Trois catéchistes blessés par les balles des para-militaires

Mexique: Mgr Ruiz et son auxiliaire échappent à un attentat

Vif émoi au Mexique

San Cristobal, 6 novembre 1997 (APIC) Mgr Samuel Ruiz, évêque de San Cristobal de Las Casas, dans le Chiapas mexicain, ainsi que son auxiliaire, Mgr Raul Vera Lopez, ont échappé mardi soir à un attentat alors qu’ils se rendaient en visite pastorale dans le nord du Chiapas, confirme jeudi l’évêché de San Cristobal. Contacté par téléphone, le bureau de «Justice et Paix» confirme que les deux évêques ont décidé de poursuivre comme prévu jusqu’au 9 novembre leur visite pastorale commencée le 4 novembre

L’attaque, survenue mardi peu avant 19 heures, heure locale, sur la route San Cristobal-Tila, est l’œuvre de francs-tireurs embusqués qui ont tiré sur la voiture de l’évêque. Trois catéchistes qui avaient pris place dans la voiture ont été blessés plus ou moins grièvement. Leur vie ne semble toutefois pas en danger. Tous se trouvent encore sous contrôle médical à l’hôpital de Tila. Mgr Ruiz avait fêté la veille son 73e anniversaire.

Selon des sources d’Eglise autorisées, l’attentat a été perpétré par le mal nommé groupe «Paix et Justice», le bras armé des gros propriétaires terriens pour lutter contre les zapatistes et intimider les populations indigènes locales.

La nouvelle de l’attentat contre les deux évêques a causé un vif émoi au Mexique. La Conférence épiscopale déplore ce «lamentable» attentat et en appellent au dialogue pour renouer avec la paix.

Dans le diocèse de San Cristobal de Las Casas, on estime que l’attentat contre Mgr Ruiz et son auxiliaire fait «partie d’un plan qui vise à agresser l’Eglise catholique». Selon la presse mexicaine du jeudi 6 novembre, le diocèse de Mgr Ruiz rend responsable de cet acte l’un des groupes para-militaires proche du parti gouvernement PRI. Ceux-ci sévissent notamment dans la région du Chiapas, en particulier après l’insurrection de l’Armée zapatiste de libération nationale (EZLN), commencée en janvier 1994.

L’évêché de San Cristobal dénonce en outre l’impunité dont jouissent les membres des groupes para-militaires, qui bénéficient, affirme-t-on dans le Chiapas, du soutien du gouverement, dans cette «guerre de basse intensité», qui se poursuit et se développe dans le Nord Chiapas.

Poursuite de la visite malgré la crainte d’un nouvel attentat et crainte

En février 1996, Mgr Ruiz avait été l’invité de la Campagne 96 de l’Action de Carême en Suisse. Surnommé affectueusement «tatic Samuel» (grand-papa Samuel) par les Indiens du Chiapas, l’évêque de San Cristobal a depuis longtemps une aura de prophète parmi les laissés-pour-compte du «développement» mexicain. Dans les années 60, Don Samuel ne tergiversera pas pour appliquer les enseignements du Concile Vatican II. Il participera dès lors à l’émergence d’une nouvelle conscience épiscopale latino-américaine, qui s’exprimera à l’occasion de la grande rencontre de Medellin.

Très vite, il construira des bases pastorales et théologiques solides à partir de la revalorisation des cultures autochtones d’origine «maya». Une conversion face à la réalité de la misère de la majorité indigène marginalisée, confrontée au bastion des propriétaires terriens, marchands de bois et planteurs de café.

Infatigablement depuis plus de trois décennies, malgré les menaces et les campagnes de dénigrement – l’attitude de Mgr Ruiz ne lui a pas valu que des amis. Certains, dont le nonce apostolique d’alors, Mgr Prigione, ont tenté de l’écarter de son diocèse sous prétexte que son enseignement comportait des erreurs doctrinales – l’évêque de Las Casas a fait sienne la cause des «Indios», en particulier celle des peuples indigènes du Chiapas, opprimés, marginalisés d’entre les marginalisés.

Figure marquante de l’Eglise mexicaine et du continent latino-américain, Don Samuel préside depuis 3 ans la Commission nationale de médiation (CONAI) entre les insurgés de l’Armée zapatiste et le gouvernement mexicain.

Quant à Mgr Vera Lopez, il a été nommé coadjuteur par le pape Jean Paul II en août 1995, afin d’appuyer Mgr Ruiz dans son travail pastoral.

Malgré l’attentat, les deux évêques ont décidé de poursuivre leur visite pastorale, confirme-t-on au Mexique. Certains maires de villages ont en revanche décidé d’annuler leur rencontre avec les deux prélats par crainte d’un nouvel attentat.

En mars dernier, deux prêtres jésuites – relaxés depuis – avaient été arrêtés au Chiapas sous prétexte de conspiration. (apic/pr)

26 avril 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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