Mgr Jia Zhiguo n’a jamais voulu céder aux pressions
Chine: Les autorités veulent reprendre un orphelinat, tenu par un évêque «clandestin»
Hebei, 14 janvier 2011 (Apic) Selon un communiqué daté du 11 janvier, émanant de la Fondation du Cardinal Kung, établie aux Etats-Unis (1), le gouvernement chinois a averti Mgr Jia Zhiguo de son intention de reprendre, de gré ou de force, l’orphelinat pour enfants handicapés qu’il a fondé et dirige depuis plus de 20 ans, rapporte Eglises d’Asie (EDA), l’agence d’information des Missions Etrangères de Paris (MEP).
Mgr Julius Jia Zhiguo, évêque «clandestin» du diocèse de Zhengding (Shijiazhuang), dans la province du Hebei, est notamment connu pour avoir été maintes fois arrêté par la police en raison de son refus d’adhérer aux instances «officielles» de l’Eglise en Chine. Il n’a jamais accepté de rejoindre l’Association patriotique des catholiques chinois, courroie de transmission de la politique religieuse gouvernementale et instance non reconnue par l’Eglise catholique.
Il y a environ une vingtaine d’années, un bébé handicapé était abandonné devant la porte de Mgr Jia Zhiguo. Cet enfant, le premier à être accueilli et élevé par le prélat, fut suivi de nombreux autres, déposés de la même manière, sur le pas de la porte de Mgr Jia. Au fil des années, ce sont des centaines de bébés, handicapés ou gravement malades, qui ont été laissés à ses bons soins. Mgr Jia a créé une communauté de religieuses ayant pour vocation spécifique le soin des enfants souffrant de handicap. Il a fondé un orphelinat à Wu Qiu, le village où il réside, dans le district de Jinzhou. De plus en plus de petits pensionnaires ont été accueillis et, aujourd’hui, ils sont près d’une centaine de garçons et filles.
Sans aide de l’Etat, ni reconnaissance officielle, l’institut a fonctionné durant ces 20 dernières années. Le gouvernement a fermé les yeux sur cette œuvre de charité, qui était soutenue et appréciée au-delà même des frontières chinoises.
De nombreuses pressions
Agé de 75 ans, Mgr Jia Zhiguo a été consacré évêque de Zhengding (Shijiazhuang) en décembre 1980, avec mandat du pape. Depuis 2004, il a été arrêté 13 fois et totalise approximativement une vingtaine d’années en prison. Bien qu’il soit toujours étroitement surveillé par les autorités, l’évêque clandestin jouit d’un grand soutien de la part des fidèles de son diocèse, où coexistent communautés «officielles» et «clandestines».
Fidèle à ses convictions, le prélat n’a pas assisté à l’ordination illicite (sans mandat pontifical) du Père Guo Jincai, sur le siège de Chengde, en novembre dernier. Il ne s’est pas non plus rendu à la 8e Assemblée nationale des représentants catholiques et, ce, malgré les intenses pressions dont il a fait l’objet, comme nombre d’évêques «officiels» qui avaient été «priés» d’assister à l’événement (2). Les autorités avaient menacé de saisir l’orphelinat si Mgr Jia ne se rendait pas à Pékin pour la 8e Assemblée nationale des représentants catholiques. L’évêque n’avait pas plié et il est à craindre que le regain d’intérêt du gouvernement pour son orphelinat soit une conséquence directe de l’opposition manifestée ostensiblement par l’évêque envers la politique religieuse gouvernementale.
Dès décembre 2010, rapporte un communiqué de la Fondation du Cardinal Kung, Monsieur Yin, du Département du Front Uni pour le Jinzhou, Monsieur Guo, du Secrétariat politique, Monsieur An, du Bureau des Affaires religieuses du Jinzhou, le secrétaire du Parti communiste de Wu Qiu et le directeur de la Sécurité publique de Shijiazhuang avaient rencontré à de multiples reprises Mgr Jia. Lors de ces réunions, l’évêque avait été prié de signer des documents cédant l’orphelinat au gouvernement chinois et ordonnant la dispersion de la trentaine de religieuses au service des enfants handicapés. Face à son refus, il avait été menacé d’être retenu pour une «durée indéterminée» en «session de travail». Il lui avait alors été dit, «qu’avec ou sans sa signature, l’orphelinat lui serait retiré (…) par la force s’il le fallait».
Mgr Jia Zhiguo a dénoncé, auprès du Bureau central des affaires religieuses à Pékin, les menaces et intimidations dont il était l’objet de la part des autorités locales. Il lui a été répondu que ce type d’affaire relevait de la juridiction du Jinzhou.
La Fondation du Cardinal Kung lance un appel
Le communiqué de la Fondation du Cardinal Kung appelle finalement toute personne de bonne volonté à demander aux ambassades de Chine que le gouvernement cesse son action envers l’orphelinat de Mgr Jia. Selon EDA, l’orphelinat aurait déjà été saisi par les autorités, les religieuses dispersées et les enfants «envoyés vers une destination inconnue». Aucune information concernant Mgr Jia n’est parvenue à l’agence. (3).
Notes
(1) La Fondation du Cardinal Kung, créée à la mémoire du célèbre prélat dissident décédé en exil en 2000 aux Etats-Unis après avoir été détenu pendant une trentaine d’années par les autorités chinoises, est actuellement dirigée par son neveu. Elle poursuit l’œuvre de résistance de l’ancien évêque de Shanghai, en dénonçant les atteintes à la liberté religieuse en Chine.
(2) La 8e Assemblée nationale des représentants catholiques, repoussée à plusieurs reprises par les autorités, s’est tenue du 7 au 9 décembre 2010, à Pékin. Elle y a élu Mgr Ma Yinglin, un évêque «illégitime», à la tête de la Conférence épiscopale «officielle», ainsi que Mgr Fang Xingyao, évêque «officiel», mais reconnu par Rome, à la tête de l’Association patriotique, toutes deux institutions non reconnues par le Vatican.
(3) Sources: Fondation du Cardinal Kung, 11 janvier 2011; Aide à l’Eglise en Détresse. (apic/eda/nd)



