Mgr Livieres accuse ses confrères d'être «alliés à des lobbys»

Paraguay: Benoît XVI se serait porté garant du Père Urrutigoity, soupçonné d’abus sexuels

Ciudad del Este, 8 août 2014 (Apic) Mgr Rogelio Livieres Plano, évêque du diocèse de Ciudad del Este, à l’est du Paraguay, a affirmé que Benoît XVI s’était porté garant de son ancien vicaire général, le Père Urrutigoity, soupçonné d’abus sexuels. Le prêtre argentin, toujours soutenu par son évêque, a été relevé de ses fonctions par le Vatican le 30 juillet dernier.

Dans sa longue lettre d’explications sur les récents événements qui ont secoué le diocèse, Mgr Livieres assume sa défense du Père Urrugoity en affirmant que ce dernier a été la victime d’une «longue et rude campagne de diffamation aux Etats-Unis», rapporte le 6 août 2014 le journal américain en ligne «The Huffington Post». Le prélat paraguayen assure également que le prêtre argentin lui avait été «recommandé par des cardinaux haut placés au Vatican». Il a précisé que l’un de ceux qui s’étaient portés garants pour le Père Urrutigoity n’était autre que Mgr Joseph Ratzinger, élu pape quelques jours plus tard, en avril 2005, prenant le nom de Benoît XVI.

Dans sa lettre de justification, l’évêque de Ciudad del Este, membre de la prélature catholique de l’Opus Dei, s’est aussi défendu contre une série d’accusations, lancées pour la plupart par ses confrères paraguayens, concernant notamment sa gestion du séminaire diocésain et ses options ultraconservatrices. Comme il l’avait déjà fait par le passé, Mgr Livieres a accusé certains membres du clergé du pays d’être des «ecclésiastiques douteux alliés à de puissants lobbys et à des politiciens».

Soupçons de détournements de fonds

Lors de la récente visite canonique menée par le cardinal Santos Abril y Castello, Rome a demandé à l’évêque, dans une mesure plutôt inhabituelle, de suspendre les ordinations sacerdotales.

Sur le plan financier, l’évêque est notamment accusé d’avoir détourné plusieurs millions de dollars reçus d’une entreprise locale qui exploite un gigantesque barrage hydroélectrique sur le Parana. Elle aurait versé 300’000 dollars et offert au diocèse un théâtre d’une valeur de 1,5 million de dollars. Selon des organisations de laïcs, avec lesquelles l’évêque est en difficulté, l’argent devait servir à des œuvres sociales, mais Mgr Livieres Plano l’aurait utilisé pour son nouveau séminaire. L’établissement, qui accueille 200 étudiants, un record dans la région, est justement l’autre difficulté du diocèse. Les évêques paraguayens accusent Mgr Livieres Plano d’y dispenser un enseignement très conservateur, mais aussi bâclé – les études durent 4 ans au lieu de 6. De son côté, l’évêque de Ciudad del Este a accusé ses confrères, dans une lettre à Benoît XVI, d’être des tenants de la théologie de la libération.

Expulsé de la FSSPX pour homosexualité

Mgr Livieres Plano a toujours défendu son vicaire général en avançant le fait que sa culpabilité n’avait jamais été prouvée. En juin dernier, un reportage de la chaîne américaine NBC reprenant les accusations contre le Père Urrutigoity avait mis le feu à l’épiscopat paraguayen. L’archevêque d’Asuncion, Mgr Pastor Cuquejo, avait demandé une réouverture de l’enquête, ce qu’avait vertement refusé l’évêque de Ciudad del Este accusant son confrère de la capitale d’être lui-même «homosexuel» et dénonçant une «persécution» menée par «les libéraux». Cet échange musclé entre les deux évêques avait finalement motivé la visite apostolique décidée par le pape François.

Le prêtre argentin est suspecté d’attouchements sur de jeunes garçons aux Etats-Unis, au début des années 2000, avant d’être accueilli dans le diocèse paraguayen de Ciudad del Este. Des membres du clergé du diocèse de Scranton, à l’est des Etats-Unis, ont diffusé des avertissements selon lesquels le Père Urrutigoity représentait «une sérieuse menace pour les jeunes gens». Le prêtre a cependant toujours nié ces allégations et n’a jamais été pénalement condamné. Le Père Urrutigoity avait été ordonné pour la Fraternité Saint-Pie-X (FSSPX), séparée de Rome depuis 1988, avant d’en être exclu pour homosexualité, rapporte le quotidien français «La Croix». Il avait alors fondé sa propre structure traditionaliste ralliée à Rome. Suite aux accusations d’abus sexuels en Pennsylvanie, il était parti suivre une thérapie au Canada avant de rallier le Paraguay où il était devenu vicaire général. (apic/huffp/arch/rz)

8 août 2014 | 12:22
par webmaster@kath.ch
Partagez!