Monica Gervasoni Schalk:
Une seule des huit femmes contactées par la coordinatrice du groupe d’initiative a accepté de répondre à l’APIC, malgré la garantie de l’anonymat le plus total. C’est dire les craintes qui existent encore. Sans hésitation Monica Gervasoni Schalk a donné son accord et renoncé à l’anonymat. Elle a désormais une vie de famille normale.
Monica Gervasoni Schalk, 33 ans a connu son mari il y a douze ans à la Faculté de théologie de Lucerne. Après quatre ans d’une liaison plus ou moins cachée, interrompue par une séparation d’un an, ils ont décidés de se marier. Aujourd’hui ils ne regrettent nullement leur décision, affirme Monica Gervasoni Schalk.
APIC : Quand vous êtes-vous décidée à adhérer au Groupe d’initiative ?
MGS : Lorsque j’ai acquis la conviction qu’il fallait se tourner vers l’avenir. J’avais lu l’adresse de contact dans le périodique >. Le cas de l’évêque Vogel faisait alors l’actualité. C’est ce qui m’a donné l’ultime impulsion . Mais il s’agit d’abord de tirer au clair la situation avant de faire le pas décisif. Depuis lors, mon mari et moi partageons une charge de théologiens laïcs dans une paroisse.
APIC : Que vous apporte personnellement le Groupe d’initiative ?
MGS : Beaucoup. Les échanges entre membres m’aident à faire le point sur ma propre histoire. En outre, je peux encourager des femmes se trouvant dans une situation difficile, en leur faisant part de mes propres expériences.
APIC : Quels sont, à votre avis, les points forts et les faiblesses du groupe ?
MGS : Points forts et faiblesses sont très proches. Je juge positive la diversité du groupe. Chaque personne est impliquée dans une situation spécifique. Il s’y trouve aussi des femmes qui, comme moi, désirent faire entendre leur voix et s’engager davantage encore. Nous pourrions bien sûr suivre notre propre chemin, mais les femmes encore en situation difficile n’y trouveraient pas leur compte.
APIC : Votre mari compte-t-il au nombre des hommes qui aimeraient participer à de telles réunions ?
MGS : Oui, mon mari aimerait beaucoup y participer, mais je ne crois pas, quant à moi, que ce soit judicieux. Les besoins du groupe sont déjà suffisamment différents. Les hommes pourraient très bien s’organiser entre eux.
APIC: Comment votre entourage a-t-il réagi à votre décision ?
MGS : Sur le fond, j’ai pu me rendre compte à quel point la société réagit mal, lorsque quelqu’un prend un chemin inhabituel. Certaines réactions, anonymes, ont été particulièrement violentes. Notre évêque a lui aussi réagi de manière très émotionnelle. Il a insisté pour que nous nous séparions. Dans son optique, un homme infidèle à l’Eglise ne peut rester fidèle à sa femme. Les parents de mon mari ont eux aussi réagi très négativement. En revanche, mes parents et amis, qui étaient au courant des choses dès le début, se sont réjouis avec moi.
APIC : Avez-vous connaissance de relations qui, après la réduction du prêtre à l’état laïc, n’ont pas eu d’issue heureuse ?
MGS : Bien entendu ! En masse, même. Les lois du mariage sont en effet les mêmes que partout ailleurs. Parfois, les relations n’ont pas de durée, ou alors finissent par un divorce. Que certains prêtres regrettent leur démarche, je peux aisément me l’imaginer. Je connais cependant aussi des femmes qui ont été exploitées de manière éhontée par des prêtres.
APIC : Pensez-vous pouvoir obtenir quelque chose en faisant entendre votre voix ?
MGS : Nous avons déjà participé à des émissions de télévision. Il m’arrive de tenir des conférences dans certaines paroisses. Ce qui me tient particulièrement à cœur, c’est de sensibiliser les théologiens pendant leurs études. Je leur raconte lors de mes exposés, ce qu’a été ma situation antérieure et celle de mon mari. J’ai aussi de bonnes relations avec l’Eglise officielle. Peut-être que quelque chose avancera aussi à l’évêché.
APIC : Si vous aviez à faire un pronostic : quand le célibat des prêtres sera-t-il aboli ?
MGS : Je crois que cela se passera avant le tournant du millénaire. Peut-être même que les évêques devront prendre isolément l’initiative, lorsque le célibat des prêtres n’apparaîtra plus à l’Eglise et aux hommes comme une option défendable. Je suis cependant consciente de ce que ce pronostic est un mélange de ce que je crois, et de ce que j’espère. (apic/sg/job/fd)



