Chine: L’évêque coadjuteur de Baoding apporte des précisions sur son adhésion à l’APCC

Mgr Francis An Shuxin confirme appartenir à l’Association patriotique des catholiques chinois

Baoding, 13 novembre 2009 (Apic) L’évêque coadjuteur de Baoding a expliqué les raisons de sa récente adhésion à l’Association patriotique des catholiques chinois (APCC) aux agences de presse catholiques AsiaNews et Ucanews. Mgr Francis An Shuxin, évêque coadjuteur du diocèse de Baoding, dans la province du Hebei, près de Pékin, a expliqué que sa décision était motivée par son désir de voir renforcée l’unité dans son diocèse, un bastion de l’Eglise catholique en Chine où la communauté «clandestine» est particulièrement forte. Lui-même est sorti de la «clandestinité» en 2006.

Mgr An Shuxin a déclaré avoir accepté d’adhérer à l’Association patriotique en juillet dernier, non pour en prendre la tête, comme dans nombre d’autres diocèses de Chine populaire où l’évêque du lieu préside la représentation locale de l’APCC, mais pour en être l’un des cinq vice-présidents. La présidence est assumée par un prêtre de Baoding, le Père Joseph Yang Yicun. L’évêque a ajouté, rapporte «Eglises d’Asie», l’agence d’information des Missions Etrangères de Paris (MEP), qu’il assumait également dorénavant la fonction de directeur du Comité pour les Affaires de l’Eglise, structure chargée de coordonner les contacts avec l’administration chinoise.

Divisions «cruelles» au sein de la communauté catholique

Agé de 60 ans, Mgr An a justifié sa décision par le fait de se sentir «démuni» face aux divisions, qu’il a qualifiées de «cruelles», au sein de la communauté catholique. Il a ajouté qu’il espérait que son geste pourrait «aider au développement du diocèse».

«J’ai adhéré à l’Association patriotique pour le bien du diocèse afin de répondre à l’urgence de l’évangélisation», a-t-il précisé à l’agence AsiaNews.

Des agences étatiques «incompatibles avec la doctrine catholique»

Très conscient du fait que le pape Benoît XVI, dans sa Lettre aux catholiques chinois de 2007, a écrit que les «agences étatiques» exerçant un pouvoir sur l’Eglise en dehors du contrôle du Saint-Siège étaient «incompatibles avec la doctrine catholique», Mgr An a expliqué que bien que l’Association patriotique était sans conteste possible une agence étatique, le fait que les évêques et les prêtres y occupent des positions-clefs était une manière d’amener ces structures dans le giron de l’Eglise. Le seul objectif poursuivi est de contribuer à préserver la foi et les intérêts de l’Eglise, estime-t-il.

«Nous demeurons soumis au pape dans la foi et la doctrine de l’Eglise. Je n’ai rien promis à quiconque, sinon d’accepter d’assumer cette position au sein de l’Association patriotique», a-t-il déclaré à l’agence Ucanews, ajoutant que l’expérience des autres évêques dans d’autres diocèses avait démontré qu’il n’était «pas possible de travailler normalement si vous ne parvenez pas à vous faire reconnaître par les autorités».

Mgr An Shuxin a passé dix ans en détention, de 1996 à 2006

Appartenant à la communauté dite «clandestine» de Baoding (en fait non reconnue par l’Etat), Mgr An Shuxin a passé dix ans en détention, de 1996 à 2006. En août 2006, il était libéré, suscitant la surprise et l’incompréhension d’une bonne part des prêtres et des fidèles non officiels de Baoding.

Dans l’entretien accordé à Ucanews, Mgr An reconnaît bien volontiers que sa décision a été incomprise par les siens. «Après ma libération, en 2006, j’ai refusé d’adhérer à l’Association patriotique. J’ai changé d’avis après avoir lu la Lettre du pape», explique-t-il. Il ajoute en substance que la Lettre du pape laisse la décision de s’enregistrer ou non auprès des autorités civiles aux évêques placés à la tête des diocèses, ceux-ci agissant en consultation avec leurs prêtres et en ayant soigneusement pesé les conséquences de leurs actes. Il précise que, ces derniers temps, il a pris soin de communiquer régulièrement avec le Saint-Siège sur la situation du diocèse de Baoding et que la Congrégation pour l’évangélisation des peuples, à Rome, a répondu positivement à ses efforts en vue de parvenir à la réconciliation de la communauté catholique locale.

Le but est de parvenir à la réconciliation de la communauté catholique locale

Selon le Père Yang Yicun, les autorités locales de Baoding ont transmis à l’échelon national du Bureau des Affaires religieuses la décision de Mgr An d’adhérer à l’APCC. Une réponse est attendue prochainement de Pékin, qui donnerait à l’évêque coadjuteur de Baoding un plein et entier statut officiel.

Selon les observateurs, si les déclarations de Mgr An ont le mérite de clarifier sa situation, elles n’apportent pas de précision sur les chemins de réconciliation que pourraient emprunter les catholiques de Baoding. Une trentaine de prêtres reconnaîtraient à ce jour l’autorité de Mgr An. Une soixantaine d’autres la rejetteraient, ou, à tout le moins, exprimeraient leur désaccord avec la décision de l’évêque d’adhérer à l’APCC, courroie de transmission du régime chinois sur l’Eglise catholique de Chine.

Ils mettent notamment en avant le fait que Mgr An n’aurait pas dû accepter une quelconque position officielle tant que l’évêque en titre, Mgr Jacques Su Zhimin, demeure en détention. Agé de 77 ans, Mgr Su Zhimin a été arrêté en octobre 1997 et on est sans nouvelles de lui depuis cette date, mis à part le fait qu’il a été brièvement entraperçu dans un hôpital de Baoding en novembre 2003. (apic/eda/be)

18 novembre 2009 | 16:23
par webmaster@kath.ch
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