Curieuse attitude pour le leader religieux orthodoxe russe
Moscou: Alexis II virulent à l’égard du Vatican
Le patriarche russe de Moscou Alexis II a ajouté une nouvelle barrière aux relations entre son Eglise et l’Eglise catholique en s’en prenant une nouvelle fois et dans des termes peu en relation avec sa charge de leader religieux en accusant le Vatican d’»expansion», «mensonge» et «perfidie» dans ses relations avec les orthodoxes.
Alexis II, atteint dans sa santé depuis plusieurs mois, dénonce par là en ces termes virulents la création de nouveaux diocèses catholiques au Kazakhstan, dans une interview publiée lundi par «Izvestia».
«Je pense que les relations entre les Eglises ne doivent pas suivre le pire modèle de diplomatie laïque qui admet le mensonge tout comme la perfidie, quand on tend une main en signe d’amitié et on porte des coups avec l’autre», a déclaré le religieux orthodoxe, en convalescence après une série de problèmes de santé.
Les accusations d’Alexis II ne sont pas nouvelles. Il n’a fait en réalité que reprendre les reproches formulés officiellement par l’Eglise orthodoxe russe dans un communiqué daté du 19 mai, après la création des diocèses catholiques d’Alamty et d’Astana.
Pour lui, la création de ces diocèses au Kazakhstan reviennent «pratiquement à créer une alternative à l’Eglise (orthodoxe) locale», a dit le patriarche. «Que peut-on dire ensuite de l’appel au dialogue du Vatican? Ils assurent qu’il veulent la paix, le partenariat, l’examen en commun de problèmes intéressant les deux Eglises. Et ensuite, sans la moindre consultation, ils prennent la décision de créer des diocèses parallèles, qui ne peuvent que susciter amertume et irritation chez nos croyants».
«Ou bien ils créent en Russie des paroisses uniates (catholiques de rite oriental), en utilisant des gens à la foi hésitante, ayant quitté notre Eglise. Est-ce que le dialogue est compatible avec de tels actes, avec l’expansion», a encore commenté Alexis II, qui ne cesse de souffler le froid depuis ces dernières années. Accusant notamment l’Eglise catholique de faire du prosélytisme sur «son» territoire. Avec une véhémence sans doute propre à faire pleurer le «bon Dieu», comme dit la chanson.
Le bras long
Les relations entre orthodoxes et catholiques sont tendues, pour ne pas dire plus, depuis plusieurs années et elles se sont détériorées particulièrement après la transformation en quatre diocèses de structures provisoires de l’Eglise catholique en Russie, en février 2002. Des évêques et des prêtres catholiques ont été expulsés du territoire russe, ou ont vu leur visa d’entrer refuser. Comme pour signifier l’influence qu’exerce Alexis II sur le politique, lui qui avait passé sans encombre la tourmente communiste.
Dans un entretien accordé au quotidien «Avvenire» en date du 19 mai, le cardinal Sodano a expliquant le choix de la création des deux diocèses au Kazakhstan, en relevant que le motif de ces élévations «est très simple»: répondre à l’exigence d’un «développement ordonné de la communauté catholique au Kazakhstan, dont les fidèles ont le droit d’avoir un évêque et une structure stable».
Loin du compte
Le cardinal était sans doute loin d’imaginer le degré de colère du patriarche. Interrogé sur sa crainte d’éventuelles réactions de la part de Moscou, le cardinal Sodano avait souligné; Il s’agit «de pays nouveaux, d’Etats indépendants», et s’était montré confiant que «tous comprendront le sens pastoral de ces mesures pontificales». Il a cependant précisé: «En signe de courtoisie, le patriarcat de Moscou a déjà été avisé de cette décision».
En France, la diaspora russe orthodoxe, qui vient de répondre par la négative à l’invitation d’Alexis II d’un rapprochement avec Moscou, a réagi par la voie du Père Jean Roberti, responsable de la paroisse orthodoxe de Rennes, en Bretagne, en relevant qu’un «rattachement à Moscou nous parait clairement impossible tant que le patriarcat ne s’est pas débarrassé de ses dérives politiques et autoritaires».
De quel droit?
Les atermoiements du chef religieux orthodoxe russes et sa faculté d’alterner le chaud et le froid suscitent depuis longtemps des réactions. Dans un entretien à l’hebdomadaire italien «Famiglia Cristiana», paru l’an dernier déjà, le président de la Conférence épiscopale catholique de Russie, Mgr Tadeusz Kondrusiewicz, répondait aux accusations de prosélytisme lancées par le patriarche Alexis.
Le prélat de nationalité russe dénonçait en particulier «un syndrome ’catholique = ennemi’ qui se développe et prend une tournure de plus en plus triste». Pour Mgr Kondrusiewicz, «l’idée que tout Russe doit être orthodoxe parce qu’il est Russe est absurde». «Si le patriarcat de Moscou peut avoir ses paroisses dans d’autres pays d’Europe, pourquoi l’Eglise catholique n’aurait-elle pas le droit d’exister aussi en Russie?», se demandait le prélat catholique. D’après lui, «les gens simples, parmi les fidèles et les religieux orthodoxes de Russie, ne voient aucun problème à ce que catholiques et orthodoxes vivent et éventuellement collaborent ensemble». (apic/ag/eni/im/pr)



