Témoignage d’un ex-otage de Beyrouth

Montreux: apprendre à se parler au-delà des barrières (050893)

Caux-sur-Montreux, 5août(APIC)Jerry Levin, ancien chef du bureau à

Beyrouth de la télévision américaine CNN, et premier otage américain au

Liban, détenu pendant 11 mois par le Hezbollah, a apporté mercredi son

témoignage lors d’une session au Centre du Réarmement moral à Caux. «J’ai

fait un voyage intellectuel, émotionnel et ensuite spirituel vers la foi»,

a expliqué le journaliste.

Des participants de 64 pays sont réunis à Caux jusqu’au 12 août pour

échanger autour du thème: «Régions en crise, régions en convalescence: que

pouvons-nous apprendre les uns des autres ?»

«Jusque-là, je n’avais jamais eu le temps de penser pour moi-même, je ne

faisais pas de philosophie, je n’était pas croyant. Je devais parcourir le

monde et écrire des articles c’est tout.» Pour Jerry Levin, l’expérience de

la captitivé a été capitale: «N’ayant aucune lecture, aucune distraction,

rien à faire, c’est comme si on m’avait servi la méditation sur un plateau

d’argent. J’ai fait un voyage intellectuel, émotionnel et sprituel vers la

foi». Jerry Levin, aujourd’hui directeur de l’information de l’organisation

humanitaire «World Vision», a compris «qu’il ne fallait pas me préoccuper

de mes propres intérêts seulement, mais aussi de ceux des autres». «Dans la

majorité des cas, mon pays, les Etats-Unis, ne fait que défendre ses

propres intérêts dans ses interventions à l’extérieur. Mon rôle est

d’élever la voix contre cette attitude», a-t-il ajouté.

«Quand mon mari a été enlevé, a témoigné sa femme Sis, mon monde s’est

effondré, ma foi a été mise à rude épreuve. Mais j’ai eu confiance que Dieu

pourrait venir entre moi et mes ennemis. Nous devons apprendre à aimer même

les extrémistes comme Dieu lui-même les aime.» Issue d’un milieu privilégié

blanc du sud des Etats-Unis, elle a demandé à ses amis libanais: «Ne me jugez pas d’après le Ku Klux Klan et je ne vous jugerai pas d’après le

Hezbollah».

Au cour de la même rencontre, le juge Tarek Zadié, président de la Cour

d’appel de Beyrouth, a exprimé l’espoir de voir le Liban redevenir un espace spitituel de rencontre et de réconciliation. «Si le Liban veut exister,

et il le doit, c’est à nous Libanais, musulmans et chrétiens de le réinventer.»

En ouverture de la séance, le cardinal Franz König, ancien archevêque de

Vienne, a relevé qu’en élaborant des plans lors des conférences internationales, on a oublié l’homme. «En dernière analyse, on en revient toujours à

l’être humain et à sa réflexion spirituelle.» «L’être humain peut viser au

bien et pas seulement au mal», a souligné le cardinal. (apic/com/mp)

5 août 1993 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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