Lourde responsabilité d’Israël dans le blocage de la paix
Mission oecuménique française en Israël et en Palestine
Paris, 25 novembre 1999 (APIC) Les pèlerins chrétiens qui se rendront en Terre Sainte en l’an 2000 doivent être attentifs aux situations humaines et sociales des peuples de la région. Telle est la principale recommandation de la délégation de la Cimade-Service oecuménique d’entraide et du Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD) qui vient d’achever une visite de leurs partenaires palestiniens et israéliens ainsi que des responsables religieux chrétiens, juifs et musulmans. Les membres de la délégation ont été frappés par la complexité de la situation et la lourde responsabilité d’Israël dans le blocage du processus de paix.
Le pasteur Jean-Arnold de Clermont, président de la Fédération protestante de France, a tenu d’abord à rendre un vibrant hommage à Mgr Jacques Delaporte, archevêque de Cambrai décédé à Jérusalem le 21 novembre à la veille de rejoindre la délégation œcuménique. «Sa place à nos côtés est restée cruellement vide».
La délégation du CCFD et de la Cimade souligne combien la formule «Une Terre, deux peuples, trois religions», ne permet pas de résumer la complexité de la situation. Ses membres ont été «sans cesse témoins de la position des Palestiniens partagés entre d’une part leur quête de reconnaissance et dignité constamment bafouées et leur volonté de croire à une paix qui se construit pas à pas». Les chrétiens de Palestine craignent d’être marginalisés dans un processus touristique de masse, au détriment de la reconnaissance de leur place incontournable dans le processus de paix et pour le dialogue interreligieux.
Les pèlerins chrétiens qui se rendront sur les lieux saints pour le Jubilé de l’an 2000 sont donc appelés à être attentifs aux réalités sociales, économiques et religieuses d’Israël et de la Palestine.
La responsabilité d’Isräel
La délégation de la Cimade et du CCFD redit pourtant sa conviction qu’un processus de paix est possible. A condition que les accords soient respectés, ce qui n’est malheureusement pas le cas. Pour le président du CCFD, Gilbert Auger, il faut cependant «dépasser les positions radicales et toute généralisation hâtive tant la complexité habite cette terre». Il évoque sans détour la responsabilité israélienne : multiplication des contrôles ségrégatifs des militaires israéliens, attitudes hostiles de colons, empiétement des colonies sur le territoire palestinien, etc. Mais aussi la part très active d’Israël dans la dégradation de l’image des Palestiniens, désignés comme terroristes auprès des Occidentaux. Et d’estimer qu’il faut sortir de la mise en place systématique de frontières, tant territoriales que politiques, sociales, religieuses, etc.
A Nazareth, on peut s’entendre
L’affaire de la mosquée de Nazareth ? Pour Jean-Arnold de Clermont, c’est une illustration de la complexité de la situation car cette question peut être lue selon quatre perspectives. Un : un affrontement frontal entre musulmans intégristes et Palestiniens chrétiens. Deux : la responsabilité de l’Etat d’Israël, propriétaire du terrain convoité par les uns et les autres, soucieux de diviser pour régner. Trois : la responsabilité chrétienne face à un insuffisant dialogue au jour le jour avec les musulmans. Quatre : la responsabilité conjointe des Palestiniens chrétiens et musulmans car il y a une possibilité de s’entendre. Et d’évoquer une petite mosquée avec un petit haut-parleur, guère gênants, de même qu’un dommage esthétique non conséquent.
Antisionisme ne signifie pas antisémitisme
Les chrétiens d’Occident ne sont-ils pas divisés entre ceux qui sont plus sensibles à la nécessité de tendre la main à nos frères juifs et ceux qui sont plus sensibles au «péché» d’Israël face aux Palestiniens ? Jean-Marc Dupeux répond qu’on peut à la fois aimer quelqu’un et le réprimander quand c’est nécessaire. Et de souligner que ce n’est pas rendre service aux juifs d’Israël que de les laisser s’enfermer dans une politique aussi répressive et coloniale. Bref, qu’il ne faut pas faire l’amalgame entre antisionisme et antisémitisme. (apic/jcn/mp)



