Mgr Felix Gmür, président de la Conférence des évêques suisses, participait au sommet sur les abus sexuels à Rome | @ Keystone
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Mgr Felix Gmür, président de la Conférence des évêques suisses, participait au sommet sur les abus sexuels à Rome | @ Keystone

Mgr Gmür: "Mon espérance: que plus aucun abus ne soit toléré"

24.02.2019 par Pierre Pistoletti

Le sommet sur la protection des mineurs marquera un tournant dans l’Eglise, selon Mgr Felix Gmür, président de la Conférence épiscopale suisse, présent à Rome du 21 au 24 février 2019. Il étend la prise de conscience de la gravité des faits au niveau universel et aura des répercussions concrètes en Suisse. L’évêque de Bâle espère que la révélation des scandales débouchera sur une tolérance zéro effective vis-à-vis de toute forme d’abus commis au sein de l’Eglise.

Quelles sont vos impressions au terme du sommet sur les abus sexuels?
Felix Gmür: Une bonne impression générale. Je suis témoin d’une prise de conscience universelle. Les abus sexuels dans l’Eglise ne sont pas qu’un problème chilien ou américain, mais ils concernent chaque pays, chaque conférence épiscopale. Les discussions synodales ont aussi permis de faire émerger la complexité des abus. Non seulement sexuels, mais aussi de pouvoir ou spirituels. J’ai le sentiment que tous les évêques ont pris conscience de la gravité de ces crimes.

La lutte contre ces crimes doit se développer sur plusieurs niveaux. Par où commencer?
Un crime doit être dénoncé et puni. Pour cela, il faut en parler. Lors des échanges, des évêques africains ou asiatiques évoquaient leur contexte culturel: une culture du silence. Une culture également marquée par un tabou autour de la sexualité – on ne parle pas publiquement de ces choses-là. Si l’on veut que quelque chose change dans l’Eglise, il faut que tous aient conscience qu’un abus est un crime. Raison pour laquelle il doit être dénoncé à la justice civile quel que soit le contexte culturel.

Cacher un abus, c’est violer une deuxième fois la victime.

Mais certains évêques sont confrontés à une justice pénale qui n’est pas fiable ou à une législation différente que celle des pays occidentaux. Prenez certains pays arabes: l’âge légal pour se marier est de douze ans. Dans ce contexte hétéroclite, il faut que la justice ecclésiale soit la même pour tous.

Autre élément qui me paraît essentiel: la transparence. Il faut notamment rendre les procédures canoniques moins opaques. Cela implique par exemple que les victimes soient informées de l’évolution des procès.

Ce sommet marque-t-il un tournant dans la gestion des abus sexuels dans l’Eglise?
Oui, principalement parce qu’il étend la prise de conscience au niveau universel.

Quelles répercussions aura-t-il en Suisse?
En Suisse, beaucoup de prêtres étrangers issus de différentes cultures exercent un ministère sacerdotal. Ce sommet rappellera que toute forme d’abus contre une personne dépendante est un crime, pas seulement en Suisse, mais aussi pour certains, dans leur pays d’origine.

De retour en Suisse, je souhaite standardiser les procédures et accroître la transparence. En cas d’abus commis par un agent pastoral, clerc ou laïc, la procédure se déroule sur deux niveaux. Aux niveaux civil et ecclésial, à l’intérieur de l’Eglise. A mon avis, la justice ecclésiale est trop lente parce que la procédure est lourde. Il y a d’abord une première enquête au niveau diocésain avant que le dossier ne parte à Rome où la Congrégation pour la doctrine de la foi poursuit l’investigation. Nous devrions peut-être réfléchir à un organisme interdiocésain responsable des enquêtes dans lequel des laïcs compétents – psychologues, thérapeutes, spécialistes en communications, etc. – seraient intégrés, aussi comme juges.

La peine encourue au terme de ce genre de procédures, pour les clercs, est un renvoi de l’état clérical. Des associations de victimes demandent que ce renvoi sont inscrit dans le droit canon pour tout prêtre qui a commis un abus et tout responsable d’Eglise qui ne l’a pas dénoncé à la justice. Partagez-vous ce point de vue?
Je partage ce point de vue pour les crimes poursuivis d’office par la justice civile. Pour ceux qui ne le sont pas, il faut appliquer le principe de proportionnalité de la peine. En ce qui concerne les évêques qui cachent des faits connus, ils doivent être punis. Tous comme les agents pastoraux, les diacres, les religieux qui commettent un délit. Nos directives s’adressent à toutes les personnes engagées en Eglise, pas seulement les clercs.

Les révélations de scandales dans l’Eglise s’enchaînent. Quel impact ont-elles sur la crédibilité de l’Eglise?
On ne pourra pas retrouver une certaine crédibilité sans transparence. Il ne faut pas avoir peur de dire ce qui se passe. Il faut punir les abuseurs, ne pas entraver la justice civile, communiquer sur les procédures en cours. Cacher un abus, c’est violer une deuxième fois la victime. C’est aussi nuire à la crédibilité de l’Eglise.

Au milieu de cette crise, quelle est votre espérance?
Vous savez, toutes ces histoires font mal. Elles me choquent et j’en ai honte. Ces révélations viennent au jour, nous devons les affronter avec courage. Prendre au sérieux le témoignage des victimes et prendre la mesure de leur souffrance. Mon espérance: que tout abus, abus sexuel, abus de pouvoir, abus spirituel, ne soit plus toléré dans l’Eglise en Suisse et dans le monde. C’est au fond une question de foi.


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