Ukraine: Le patriarcat de Moscou dénonce les attaques contre les orthodoxes
Mort d’un prêtre orthodoxe suite aux bombardements sur Lougansk
Moscou, 6 août 2014 (Apic) De plus en plus d’actes de violence visent les paroisses de l’Eglise orthodoxe ukrainienne et ses clercs résidant dans la zone des opérations militaires dans l’Est de l’Ukraine, dénonce le patriarcat de Moscou. Dans un communiqué publié le 5 août, le Département synodal d’information déplore également la mort d’un prêtre orthodoxe suite aux bombardements sur Lougansk et met en garde contre la «haine fratricide» et «une situation menaçante pour la paix religieuse en Ukraine».
Le patriarcat de Moscou affirme que l’Eglise ukrainienne qui lui est rattachée est la cible d’attentats «volontairement perpétrés par des gréco-catholiques ou des schismatiques». «Il se trouve des gréco-catholiques et des schismatiques pour alimenter ouvertement la haine fratricide en approuvant le recours à la force contre la population civile, s’efforçant d’obtenir des persécutions à l’encontre de tous ceux qui s’expriment en faveur de la paix et du dialogue, y compris les prêtres de l’Eglise canonique», affirme le patriarcat de Moscou.
Le 31 juillet dernier, l’archiprêtre Vladimir Kreslianski, de l’église Saint-Georges, dans le diocèse de Lougansk, est décédé suite aux blessures reçues lors d’un bombardement des quartiers habités de Lougansk, révèle le patriarcat de Moscou. Il laisse cinq orphelins. «La guerre civile a déjà coûté la vie à de nombreux civils, des bâtiments ecclésiastiques et civils ont été détruits, des centaines de milliers de personnes sont forcées de prendre la fuite», écrit le Département synodal d’information du patriarcat de Moscou.
De nombreux innocents sont «devenus otages d’une haine fratricide»
«La mort de nombreux innocents, devenus otages d’une haine fratricide, charge la conscience de ceux qui rejettent le dialogue et la réconciliation. Mais la voie de la paix et la voie de la vie restent ouvertes et, pour éviter de nouvelles victimes, l’Eglise appelle une fois encore toute personne capable d’entendre la parole du Seigneur à les choisir», peut-on lire dans la déclaration du patriarcat orthodoxe.
«L’Eglise orthodoxe ukrainienne répète inlassablement cet appel de Dieu aux hommes de bonne volonté sur la terre d’Ukraine embrasée par la flamme de la guerre civile. Sans diviser ses enfants en fonction de leurs convictions, politiques ou autres, elle porte la Parole de Dieu, manifestant son amour et sa sollicitude à tous les croyants, de quelque côté du conflit qu’ils se trouvent, aspirant à la réconciliation du peuple divisé».
Gréco-catholiques et «schismatiques» dans le collimateur
«Dans le même temps, les temples de l’Eglise orthodoxe ukrainienne et ses prêtres non seulement souffrent de plus en plus souvent des conséquences des opérations militaires, mais deviennent même la cible d’attentats volontairement perpétrés par des gréco-catholiques ou des schismatiques, qui usent des désordres civils à leur profit malveillant», poursuit le communiqué. «Les prêtres sont soumis à des outrages, à des tortures ou à des menaces, ils sont arrêtés et interrogés. Pendant les interrogatoires, des personnes appartenant à l’église gréco-catholique ukrainienne ou à des groupes non canoniques, affirmant avoir reçu pleins pouvoirs des autorités ukrainiennes, avancent des accusations absurdes et lancent des ultimatums, exigeant notamment des prêtres qu’ils quittent l’Eglise orthodoxe ukrainienne et, par conséquent, transmettent les propriétés ecclésiastiques».
Dans l’arrondissement d’Amvrossiivka, l’archiprêtre Evgueni Podgorni a été ligoté, battu à coups de crosse de mitraillette, sa croix pectorale lui a été arrachée, on a tiré au-dessus de sa tête. Le prêtre a ensuite été jeté dans un fossé, on a menacé de tuer son fils, relate le patriarcat de Moscou. «De multiples informations de ce type nous parviennent d’autres diocèses d’Ukraine de l’Est. Près de Slaviansk, par exemple, des hommes armés de mitraillettes ont forcé l’archiprêtre Vadim Iablonovski à creuser sa propre tombe; le même jour, l’archiprêtre Victor Stratovitch a été menotté et emmené avec un sac sur la tête dans une forêt où l’on fait agenouiller pour l’interroger dans cette position».
Le patriarcat de Moscou lance un appel aux autorités ukrainiennes et aux organisations internationales de défense des droits de l’homme compétentes afin qu’elles fassent immédiatement la lumière sur ces incidents. «Nous appelons les autorités ukrainiennes à freiner les élans de ceux qui souhaiteraient voir le conflit civil dégénérer en conflit interconfessionnel, car un tel développement des évènements éloignerait considérablement de la terre ukrainienne la paix si longtemps attendue «.
Un prêtre orthodoxe abattu par les séparatistes en mai dernier
Le Service d’information religieux d’Ukraine RISU, émanant de l’Institut de la Religion et de la Société de l’Université catholique ukrainienne à Lviv, rappelle qu’un autre prêtre orthodoxe a été tué en mai sur un barrage des séparatistes prorusses. Ce prêtre de l’Eglise orthodoxe d’Ukraine, dépendant du Patriarcat de Moscou, a été abattu de huit balles le 9 mai à un barrage près de Donetsk, à l’Est de l’Ukraine. Agé de 44 ans, le Père Pavlo Zhuchenko, de Druzhivka, une petite ville à quelque 80 km de Donetsk, a été tué à Konstyantynivka. Le Parquet ukrainien avait affirmé qu’il avait été abattu par des «terroristes» à un point de contrôle des insurgés dans la région.
RISU relève encore que des prêtres orthodoxes et catholiques ont été enlevés (et entre-temps relâchés) et des fils d’un ministre protestant ont été tués à Slaviansk. Des séparatistes du Donbass ont également menacé l’éparchie de Volyn, accusée d’aider l’armée ukrainienne. (apic/mospat/risu/com/be)



