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Mgr Behnan Hindo met en garde les Kurdes: Damas n'acceptera jamais le Rojava

Au sein de la province d’Hassaké, dans le nord-est de la Syrie, les militants du Parti démocratique kurde (PYD) mettent en place leur propre gouvernement local, l’administration autoproclamée autonome kurde du Rojava.

L’archevêque syro-catholique d’Hassaké-Nisibi, Mgr Jacques Behnan Hindo met en garde: le projet du Rojava «ne sera jamais accepté par le gouvernement de Damas».

Dans cette zone majoritairement kurde, contrôlée par le PYD, la branche syrienne du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), vivent également des minorités arabes, assyriennes, syriaques et d’autres communautés plus petites comme les Arméniens, les Yézidis, les Turkmènes et les Circassiens.

Le pouvoir des armes

Mgr Behnan Hindo relève toutefois que le projet d’administration autonome kurde semble aller de l’avant «parce qu’ils disposent d’armes mais, en réalité, ce projet ne recueille pas l’avis favorable de la majorité, pas même de la part des autres Kurdes et encore moins de la part des tribus musulmanes et de nous autres chrétiens». Les Kurdes de Syrie ont profité de la guerre civile pour, de fait, prendre en main les régions dans lesquelles ils sont majoritaires.

Dans une interview accordée à l’agence d’information vaticane Fides, Mgr Behnan Hindo estime que le PYD a commencé à réaliser dans les faits son intention – cultivée depuis des années – de créer une région autonome kurde dans la zone de la Djézireh (Jazira), cette région de Syrie étant déjà indiquée dans les moyens de communication kurdes sous le nom de Rojava.

De nouveaux programmes scolaires en langue kurde

Dans la province syrienne d’Hassaké, l’administration autonome du Rojava a commencé à mettre en place un système de taxation locale visant à subventionner les services publics de la région. Selon ce qu’affirment les responsables du projet, les produits des taxes seront utilisés pour soutenir les services sanitaires et éducatifs locaux, pour améliorer le système de sécurité et pour affirmer avec plus de force au sein des institutions et de la vie sociale les droits des femmes.

Le programme de taxation prévoit des impôts pour tous les citoyens disposant de revenus mensuels égaux ou supérieurs à 100’000 livres syriennes – soit environ 200 USD – et devrait donc concerner environ 75 % de la population locale. Outre à chercher d’imposer ce nouveau système de taxes, indique Mgr Behnan Hindo, les membres du PYD ont également réquisitionné et fermé les écoles. Ils en ont transformé la moitié en casernes et déclarent vouloir introduire dans les autres de nouveaux programmes scolaires, qui seront réalisés en langue kurde.

Les Américains partiront un jour…

«Voici quelques temps, ils ont également tenté d’exproprier un terrain appartenant à notre Eglise, mais ils l’ont immédiatement restitué après que j’aie envoyé des lettres de dénonciation tant à la nonciature apostolique qu’à certains de leurs responsables», précise Mgr Behnan Hindo.

La région de la Djézireh est, elle aussi, impliquée dans la lutte géopolitique en cours dans l’ensemble de la région autour de la question kurde.

«Les militants du PYD se sentent forts parce qu’ils croient disposer de l’appui des Etats-Unis. Je les ai mis en garde: les Américains, tôt ou tard, partiront et vous vous retrouverez dans des conditions plus mauvaises qu’auparavant. Ces militants sont liés au PKK, qui opère en Turquie, et disent aspirer seulement à davantage d’autonomie locale sans avoir de visées indépendantistes. En outre, ils sont ennemis des Kurdes de Massoud Barzani, président de la Région autonome du Kurdistan irakien», affirme l’archevêque syro-catholique d’Hassaké-Nisibi.

Massoud Barzani, pour sa part, va organiser un référendum visant à proclamer la pleine indépendance du Kurdistan irakien, contre l’avis de Bagdad. (cath.ch/fides/com/be)

Combattants syriens kurdes de l'YPJ et de l'YPG
16 juillet 2017 | 12:12
par Jacques Berset
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