Suisse

Mgr Michael Wüstenberg, l'évêque du sauvetage en mer

Mgr Michael Wüstenberg, évêque émérite d’Aliwal, en Afrique du Sud, était récemment à bord du navire de sauvetage «Sea Eye 4», qui secourt les réfugiés en Méditerranée. Le 26 septembre 2021, il confirmera des jeunes dans la paroisse zurichoise de Maria Lourdes.

Raphael Rauch, kath.ch, et KNA/traduction et adaptation: Raphaël Zbinden

La paroisse de Maria Lourdes l’annonce de façon modeste et discrète dans le magazine paroissial zurichois Forum: «Cette année, nous célébrerons la confirmation, le 26 septembre, avec l’évêque Michael Wüstenberg.»

C’est en fait l’un des évêques les plus fascinants d’Allemagne que la paroisse a réussi à faire venir. Mgr Michael Wüstenberg est un évêque retraité particulièrement engagé dans la solidarité et la charité.

Né à Dortmund il y a 67 ans, il est devenu prêtre à Hildesheim, en Basse-Saxe, avant de s’installer en Afrique du Sud. Il a été nommé évêque d’Aliwal, à l’est du pays, en 2008. Le pape François a accepté sa démission en 2017, pour des raisons de santé. Il est ensuite retourné dans le diocèse de Hildesheim, toujours animé par la lutte pour la justice. Au printemps 2021, il était en tant qu’observateur à bord du navire de sauvetage «Sea Eye 4», en grande partie financé par l’Eglise protestante allemande.

Début mai, l’évêque a accordé une interview à l’agence d’information allemande Katholische Nachrichtenagentur (KNA) à propos de son expérience sur le bateau.

Pourquoi était-il important pour vous d’accompagner le Sea-Eye 4 en Méditerranée?
Mgr Michael Wüstenberg:
Lorsque j’étais encore évêque à Aliwal, la nouvelle des réfugiés se noyant au large de Lampedusa m’est parvenue. Même si aucun Sud-Africain n’était impliqué, des personnes du continent où je me trouvais étaient concernées. Ça m’a vraiment touché, à l’époque. C’est pour ça que je voulais aller sur l’un de ces bateaux de sauvetage.

Quelles expériences avez-vous faites à cette occasion?
J’ai été très impressionné par les jeunes à bord qui se sont portés volontaires, par leur engagement et leur éthique de travail. Ils ont été forgés par la vision commune de faire quelque chose pour sauver des personnes.

Que rapportent avec eux les personnes qui participent à des missions de sauvetage?
Une femme d’Uruguay, notamment, a insisté sur ses expériences avec les femmes qui ont fui leur pays. Elles ont souvent vécu des expériences très traumatisantes. On s’étonne parfois que les femmes sur les navires donnent naissance à des bébés. De nombreuses femmes ont ces enfants parce qu’elles ont été violées dans les camps en Libye. Un membre du personnel m’a dit que ses missions de sauvetage avaient changé sa vie.

Quelles autres pensées ont traversé votre esprit?
Lorsque je montais sur le pont, le matin, et que je regardais au loin, je pensais beaucoup à notre Doctrine sociale catholique. Je ne suis pas sûr qu’elle soit bien ancrée dans la conscience des fidèles. Elle formule que les biens du monde sont pour tous. Le bien commun et la solidarité jouent également un rôle important. C’est là que je vois de nombreux déficits en Europe lorsqu’il s’agit d’accueillir des réfugiés.

Que voulez-vous dire?
Nombreux sont ceux qui critiquent l’Italie parce qu’elle refuse l’accès de ses ports aux navires de secours. Mais je constate aussi un manque de solidarité des autres pays envers l’Italie. Le fait que certains pays ne veulent pas accueillir plus d’un petit nombre de réfugiés n’est ni chrétien ni social.

«Chacun d’entre nous a la responsabilité de repenser son propre mode de vie et de veiller à une distribution plus équitable des biens»

L’Église fait-elle assez pour lutter contre la mort des réfugiés en Méditerranée?
Il faut dire que beaucoup de choses sont en place. Certains diocèses ont explicitement soutenu les missions de sauvetage, d’autres les soutiennent tacitement, également financièrement. Il existe de nombreuses initiatives dans les paroisses qui aident les réfugiés à s’installer en Allemagne. Le pape François a fait son premier voyage en tant que chef de l’Église à Lampedusa et a célébré son office sur un autel fabriqué à partir d’une épave. Bien sûr, on peut toujours en faire plus. Par exemple, je souhaiterais qu’au niveau européen, certains évêques s’expriment encore plus clairement auprès de leurs gouvernements. Dans un esprit d’humanité, il est urgent que l’Église prenne la défense des réfugiés.

Votre voyage d’accompagnement a-t-il également été critiqué?
Un de mes tweets a suscité des réactions très virulentes de la part de la droite espagnole. En tant que société, nous devons apprendre à parler des autres de manière positive, même si nous ne soutenons ou ne comprenons pas certaines causes. Nous devrions également parler des réfugiés et des opérations de sauvetage de manière positive. Il s’agit de personnes et de dignité humaine.

L’engagement des sauveteurs en mer fait également l’objet de critiques répétées dans certains milieux de la société. Qu’en pensez-vous?
Chacun a le droit d’exprimer des critiques. J’ai l’impression que nous devons faire comprendre encore plus clairement que les réfugiés et aussi les migrants de la pauvreté ont des raisons de fuir. Certains d’entre eux renvoient à notre passé colonial et à notre mode de vie actuel, qui se fait au détriment de ces personnes. Chacun d’entre nous a la responsabilité de repenser son propre mode de vie et de veiller à une distribution plus équitable des biens.

Quelles sont vos demandes vis-à-vis de la politique en ce qui concerne la situation des réfugiés?
Le monde politique doit faciliter la situation pour les réfugiés. Il est scandaleux qu’ils soient refoulés vers les camps libyens où règnent des conditions inhumaines. Le comportement de l’Europe est un scandale, y compris au regard des valeurs qu’elle représente. Nous avons besoin de conditions d’accueil humaines et nous devons lutter contre les causes de la migration. Même s’il s’agit d’une entreprise très laborieuse et à long terme.

Comment voulez-vous vous impliquer à l’avenir?
Après mon voyage, je souhaite que la question des réfugiés reste dans l’actualité de l’Eglise. Je voudrais promouvoir le fait que nous en parlions d’une manière positive et amicale et que nous voyions et reconnaissions les besoins des personnes. En outre, j’envisage toujours de participer activement à une mission de sauvetage. (cath.ch/kath/rr/kna/rz)

Michael Wüstenberg, évêque émérite d'Aliwal (Afrique du Sud), le 26 avril 2021 à bord du bateau de sauvetage Sea Eye 4. | © KNA
20 juillet 2021 | 17:00
par Rédaction
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