Des religieux romands au pouls du monde

Morges: Rencontre des missionnaires en congé 1998

Morges, 1er septembre 1998 (APIC) Une trentaine de religieux, religieuses et laïcs du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg, la majorité missionnaires outre-mer, se sont rencontrés samedi au centre de congrès de La Longeraie, à Morges. 20 pays du tiers monde étaient représentés. De l’Iraq sous embargo aux collines ensanglantées du Burundi, des hauts plateaux boliviens au désert algérien, le témoignage chrétien ignore les frontières et les contingences de la géopolitique.

La traditionnelle rencontre des missionnaires en congé est à chaque fois l’occasion de prendre le pouls du monde, de connaître non seulement les souffrances indicibles de nombreux peuples du Sud, mais encore de découvrir leurs luttes et leurs espoirs, la créativité et la vitalité des Eglises issues des missions. De prendre conscience encore de l’inéluctable vieillissement des participants, reflétant sans conteste l’évolution démographique des congrégations: religieux de plus en plus âgés en Occident, vocations florissantes dans les jeunes Eglises du tiers monde. L’occasion également de constater le rôle incontournable du laïcat missionnaire romand.

Témoins des souffrances et des espoirs des gens

Autour de la table, Sœur Greth, une religieuse ursuline active dans le diocèse de Pala, raconte qu’au Tchad les gens vont avoir faim: le mil a gravement souffert du manque de pluie… le sida fait des ravages, le diocèse a lancé un programme de lutte contre ce fléau. Qui tue 42 personnes quotidiennement à Lusaka, témoigne à son tour Frère Henri, un missionnaire fribourgeois qui cherche à conscientiser des jeunes Zambiens qui jouent inconsciemment avec leur vie.

Au Nigéria, enchaîne Jean-Pierre Chevrolet, Père blanc jurassien, nos évêques sont très courageux dans leurs déclarations politiques, mais il leur est plus difficile de passer aux actes concrets, de dépasser les notions théoriques… A Madagascar, outre le retour au pouvoir de l’ancien dictateur Didier Ratsiraka, c’est l’invasion des sauterelles qui menace la subsistance des paysans et que l’on ne sait comment combattre, s’inquiète le spiritain fribourgeois Lucien Pochon.

«Tout simplement leur montrer que nous les aimons»

Sœur Gertrude, de la congrégation des Sœurs de Charité de la Sainte-Croix d’Ingenbohl, 17 ans de Burundi, souligne le côté absurde de la guerre civile qui amène des soldats, par simple instinct de destruction, à anéantir une station missionnaire, à mitrailler sans raison des véhicules ou des turbines électriques. «Près de Bubanza, 100’000 personnes déplacées vivent sous des bâches, dans la boue; ils ne peuvent même pas aller cultiver, mais ils gardent l’espérance».

Son apostolat, depuis la Suisse: maintenir le contact, répondre à chaque lettre que les déplacés arrivent à faire passer grâce à des trésors d’ingéniosité, «pour leur montrer que nous continuons à les aimer!»

Mgr Farine: Genève doit à nouveau s’ouvrir sur l’extérieur

La mission, ce n’est pas seulement l’affaire des missionnaires, a rappelé Mgr Pierre Farine, évêque auxiliaire à Genève. Présent à Morges, il a insisté: c’est toute l’Eglise qui doit être missionnaire, et elle ne l’est pas assez. Pourtant rien qu’à Genève, il y a 800 catéchistes engagés dans la transmission de la foi… Les paroisses sont très bien organisées, fonctionnent aussi bien que des montres suisses, mais vivent un petit peu dans des bulles qu’il faudrait faire éclater, pour les ouvrir au monde, un monde notamment présent à Genève par les institutions et les fonctionnaires internationaux.

En dix ans, a-t-il rappelé, on a inauguré dix orgues, mais par contre, le soutien en personnel, l’envoi de jeunes, le soutien financier aux missions ne font que diminuer. C’est un signe que l’Eglise à Genève – paradoxalement la ville internationale par excellence – a perdu de son dynamisme missionnaire et s’est un peu repliée sur elle-même. Au programme de Mgr Farine, notamment la sensibilisation des communautés chrétiennes au monde de l’économie et de la finance, dans le but de promouvoir une économie de communion et la volonté que l’Eglise soit plus attentive à la problématique des migrants et des réfugiés. (apic/be)

20 avril 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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