Le judaïsme comme humanisme

Monde: Centenaire de la naissance d’Emmanuel Lévinas le 12 janvier 2006

Paris, 10 janvier 2006 (Apic) De nombreuses manifestations auront lieu dans le monde durant l’année 2006 en hommage au philosophe français d’origine lituanienne, né le 12 janvier 1906 (30 décembre 1905 au calendrier julien), décédé le 25 décembre 1995.

Emmanuel Lévinas, dont on fête le centenaire de la naissance le 12 janvier 2006, a développé une pensée au carrefour de la phénoménologie et de la philosophie existentielle.

Suite à son expérience de quatre ans de captivité dans un camp de travail dans l’ Allemagne hitlérienne, l’expérience de l’humiliation et la souffrance «inutile» le conduisent à professer son judaïsme comme un humanisme.

Etudiant à Freiburg-am-Brisgau (Allemagne) Lévinas découvre la phénoménologie allemande. Sa pensée se situera au centre de se la phénoménologie et de la philosophie existentielle. Elle présente l’humanisme comme «lieu éthique» de la transcendance. Tournée à la fois vers le passé (mémoire) et vers le futur, cette pensée arrache le sujet au moi pour le situer dans une humanité.

Emmanuel Lévinas a été profondément blessé par l’antisémitisme. L’expérience de l’humiliation et la souffrance «inutile» le conduisent à professer son judaïsme comme un humanisme. En partant de son expérience de la guerre et du stalag, Lévinas déconstruit la philosophie de l’être et propose une philosophie de l’autre. Entre l’hitlérisme et la responsabilité d’enseigner aux générations futures le»devoir de mémoire», Lévinas s’efforce de porter sur l’histoire un regard sans haine.

Etre responsable pour les autres à l’infini

Lévinas n’a pas été à Auschwitz, mais il y a perdu toute sa famille. Pour lui, survivre est un privilège. Mais dans cet «ajournement» de la mort, il fait l’expérience d’une liberté qui devient responsable pour l’autre à l’infini.

Chez Emmanuel Lévinas, la notion de transcendance émane de l’humanité souffrante. Il ne cherche pas à donner des preuves de l’existence de Dieu. Ce n’est pas Dieu qui est recherché dans le prochain, mais l’Autre.

Lévinas est né à Kovno en Lituanie le 30 décembre 1905 (le 12 janvier 1906 selon le calendrier grégorien, alors dans l’empire russe,) naturalisé français en 1930 et décédé le 25 décembre 1995. Fils de Jehiel Levyne (Lévinas) et de Déborah Gurvic, Emmanuel est l’aîné d’une famille de trois garçons. Son père est libraire et la famille parle russe. Un professeur particulier apprend aux trois enfants l’hébreu à partir de la lecture de la Bible.

La guerre de 1914-18 pousse la famille à fuir en Russie à Karkhov (Ukraine) jusqu’en 1920. C’est là qu’Emmanuel Levinas entre au lycée, malgré le numerus clausus permettant seulement à cinq enfants juifs d’y être admis. Il y lit entre autres écrivains russes Pouchkine, Lermontov, Tolstoï et Dostoïevski.

Au cours des années 20, Lévinas se rend à Strasbourg pour suivre des études de philosophie (1923-1927). Il rencontre Maurice Blanchot avec lequel il entretiendra une profonde amitié.

De 1928 à 1929, il est l’élève, à Freiburg-am-Brisgau (Allemagne) de Husserl puis de Heidegger. Après avoir soutenu sa thèse de doctorat Théorie de l’intuition dans la phénoménologie de Husserl, en 1930, il s’établit à Paris. Marié à Marguerite Raïssa Lévi, en 1932, il travaille à l’Alliance Israélite Universelle (A.I.U.) de 1933 à 1939. La famille aura trois enfants, dont l’un meurt en bas âge.

Colloque à Paris le 12 janvier

Lévinas est mobilisé en 1939, fait prisonnier et transporté en Allemagne, près de Hanovre. De 1964 à 1975, le philosophe entreprendra sa carrière universitaire. Celle-ci le conduira de Poitiers à la Sorbonne (1973). Emmanuel Lévinas décède à Paris le 25 décembre 1995 Un colloque à Paris le 12 janvier et de nombreuses manifestations en Lituanie, en Israël, en Chine, aux Etats-Unis, en Afrique du sud sont organisées dans les mois qui viennent. (apic/ag/job/vb)

10 janvier 2006 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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