la visite «ad limina apostolorum,». (apic/cip/pr)




