Le rapport final de la commission d’enquête le confirme

Mexique: Le crime du cardinal Posadas était prémédité

Mexico, 4 février 2000 (APIC) Anticipant la présentation du rapport final de la «commission interinstitutionnelle» chargée de l’enquête sur l’assassinat du cardinal mexicain Juan Jesus Posadas Ocampo, le gouverneur de Jalisco a confirmé ce que l’on soupçonnait depuis longtemps: sa mort est bien le fruit d’un crime prémédité et ne doit donc rien à une confusion, comme le voulait d’abord la thèse officielle.

C’est le 24 mai 1993 que le cardinal Posadas, archevêque de Guadalajara et vice-président du Conseil épiscopal latino-américain (CELAM), a été abattu dans sa voiture dans un parking de l’aéroport de Guadalajara, où il était allé accueillir le nonce au Mexique. Les 36 balles qui avaient été tirées sur sa voiture, dont onze l’avaient atteint à la poitrine, provenaient d’un Kalachnikov AK-47. La hâte des autorités à déclarer, moins d’une semaine plus tard, que le cardinal avait été victime d’une «méprise», avait paru suspecte à l’époque. Cinq ans plus tard, la police mexicaine et le Procureur général de la République décidaient pourtant de clore le dossier. Thèse officielle: le cardinal a été la victime fortuite de la guerre que se livrent les gangs de la drogue.

A la veille de remettre ce qui sera le cinquième rapport du gouvernement, le gouverneur Alberto Cardenas Jimenez a indiqué que les preuves recueillies par la commission officielle «laissent supposer qu’il s’agit d’un homicide conçu par une personne ou un groupe pour attenter spécifiquement à la vie du cardinal, en convoquant deux groupes de narcotrafiquants pour provoquer un affrontement et, dans la confusion, utiliser un troisième groupe pour lui donner la mort».

Au cours des dix-neuf derniers mois, la nouvelle commission installée par le gouvernement a analysé tous les témoignages et indices en relation avec le crime. Cette commission interdisciplinaire, qui comprenait des représentants du procureur de la République, de l’Etat de Jalisco et de l’épiscopat, avait été créée à la demande de l’Eglise, qui n’a jamais cru à l’explication donnée dans un premier temps, à savoir que le cardinal Posadas – qui était un personnage clé dans le processus de normalisation des relations entre l’Eglise et l’Etat mexicain -, avait été assassiné par des hommes du cartel d’Arellano Felix pour avoir confondu avec le grand rival de ce dernier.

A cet égard, le cardinal Juan Sandoval Iñiguez, qui a succédé au cardinal Posadas sur le siège de Guadalajara, a précisé que cette intervention du gouverneur n’est pas la conclusion définitive de la commission tripartite, celle-ci ayant à peine commencé à exploiter les preuves et les témoignages accumulés au cours de dix-neuf mois de travail. Il faudra encore des mois pour arriver à une conclusion définitive, a-t-il affirmé, sans exclure que le rapport final puisse être rendu public cette année encore, et même si la Procure générale de la République et l’Eglise divergeaient dans leur évaluation.

L’Eglise est convaincue que le crime a été prémédité depuis que sont connus les résultats de l’autopsie. Selon le médecin légiste, les blessures apportent la preuve que le cardinal Posadas a été victime d’un assassinat direct. Ce dernier, qui a été abattu à un mètre de distance, en plein jour, était en outre parfaitement reconnaissable, puisqu’il portait sa soutane et une croix pectorale.

En avril 1999, le cardinal Sandoval avait déjà fait état d’»éléments nouveaux et précieux», comme le témoignage du chauffeur de «Chapo» Guzman, arrêté un mois plus tôt, ainsi qu’une vidéo apportant des éléments décisifs, confirmant que le cardinal a été exécuté et que la fusillade a eu lieu ensuite. C’est ce qui lui avait permis d’obtenir que soit instituée la nouvelle commission tripartite. (apic/cip/pr)

4 février 2000 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 2  min.
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