«Mon fils se drogue à l’héroïne». La stupéfaction et l’angoisse se mé-

langent, se lisent sur le visage du père et de la mère. Leur fils n’a pas

18 ans. «On pensait que cela n’arrivait qu’ailleurs, chez les autres…» Ce

témoignage a marqué le départ d’une enquête menée par l’APIC sur Fribourg

et le canton. Dans les écoles de la ville et dans les centres spécialisés,

auprès de la brigade des stups et dans les lieux «chauds». Un regard sur

l’ampleur du problème qui laisse songeur… «Aucun village du canton

n’échappe à ce fléeau aujourd’hui… la campagne comme la ville sont touchés», affirme-t-on du côté de la police.

Le décès, par overdose, la semaine passée d’un jeune homme, dernière

victime dans le canton des assassins-trafiquants a anéanti une famille. Un

drame de plus de la drogue. Mais une indifférence de plus aussi de la part

d’une société tiraillée entre la répression et la main tendue, entre la politique du bâton et de la carotte, enfermée dans ses contradictions et ses

problèmes. Répercutant auprès d’une jeunesse le mal être et le mal de vivre. Drame du chômage et avenir incertain, discrédit de la classe politique… Familles divisées et écartelées. Rupture dans un monde en manque de

tendresse et d’affection. Fribourg n’est pas Berne ni Zurich. Elle est

pourtant le reflet de ce qui se passe ailleurs en Suisse romande par exemple.

Plus de 20’000 consommateurs irréguliers de drogues illicites, douces ou

dures voire les deux à la fois, soit près de 10% des habitants du canton;

entre 1’200 et 1’500 toxicomanes touchant le 3% de la population jeune. Les

chiffres avancés par……….. laissent perplexe. Selon lui, les morts par

overdose, qui se situaient auparavant annuellement entre 0 et 3 sont passés

à huit puis à onze… pour retomber l’an dernier à trois… «

Réalité des chiffres. Réalité tout court, qu’aucun spécialiste n’élude

du reste, et surtout pas dans les écoles, même si d’une manière générale,

on se refuse à dire que le problème à pris plus d’ampleur par rapport aux

années passées. Un avis que ne partage pas le docteur Maye: «Je suis impressionné de voir à quel point le nombre de jeunes qui viennent me voir

est maintenant en augmentation depuis cinq ans que je suis à Fribourg. Je

suis effrayé du nombre de jeunes toujours plus jeunes qui se présentent à

ma consultation».

Mardi 22 heures. Dans un établissement public de la ville, Jean – appelons-le ainsi – consomme une bière après avoir effectué un voyage à Zurich.

La voix hésitante et trainante, le regard flou… il accepte de

témoigner, moyennant la précaution de taire son nom. «Le gramme d’héroïne

est meilleur marché là-bas qu’ici. Entre 50 et 70 francs, alors qu’il se

vend entre 100 et 120 francs à Fribourg». Des chiffres que confirment du

reste ,,,,,,,,. Il y a deux ans, «j’avais même pas 20 ans», Jean, alors au

bénéfice d’un emploi, a emprunté 20’000 francs dans une banque de la capitale où les prêts se distribuent aussi facilement que les bonbons – «Il

étaient même allés jusqu’à m’en proposer 30’000» -. «A l’époque, dit-il, je

trafiquais plus que je ne consommais… aujourd’hui, mon voyage de Zurich

me permets de consommer et de vendre le reste afin de rentrer dans mes

frais».

Les quelques grammes destinés à la vente trouveront facilement preneur.

Sous mes yeux, dans un autre endroit du centre-ville à peine une heure plus

tard. Le cas de Jean n’est pas unique. Une somme peu ou prou identique

avait été accordée par une banque de Romont à un jeune homme de la région,

pourtant connu pour son implication dans le trafic de drogue. X est aujourd’hui devenu dépendant de la drogue. Sa volonté de s’en sortir ne semble pas feinte. «J’ai retrouvé un emploi… et je me suis approché de la

même banque pour qu’elle m’octroie au autre prêt – l’autre étant remboursé

depuis longtemps – de 4’000 francs pour l’achat d’une voiture. Qu’on m’a

refusé».

21 mars 1994 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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