Suisse: Des metteurs en scène au service de la liturgie

Monsieur le curé prend des cours de théâtre

Lucerne, 13 avril 29014 (Apic) Les célébrations doivent devenir plus captivantes. C’est pourquoi toujours davantage de prêtres fréquentent des cours de théâtre et apprennent à accomplir dignement les gestes rituels.

«Stop. On reprend.» Un metteur en scène donne des indications à des prêtres sur la façon d’accomplir des gestes ou de se déplacer, afin que leurs célébrations soient empreintes de professionnalisme. Alors que des prêtres du canton d’Argovie se font évaluer par des fidèles durant les messes, à Lucerne des leçons sont données par des metteurs en scène de théâtre. Pour la première fois, un tel cours a réuni 19 membres du clergé du canton de Lucerne, en février au couvent de Baldegg. Une 2e édition est prévue en octobre 2014, et une 3e en 2015. Le metteur en scène et acteur allemand Bernward Konermann, animateur de ces cours, affirme que «la demande devient toujours plus grande».

Le cours a été organisé par Thomas Villiger, co-responsable du Service «Développement de la paroisse et diaconie» de l’Eglise catholique romaine dans le canton de Lucerne. «Les agents pastoraux apprennent à utiliser tout leur corps et à communiquer avec tous les sens.» Ainsi, par exemple, un texte ne doit pas seulement être lu, mais intériorisé. Quelques exercices y contribueront. «Chaque sportif se prépare mentalement en vue de sa prestation, c’est aussi valable pour les animateurs de la célébration.» Et comment les prêtres et les assistants pastoraux maîtrisent-ils les cours de diction et de mise en scène? «Ils doivent parfois se familiariser avec ces exercices», lâche Bernward Konermann.

Le processus comprenant exercice, repérage des fautes et critique n’est pas donné à tous. La formation spirituelle des agents pastoraux est souvent «trop unilatérale et intellectuelle».

Le thème de la présence en liturgie est «traité intensivement»

Rolf Asal voit les choses autrement. Il est responsable de la formation au séminaire St. Beat à Lucerne, et accompagne les candidats à la prêtrise et les théologiens laïcs. «Durant leur cursus, les étudiants préparent régulièrement des célébrations et reçoivent une évaluation spécialisée», affirme-t-il. Après leurs études également, durant les deux années d’introduction à la pastorale, le thème de la présence en liturgie est «traité intensivement». Ainsi, une des 10 semaines thématiques prévues après le diplôme durant le temps d’introduction à la pastorale est entièrement consacrée à la liturgie.

Les agents pastoraux travaillent sur l’organisation correcte d’une célébration en compagnie de spécialistes de la liturgie, de musiciens et de professeurs de théâtre. On y aborde notamment des questions telles que: comment le prêtre doit se placer, comment soulever dignement le calice (sans que cela ne devienne théâtral), ou quelle musique choisir pour quel moment. «Durant la liturgie, les prêtres et les assistants pastoraux effectuent une forme de prestation publique. De telles représentations doivent être exercées, afin d’éviter de mettre les pieds dans le plat», affirme Rolf Asal. L’Eglise peut appendre beaucoup de choses des professionnels du théâtre, notamment au niveau de la mise en scène et de la chorégraphie.

Exprimer correctement les convictions intérieures

N’y a-t-il pas ne crainte de voir les célébrations devenir des représentations théâtrales? «Nus ne voulons pad faire de nos participants des acteurs de théâtre. Ce serait alors un spectacle.» On essaie plutôt «d’exprimer correctement les convictions intérieures», affirme, Rolf Asal. Il s’agit donc de présenter de façon parlante les contenus théologiques.

C’est finalement ce qu’attendent les fidèles. «Les participants aux célébrations sont devenus plus exigeants et se permettent d’exprimer des critiques à bon escient», souligne Rolf Asal, ajoutant: «Les gens sont habitués à zapper, et pas uniquement devant la télévision, lorsqu’un programme ne leur plaît pas.»

«La liturgie a une fonction bien particulière durant la célébration», souligne Thomas Villiger. Les cours avec des metteurs en scène ou des acteurs ne sont pas destinés à faire jouer une représentation, mais à acquérir une expression authentique.

Une personnalité charismatique seule ne suffit pas

Ce point de vue est également partagé par l’Eglise réformée. Thomas Schaufelberger, responsable de la formation initiale et continue de l’Eglise évangélique réformée dans les cantons de Suisse alémanique, l’affirme: «La conception de la célébration et une prédication passionnante font partie des tâches centrales de nos pasteurs.» Une personnalité charismatique seule ne suffit pas. Le métier, les qualités de prestation et la mise en scène sont également importants.

Lors de la formation continue et durant l’année d’introduction au terme de la formation de base, des metteurs en scène et des acteurs donnent des cours aux pasteurs, les filment à la vidéo et, à la fin, leur font passer un examen. Thomas Schaufelberger affirme que «beaucoup de pasteurs croient avoir de hautes compétences dans ce domaine, du fait qu’ils président chaque semaine des célébrations. C’est vrai dans beaucoup de cas, mais pas partout.» (apic/christundwelt/ch/bb)

13 avril 2014 | 11:43
par webmaster@kath.ch
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