Aucune religion ne peut justifier cet acte, selon cheikh Fadlallah
Monde arabe: Religieux chrétiens et musulmans condamnent les attentats terroristes anti-US
Beyrouth/Le Caire/Bethléem/Washington/Rome, 13 septembre 2001 (APIC) Les religieux chrétiens et musulmans du monde arabe ont condamné à l’unisson les attentats terroristes qui ont visé des symboles de la puissance américaine, les tours jumelles du World Trade Center à New York, et le bâtiment du Pentagone, à Washington. Aucune religion au monde ne peut justifier cet acte, a ainsi déclaré cheikh Mohammed Hussein Fadlallah, ordinairement très critique à l’égard de la politique américaine au Moyen-Orient.
L’ouléma chiite – visé lui-même par une voiture piégée le 9 mars 1985 qui avait fait plus de 80 morts à Beyrouth, une action attribuée à la CIA – s’est dit «horrifié» par ces attentats. Tout en se déclarant hostile à la politique suivie par les Etats-Unis, notamment envers le peuple palestinien et les peuples arabes et islamiques, cheikh Fadlallah a dit rejeter les méthodes des terroristes «quels qu’en soient les auteurs» qui prennent pour cibles des civils innocents.
Du point de vue de la charia, la loi islamique, affirme ce leader spirituel du Hezbollah, il n’est pas permis de faire face aux Etats-Unis de cette manière: «Aucune personne sensée ne peut accepter qu’un peuple subisse ce qu’a subi le peuple américain».
Condamnation en Egypte, en Palestine et au Liban
Le leader chiite avait appelé à boycotter les produits américains «afin que l’Administration américaine comprenne que le monde islamique veut la sanctionner en raison de son hostilité au peuple palestinien et de son soutien à Israël, mais nous n’acceptons pas que les Etats-Unis soient confrontés à de telles méthodes». Lui faisant écho, le recteur de la mosquée d’Al-Azhar, au Caire, cheikh Sayed Tantaoui, la plus haute autorité de l’islam sunnite, a également fermement condamné les attentats terroristes de New York et Washington. Au Caire, il a été rejoint par le pape Chénouda III, chef de l’Eglise copte orthodoxe d’Egypte. Il a qualifié les auteurs de personnes «sans conscience» qui ne méritent pas d’être appelés êtres humains et rappelé que l’islam condamne de tels actes.
Dans des lettres adressées aux autorités religieuses catholiques aux Etats-Unis, le patriarche maronite du Liban, le cardinal Nasrallah Sfeir, s’est dit choqué par l’attaque «soudaine et inhumaine qui vient de frapper votre cher pays, nous nous joignons à (vous), à la hiérarchie catholique et au peuple des Etats-Unis dans la prière pour les victimes, leurs parents et pour le triomphe des valeurs chrétiennes et humaines dans le monde».
Le mufti de la République libanaise, cheikh Mohammed Rachid Kabbani, a, lui aussi condamné cet «acte terroriste et laid, au même titre que tout acte terroriste prenant des innocents pour cibles». Le chef religieux sunnite a présenté ses «condoléances les plus émues au peuple américain ami que nous aimons et apprécions ainsi qu’à l’administration américaine». Responsable de l’autre communauté musulmane du Liban, cheikh Abdel Amir Kabalan, vice-président du Conseil supérieur chiite, a déclaré que l’attaque menée contre Etats-Unis était «condamnable par la religion et par la loi humaine». Un tel acte est à ses yeux contraire à l’humanité, parce qu’il vise des civils innocents qui devraient être à l’abri de toutes les divergences politiques.
Crime contre la société américaine et contre l’humanité
«Ce qui s’est passé aux Etats-Unis secoue les consciences tout comme les massacres et les crimes perpétrés par les bandes sionistes contre les Palestiniens», a ajouté le leader chiite. Le leader politique druze Walid Joumblatt, dans un message adressé au président américain George W. Bush, a qualifié les attentats de «crime contre la société américaine et contre l’humanité».
Le ministre libanais de l’Information, Ghazi Aridi, faisant allusion aux quelques manifestations «indécentes» de joie qui ont spontanément éclaté dans les territoires palestiniens et les camps de réfugiés au Liban, a relevé que même si les sentiments anti-américains au Moyen-Orient sont exacerbés, «ce n’est pas une raison pour avoir des réactions inconsidérées».
Contre l’hystérie anti-islamique et anti-palestinienne
Alors que la population arabo-musulmane vivant aux Etats-Unis a été la cible de quelques agressions verbales et physiques – des vitres de mosquées ont été brisées, des tirs dirigés contre des institutions islamiques, principalement au Texas – des leaders religieux de tous bords mettent en garde contre l’hystérie anti-islamique et anti-palestinienne qui se développe. Dans plusieurs villes américaines, les mosquées et les centres islamiques ont été placés sous surveillance de la police 24h sur 24.
Des messages de haine ont été diffusés sur internet et les groupes arabo-américains ont reçu des appels téléphoniques racistes et des menaces de mort. Près de 3 millions d’Américains sont d’origine arabe, dont la moitié sont des descendants de Libanais. Plusieurs d’entre eux sont morts sous les décombres des immeubles effondrés.
Le gouvernement israélien a saisi l’occasion de ces attentats pour justifier ses actions militaires contre la population palestinienne sous prétexte de lutte contre le terrorisme, dénoncent les milieux chrétiens sur place.
Dans un message à ses amis américains, qui soutiennent ses projets de développement à Bethléem, sur le territoire de l’Autonomie palestinienne, le pasteur luthérien Mitri Raheb fait part de la profonde tristesse des Palestiniens face à la tragédie vécue aux Etats-Unis. Responsable de l’Eglise luthérienne de Bethléem, le pasteur Raheb affirme que la majorité des Palestiniens ont été choqués et attristés par ce qui est arrivé aux Etats-Unis.
Une volonté de déshumaniser les Palestiniens
Le responsable chrétien palestinien a déploré la volonté de certains médias de déshumaniser les Palestiniens en montrant une minorité extrémiste célébrer l’attentat anti-américain. «Une telle campagne médiatique suit la même logique que celle des terroristes, car elle essaye délibérément de punir sans discrimination des gens innocents». Et de regretter qu’on ait d’emblée associé les Palestiniens aux auteurs des attentats plutôt qu’aux victimes, incitant ainsi contre eux la haine et légitimant l’agression perpétrée contre les populations qui subissent des bombardements, l’assassinat de leurs leaders politiques et la destruction de leur économie.
De son côté, le Vatican, tout en préconisant des mesures de lutte décisive contre le terrorisme, a mis en garde contre une nouvelle phobie visant tout ce qui est musulman ou arabe. Le président de la Conférence épiscopale allemande, le cardinal Karl Lehmann, a lui aussi demandé une «très grande discipline» pour éviter les préjugés collectifs contre les musulmans et que soit instrumentalisée la peur des fondamentalistes. Hans Küng a demandé depuis Tübingen, où il réside, de ne pas peindre l’islam comme le diable sur la muraille. Le théologien catholique critique a estimé nécessaire de ne pas voir seulement le symptôme de la violence, mais d’en combattre les causes, dont certaines prennent leur racine dans le conflit au Moyen-Orient.
Mise en garde contre une nouvelle islamophobie
Commentant les attentants de New York et de Washington, le Père franciscain David Jaeger, un prêtre catholique israélien d’origine juive, a dénoncé le danger d’une nouvelle islamophobie. Juriste auprès de la custodie franciscaine de Terre Sainte, à Jérusalem, le Père Jaeger a souligné que «le monde civilisé devait s’unir dans une lutte implacable contre le terrorisme, les gens qui mènent ces actions et les nations qui les soutiennent». «Nous devons une fois pour toutes cesser d’être indulgents face à ces régimes. On a parfois l’impression que certains pays occidentaux sont prêts à fermer les yeux sur les pays qui financent le terrorisme, dans le but de favoriser leurs propres intérêts économiques. Cela doit cesser!».
Le Père Jaeger met toutefois en garde contre le réel danger de l’islamophobie, «qui pourrait devenir l’antisémitisme de notre époque». Le fait qu’un terroriste ou un tueur puisse s’appeler lui-même un islamiste ne dit encore rien sur l’islam en tant que religion ou sur les fidèles musulmans en général, qui sont plus d’un milliard dans le monde, a-t-il déclaré à l’agence vaticane FIDES. «Nous devrions nous souvenir que certains des plus grands criminels de guerre dans les Balkans affirmaient défendre la chrétienté». (apic/fides/bbc/orj/cic/kna/be)



