Monique et Pascal Dorsaz accompagnent les couples | © R. Zbinden
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Monique et Pascal Dorsaz accompagnent les couples | © R. Zbinden

Monique et Pascal Dorsaz: un couple "comme les autres" au service de la vie à deux

12.02.2019 par Raphaël Zbinden

Monique et Pascal Dorsaz travaillent ensemble depuis des années pour accompagner d’autres couples au sein de la pastorale des familles dans le canton de Vaud. A l’occasion de la Saint-Valentin, le 14 février, regard sur un itinéraire de vie où passion et vocation cheminent main dans la main.

A dix jours de la fête des amoureux, il fait un froid glacial dans les rues de Saint-Maurice (VS), où habitent les Dorsaz. Une profonde chaleur émane pourtant des échanges de regards et des rires entre Monique et Pascal à l’heure de la séance photo. Un couple dont la proximité et la complicité semblent toujours bien présentes après plus de 30 ans de mariage.

Soirée de Saint-Valentin pour renforcer le couple

La Saint-Valentin est pour eux un des moments phares de l’année. Avec la traditionnelle soirée, à la paroisse St-Amédée à Lausanne, destinée à renforcer la communion au sein des couples. En 2019, l’événement propose une nouveauté: une messe avec bénédiction des couples. Suit le traditionnel repas aux chandelles avec une thématique de réflexion. “Cette année, nous avons mis l’accent sur la ‘temporalité’ du couple, indique Monique. Nous donnons au cours de la soirée des clés de lecture et des impulsions de discussions sur des sujets tels que la routine dans le couple, les moments charnière, ou encore l’éternité”. Monique a fabriqué les petit sachets où chacun peut glisser, à destination de son conjoint, des idées de rendez-vous, de rites, ou de surprises qui lui tiennent à cœur.

L’organisation de cette soirée n’est qu’une des nombreuses tâches que les Dorsaz réalisent en commun depuis une trentaine d’années.

Prêtrise ou mariage?

Bien des obstacles et des différences auraient pu empêcher le vigneron de Fully (VS) et la “citadine”, qui est née à Lausanne et a vécu sa jeunesse à Sion, de se trouver. Des différences dont ils sont cependant persuadés qu’elles sont une “richesse”.

“La famille vit plus de 23 ans à Sion, dans une belle dynamique communautaire”

Pour Pascal, au début des années 1980, une belle carrière de viticulteur, vigneron encaveur se profile. Mais il sent un appel de Dieu à Le servir. Il est depuis son jeune âge engagé dans les milieux d’Eglise, fréquentant les scouts ou des groupes de prière dans le mouvement du Renouveau charismatique. Le prêtre local lui conseille le chemin de la prêtrise. Mais Pascal ne se sent pas du tout une vocation au célibat. Il décide néanmoins d’entrer au séminaire du diocèse de Sion, à Fribourg, se disant que le Seigneur lui montrera s’il s’agit ou non du bon chemin. Après deux ans de vie au Salésianum, dans le quartier du Jura, le célibat lui pose toujours problème. Il se sent cependant comme un poisson dans l’eau dans ses études de théologie à l’Université de Fribourg.

Passion biblique

Sur ces bancs, il rencontre Monique. A l’âge de 21 ans, après un an de mathématiques à Zurich, la Valaisanne d’origine singinoise y approfondit sa passion pour la Bible. Un “virus” contracté lors d’un séjour avec des groupes bibliques au Grand-Saint-Bernard (VS). La voie de la théologie s’était imposée à elle, quand bien même un prêtre lui avait dit que “ce n’est pas pour les filles”.

A l’université, les deux Valaisans se fréquentent un certain temps avant de se rapprocher.

Mais Pascal a encore des doutes et il effectue un intense travail de discernement pour faire son choix entre la prêtrise et le mariage. “Il était important pour moi de faire la différence entre l’appel vers une personne et l’appel vers une vocation fondamentale”, explique-t-il. Vers la fin de ses études, il renonce finalement à devenir prêtre. Il demande cependant au recteur du séminaire de pouvoir terminer son cursus parmi les séminaristes, ce que ce dernier accepte.

Union et communion

Diplômes en poche, le couple trouve rapidement du travail. En binôme, ils sont engagés pour la pastorale dans la paroisse de St-Guérin, à Sion, en 1987. Hasard ou signe? Ils se marient quatre jours seulement après le début de leur engagement conjoint dans la communauté. En tant que laïcs mariés oeuvrant dans la pastorale, ils apparaissent comme une nouveauté dans le Valais de cette époque, où ces fonctions restent principalement occupées par des prêtres ou des religieux. “Nous nous sommes malgré tout rapidement sentis en communion, d’abord entre nous, et ensuite avec toute la communauté paroissiale”, assurent les Dorsaz. La pastorale des familles n’existe alors pas encore. Ils s’occupent surtout de l’accompagnement des enfants, et sont par la force des choses beaucoup en contact avec les parents. Un domaine où le couple se sent également à l’aise.

La famille vit plus de 23 ans à Sion, dans une “belle dynamique” communautaire. “Nous avons pu expérimenter une communauté qui était une grande famille”, se souviennent-ils. Durant cette période, ils ont quatre enfants, deux filles et deux garçons.

De Sion à LGF

Une période qui prend fin lorsque l’évêque de l’époque, Mgr Norbert Brunner, les appelle à la pastorale du secteur de Monthey-Collombey-Muraz, en 2010. Leur nouvelle affectation ne se passe cependant pas sans difficultés. Des incompatibilités de points de vue avec des responsables de paroisse les amènent à devoir quitter le diocèse de Sion deux ans après leur arrivée.

“Ils voient la ‘fragilité’ de leur couple comme leur principale force”

Mais les compétences du couple intéressent du côté du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg (LGF), en recherche de personnel pour la pastorale des familles. Marc Donzé, alors vicaire épiscopal pour Vaud les invite à un entretien le Jeudi Saint, à l’heure de la messe chrismale. Au moment où les prêtres renouvellent traditionnellement leur engagement, on leur demande à nouveau de travailler ensemble pour l’Eglise! Pour les Dorsaz, un signe supplémentaire qu’ils ne se sont pas trompés de voie.

La fragilité comme force

A Lausanne, l’accompagnement des couples est l’une de leurs principales activités. Que ce soit pour la préparation au mariage ou les conseils face aux difficultés, Monique et Pascal peuvent utiliser au mieux leurs nombreuses années d’expérience. S’ils accueillent souvent les autres couples ensemble, il arrive qu’ils réalisent certaines tâches individuellement. C’est le cas des activités de la démarche “Revivre” qui accueille les personnes en situation de séparation. “Cela pourrait déstabiliser ces personnes d’être face à un couple”, explique le Valaisan.

Paradoxalement, ils voient la “fragilité” de leur couple comme leur principale force. “Nous ne voulons pas apparaître comme un couple parfait, une sorte de modèle à suivre, souligne Monique. Par le fait que nous ne cachons pas nos propres difficultés, nous pouvons comprendre et parler d’égal à égal avec les couples qui vivent les mêmes situations. Et rappeler que c’est au cœur de cette fragilité que Dieu nous rejoint”.

Faire connaître “La joie de l’amour”

Dans les projets de longue haleine, l’exhortation du pape François Amoris laetitia (2016) tient une place particulière. Le couple s’efforce de faire connaître les ouvertures proposées par le document, en insistant sur l’importance de l’intégration de tous dans la communauté, même des personnes en situation complexe.

“Dans notre travail, il s’agit de bien mettre en avant que les épreuves sont inévitables, souligne Monique. La question est de comment les vivre au mieux. Et ceux pour qui l’aventure du couple se solde finalement par un échec, qu’ils gardent la certitude que Dieu les aime malgré tout”. (cath.ch/rz)


Un nouveau guide de préparation au mariage

Le livret Se préparer au mariage guidés par le pape François, publié en 2018 chez Pierre Téqui éditeur, propose en six chapitres des clés pour entrer avec conscience et joie dans ce sacrement. En se référant à des passages d’Amoris laetitia du pape François, le théologien suisse Arturo Cattaneo explique comment “l’amour conjugal est le trésor que le couple est appelé à faire grandir et que le sacrement de mariage permet de fortifier”.

Arturo Cattaneo, né à Lugano (TI) en 1948, est prêtre de la prélature de l’Opus Dei depuis 1979. Il est docteur en droit canonique et en théologie, ainsi que consulteur pour le Dicastère pontifical pour les laïcs, la famille et la vie. RZ


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